16/05/2017

Le Rhône est-il une zone villa ou une forêt primaire ?

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Les forêts primaires sont des forêts qui ne sont pas exploitées par les humains. Pourquoi la nature qu’on y trouve est-elle si différente de celle d’une zone villa ?

Evidemment parce que l’usage qu’on en fait rend difficile la présence d’arbres centenaires et de grands mammifères. Mais aussi, et on y pense moins souvent, parce qu’il existe un consensus qui stipule que lorsque les humains exploitent un écosystème, ils y apportent une panoplie de valeurs qui va à son tour le remodeler. Dans une zone villa, certains planteront ainsi des arbustes exotiques aux parfums sublimes, tandis que d’autres s’inspireront des campagnes du XIXè siècle pour planter des aubépines et des églantiers. Ce principe est tellement ancré dans nos valeurs, qu’à personne il ne viendrait à l’esprit d’imposer à ces zones la présence de grands ongulés ou de supers prédateurs !

 Le Rhône genevois, avec ses trois barrages hydroélectriques qui se dressent face à la faune aquatique, ses débits qui varient du simple au quintuple en quelques heures  et ses vidanges régulières tient-il donc plus d’une forêt primaire ou d’une zone villa?

 De l’une ou l’autre réponse dépendra une gestion différente de la pêche.

 Des surprises, assurément, il y aura !

A suivre.

Christophe Ebener

27/04/2017

La Méditerranée genevoise, vous la voyez comment ?

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A l’échelle d’une vie humaine, même les prudents prévisionnistes de météosuisse osent écrire qu’une transition vers un climat méditerranéen se fait sentir. L’Office Fédéral de l’Environnement n’y va de son côté pas par quatre chemins, lui qui estime qu’en raison du réchauffement climatique, la truite de rivière aura perdu 5% à 40% de sa répartition actuelle, tandis que d'autres scénarios prévoient même une disparition totale de ce poisson des rivières du Plateau suisse à l’horizon 2050 !

On peut dès lors légitimement se demander, si dans ce contexte de changement climatique, il vaut mieux subir les événements, et observer le remplacement hasardeux et aléatoire des espèces animales et végétales les plus vulnérables par d’autres, plus tolérantes, ou si il n’est pas mieux de se donner les moyens de choisir quelles espèces nous voulons côtoyer dans nos campagnes et nos cours d’eau.

 En cette période de sécheresse historique, la question est d’une actualité brûlante, car ce phénomène a déjà débuté : sur l’Allondon et la Versoix, les chevesnes et les barbeaux remontent de plus en plus haut, et occupent l’habitat des salmonidés. Sans que personne n’ait eu son mot à dire, les silures et les blennies fluviatile se répandent dans le Rhône genevois, tandis que les écrevisses américaines ont définitivement supplanté notre écrevisse à pattes blanches sur la quasi totalité du réseau hydrologique !

Face à cette lame de fond, la position de l’OFEV, qui se contente de lier la survie de nos salmonidés à la renaturation et à l’assainissement des cours d’eau, est largement insuffisante, car elle n’offre pas aux cantons les moyens législatifs de gérer correctement ces changement rapides.

 Par exemple, alors que sous l’effet du réchauffement des eaux, l’impact de la maladie rénale proliférative augmente sensiblement, et provoque la mortalité d’une grande partie des jeunes truites de rivière de l’Allondon et de la Versoix, il est rigoureusement impossible de soutenir nos populations indigènes avec des truites résistantes à cette maladie, alors que ces dernières existent et qu’elles sont largement répandues dans d’autres régions du globe ! Berne impose en effet que les poissons servant au repeuplement doivent impérativement provenir du même bassin versant que celui du cours d’eau récepteur, ce qui empêche de facto toute tentative d’amener de la diversité génétique à des cours d’eau qui sont pourtant cloisonnés et fermés aux apports extérieur de gènes par une multitude de barrages.

Pour la même raison, la bonne idée de diversifier le pool génétique de nos truites indigènes avec des truites issues des rivières des Alpes du sud, rivières auxquelles nos propres cours d’eau ressemblent de plus en plus, n’a aucune chance de dépasser le stade de la parole et du regret.

Si donc nous voulons profiter de nos cours d’eau comme nous le souhaitons, et non pas comme le hasard ou la négligence l’imposera, ne reste donc que deux solutions : soit l’OFEV lâche la bride et offre aux cantons la possibilité de gérer au mieux les espèces qui peuplent leurs cours d’eau, soit il interdit la méditérranéisation du Plateau suisse !

 

Christophe Ebener

03/03/2017

Et si on allait à la pêche?

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Samedi 4 mars c’est l’ouverture annuelle de la pêche en rivière. Pourquoi ne pas en profiter pour partir à la rencontre des pêcheurs, et vous y mettre une bonne fois pour toute ?

Vous seriez enfin de ceux à qui la pluie donne le sourire. De ces gens qui s’arrêtent systématiquement sur les ponts pour regarder ce qui se passe en dessous.

Mieux encore, la traque des poissons vous fera vivre, mais oui ! à Genève, des émotions inconcevables : l’immense joie de vous moquer de celui, au bord de la crise de nerf, qui aura manqué le poisson de l’année, l’impression d’être un sous-homme lorsque vous constaterez, en arrivant au bord d’une rivière, que les poissons sont bien actifs, mais que vous avez laissé votre canne sur votre bureau, ou encore la rage devant un cours d’eau asséché ou la longue attente d’une éclosion d’éphémères qui devrait enfin faire bouger ces satanées truites !

Vous pêcherez des brochets sous la neige, des silures ou des barbeaux géants dans le centre ville, et des perches lors d’une chaude soirée de septembre, une fois la jetée des Pâquis désertée par les baigneurs.

Les poissons que vous consommerez auront mangé des insectes et des crustacés, et pas ces infâmes farines de poissons dont sont gavés ceux qu’on vous présente dans les supermarchés.

Mais aussi, et surtout, vous observerez la nature avec un regard aiguisé : là où la plupart des gens ne voit qu'une rivière naturelle, vous reconnaîtrez des anomalies de débit ou des obstacles artificiels à la libre circulation des poissons. Aux antispecistes et autres chats de salon qui vous reprocheront de jouer avec des poissons, vous demanderez ce qu’ils font pour maintenir les populations qu’il nous reste. Devant chaque tuyau, chaque barrage, vous vous arrêterez en vous demandant comment améliorer les conditions d’existence de la faune piscicole.

En un mot comme en cent, la tête sous l’eau et les pieds sur terre, vous entrerez dans un monde militant, fidèle en amitié et riche en surprises.

Alors, on y va quand ?

Christophe Ebener

 

  1. En savoir plus sur l'ouverture de la pêche en rivières:http://ge.ch/eau/actualites/la-peche-en-riviere-est-ouverte
  2. Pour contacter les sociétés de pêche du canton: http://www.fspg-ge.ch/

 

14:00 Publié dans Pêche | Lien permanent | Commentaires (0)

28/02/2017

L’OFEV, la nature et le PDC

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Vous êtes un canton précurseur dans la renaturation des cours d’eau, et souhaitez soutenir la pêche en immergeant quelques truites arc-en-ciel dans des secteurs tellement exploités par les humains que cette truite américaine est la seule à pouvoir y survivre ? L’Office Fédéral de l’Environnement vous répondra par la négative, au motif insolent que si vous travaillez bien, le Rhône et l’Arve reviendront peut-être au stade où le naturaliste Robert Hainard y peignait des loutres.

Si vous êtes un gestionnaire de la pêche genevoise qui prévoit d’ offrir à l’Allondon un ruisseau frayère supplémentaire pour que ses truites viennent y pondre leurs œufs et leurs alevins y grandir, le même OFEV vous dira non également. Parce que vous avez prévu de couper quelques arbres de trop pour renaturer ce petit affluent…

Alors peut-être, en tant qu’exploitant d’un barrage hydro-électrique, souhaitez-vous augmenter le débit minimal du Rhône genevois, comme la nouvelle loi sur la protection des eaux l’encourage ? L’OFEV, encore lui, vous demandera de prouver que cette mesure, qui rappelons-le, consiste simplement à rendre de l’eau au fleuve, est réellement nécessaire.

Enfin, vous pourriez être un pêcheur soucieux de la protection des ombres de l’Arve, espèce que vous ne prélevez plus depuis deux décennies vu sa rareté. Dans ce cas, vous demanderiez l’analyse des contenus stomacaux de quelques harles bièvres pour démontrer que leur impact est important sur cette espèce menacée. L’OFEV, évidemment, ne vous offrira pas cette possibilité, et exigera au contraire que vous vous lanciez dans une étude scientifique longue et onéreuse avec une université pour démontrer que ces oiseaux pourraient éventuellement avoir un impact  significatif!

Las, si vous êtes passé par toutes ces étapes et que vous êtes toujours motivé par la protection des milieux aquatiques et des poissons, vous vous demandez comment un office, sous la direction d’une conseillère fédérale PDC, peut défendre une vision de la nature aussi antihumaniste et dogmatique, et tellement éloignée des valeurs de ce bon vieux parti.

La réponse, on s’en doute, est probablement liée au manque d’intérêt des autorités politiques pour ces problématiques, mais certainement aussi au fait que depuis des décennies, ne sont engagés à l’OFEV que les biologistes les plus conservateurs.

Jusqu’à quand cela va-t-il durer ?

 

Christophe Ebener

30/01/2017

La concertation avec les technocrates, ça sert à quoi ?

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La plupart des chefs qui le sont devenus grâce à leurs brillantes études adorent la concertation, la planification, les réunions et toute une série de processus longs et coûteux qui se terminent en «ion », dont l'intérêt principal est d’aboutir à des décisions frileuses tout en diluant les responsabilités, et donc de se maintenir en place.

Appliqué aux eaux genevoises, cet état d’esprit n’a pas démérité : des réunions ont réuni des gens de tous bords, des indicateurs ont indiqué des milliers de choses, et des études ont conclu qu’il fallait étudier plus. Pendant ce temps, les truites ont disparu du Rhône, les captures dans l’Arve se sont effondrées, et la somme annuelle des poissons capturés dans l’Allondon est inférieure au nombre de prises conservées par un seul pêcheur dans les années quatre-vingts ! Tout cela en une génération !

La conclusion qu’il faut en tirer est simple : la concertation et ses milliers d’heures de travail bénévole n’a servi qu’à accompagner la lente agonie des rivières genevoises.

Autrement dit, les défenseurs des cours d’eau seraient bien inspirés de renoncer à leurs alliances contre-productives avec les pouvoirs en place, et de partir en croisade contre les ennemis de la vie aquatique. Sans cela, il ne restera bientôt rien d’autre que des populations en voie de disparition et des bassins d’élevage pour des truites de pisciculture.

 

Christophe Ebener

02/01/2017

A Genève, l’année 2016 s’est terminée par une orgie

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Durant les fêtes, de nombreux noctambules ont arpenté les quais du lac et du Rhône. Peu d’entre eux ont pris la peine de jeter un coup d’œil par dessus bord, et pourtant, le spectacle était semble-t-il génial à voir : toutes les nuits, des milliers de féras du Léman remontaient des profondeurs pour se reproduire dans le Rhône urbain ou sur les rives du lac. Sous quelques centimètres d’eau, les mâles se battaient dans de bruyantes éclaboussures pour féconder les œufs que les femelles déposaient sur le fond.

Juste à côté, on apercevait des tanches et des carpes de plusieurs kilos qui profitaient non pas du spectacle, mais des œufs que les poissons laissaient à leur sort une fois fécondés. A l’affut, le dos quasiment à fleur d’eau, les gros brochets étaient quant à eux là pour se repaître des féras adultes.

Le matin, les poissons avaient disparu, et tout était désert jusqu’à la nuit suivante.

L’année prochaine, c’est certain, on ne les ratera pas!

Christophe Ebener

05/10/2016

Sécheresses à répétition : en finir avec les atermoiements

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Mon grand père n’aura peut-être vu que quelques fois dans sa vie le triste spectacle d’une pêche électrique de sauvetage, durant laquelle des techniciens cherchent à récupérer un maximum de poissons avant qu’ils ne meurent dans des cours d’eau asséchés.

Pour ma génération par contre, un tel événement est devenu habituel : quasiment une année sur deux, l’administration, la commission de la pêche et les associations de pêcheurs organisent de tels sauvetages (les derniers en date ayant lieu ces jours sur la Drize et l'Aire...), et débattent de la pertinence d’interdire ou non l’accès aux rives de nos cours d’eau tellement les débits sont faibles.

J’avais appelé, dans un précédent billet, l’administration à négocier urgemment l’arrêt des pompages et des captages des eaux de source en France voisine, afin de rendre à nos cours d’eau les 30% de débit supplémentaire qui leur manque si cruellement durant les périodes prolongées sans pluie.

La survie de nos poissons sauvages dépend cependant aussi, à Genève même, de notre capacité à leur offrir un libre accès à l’Arve et au Rhône, seules zones où l’on trouve de l’eau fraiche en quantité.

Si l’on espère donc voir autre chose que des poissons rouge ou des poissons chat dans des cours d’eau surchauffés, l’Arve et le Rhône doivent redevenir ce qu’ils étaient autrefois : un refuge pour la faune aquatique.

La mauvaise qualité des eaux de l’Arve, les brutales variations de débit du Rhône et les obstacles à la libre circulation des poissons entre l’Arve, le Rhône et les petits cours d’eau posaient déjà des problèmes importants par le passé. Aujourd’hui, leur résolution est plus urgente que jamais.

 

Christophe Ebener

20:50 Publié dans Genève, Pêche | Lien permanent | Commentaires (0)

29/08/2016

Qui peut bien vouloir la peau de l’Allondon ?

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Le 18 mai 2015, on s’inquiétait ici du captage des eaux de source des petits cours d’eau genevois, qui mettent directement en jeu leur existence.

 Cette année, la sécheresse estivale permet de mettre en évidence un phénomène qui passe la plupart du temps inaperçu sur l’Allondon, cours d’eau emblématique de la pêche genevoise. En période de très basses eaux, comme c’est le cas actuellement, on note en effet des variations quotidiennes du débit de la rivière, dont personne ne s’est pour l’heure préoccupé. Pourtant, on voit clairement sur les sites officiels que la rivière perd la nuit entre 50 et 100 litre par seconde, ce qui représente quasiment le quart de son débit d’étiage ! Or le débit de l’Allondon n’est pas régulé par un barrage. Il y a donc fort à parier que l’eau qui manque soit utilisée en cette période de l’année pour des arrosages. Des arrosages conséquents puisque 250 000 litres d’eau sont prélevés chaque heure dans la rivière.

 L’hypothèse la plus crédible à l’heure actuelle est que cette eau serve à l’arrosage des pelouses de l'un des golfs du pays de Gex, dont les pratiques sont dénoncées depuis des années par les associations de pêcheurs des deux côtés de la frontière.

 Rappelons ici que l’Etat de Genève et les collectivités publiques françaises ont investi il y a une dizaine d’année des dizaines de millions pour améliorer la qualité de l’eau de cette rivière.

On espère donc que les golfeurs genevois qui pratiquent les green du pays de Gex apprécient ce gazon maintenu tendre et vert grâce à une eau first class.

Le contribuable genevois, lui, se demande pourquoi avoir investi autant d’argent pour quelques galets asséchés en plus.

 

Christophe Ebener