17/01/2018

Ça, c'est la pêche genevoise...

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Les chiffres des captures de poissons par la pêche de loisir dans le canton de Genève sont enfin connus pour l’année 2016. Et ils font mal. Jugez plutôt, et tenez vous bien !

Sur le Rhône, cours d’eau principal du canton, il s’est capturé moins d’une truite par année et par pêcheur ! Et pourtant, chaque pêcheur du Rhône y est allé en moyenne 15 fois…En cette année 2016 de vidange du Rhône, le nombre total de truites capturées a même été divisé par 3 par rapport à l’année précédente ! Et ces chiffres catastrophiques ne concernent pas seulement les truites, puisque les captures de perches et de brochets ont elles aussi chuté dramatiquement. Une démonstration navrante que les autorités politiques et les services industriels de Genève, malgré l’autosatisfaction dont ils font preuve, sont toujours incapables de gérer ce fleuve sur des bases compatibles avec la vie aquatique, la protection des animaux et la conservation des espèces.

Sur l’Arve, rivière exceptionnelle pour la pêche de loisir il y a quelques dizaines d’années, le résultat n’est guère meilleur, puisque les pêcheurs y capturent, en une année, à peine à deux truites chacun. Et encore, il leur faut en moyenne plus de 10 sorties pour y parvenir ! Quand aux ombres de rivière, si particuliers sur ce cours d d’eau, et autrefois si abondants, il ne s’en capture pas depuis des années…

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Sur la Versoix, moins de 100 truites sont capturées en moyenne chaque année, ce qui représente 0,5 truite par an et par pêcheur. Et pourtant, il y a moins de 30 ans, le mythique retraité à la pipe qui m’a appris à pêcher à la mouche capturait, à lui tout seul, et en mouche sèche s’il vous plaît, la technique de pêche la moins rentable au monde, plus de 100 truites chaque année !

Pour ce qui concerne l’Allondon, les chiffres sont proches du néant, mais ils avaient déjà été précédés par des pêches scientifiques désastreuses.

Sur les petits cours d’eau comme l’Aire ou la Seymaz, les poissons capturés sont probablement tous issus du repeuplement. Sans ces derniers, les pêcheurs en auraient désertés les rives depuis longtemps.

Evidemment, la pêche de loisir dans le canton ne s’arrête pas seulement à ces chiffres déprimants. Il y a la joie des petites victoires, comme la prochaine renaturation du Nant de Pralie, qui devrait offrir quelques dizaines de frayères supplémentaires à l’Allondon. Ou la timide satisfaction de constater, qu'après des années de lutte,  l’administration reconnaît enfin que l’état de sécheresse quasi permanent de nos rivières n’est pas uniquement provoqué par le manque de pluie, mais aussi par des captages d’eau très importants en France voisine.

Seulement voilà, face à l’absence d’améliorations concrètes sur le terrain, c’est la colère qui l’emporte en ce moment.

 

Christophe Ebener

11/12/2017

Un oiseau est mort. Ne tirez pas sur les pêcheurs!

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D’accord, un bel oiseau noir a été tiré par les gardes de l’environnement sur l’Arve.

C’est vrai, il a été tiré parce qu’il vivait normalement sa vie de cormoran, en pêchant là où la pêche est rentable. Et comme ses congénères, il aurait quitté les lieux lorsque le rendement de la pêche allait baisser, c’est à dire lorsqu’il n’y a plus grand chose à prendre.

Avant cet instant, le dilemme. Certains estiment qu’il se serait nourri des poissons les plus abondants. D’autres, dont les pêcheurs, se demandent bien quels poissons sont abondants dans l’Arve, et indiquent que les seuls poissons qu’ils observent sur ces zones de pêche sont des jeunes ombres de rivière, espèce autrefois répandue, mais aujourd’hui menacée partout en Suisse.

Peut-être qu’un jour, une analyse des contenus stomacaux viendra donner raison aux uns, et tort aux autres.

En attendant, la réalité sur le terrain est que cette population d’ombres genevois, bien différente des autres sur le plan génétique, est tellement clairsemée que toutes les mesures de conservation sont importantes, même le tir de quelques oiseaux piscivores. Et qu’on ne vienne pas me dire que les pêcheurs participent eux aussi à l’appauvrissement des ressources de ce cours d’eau : les statistiques des captures des ombres sont nulles, et archi nulles, depuis plus d’une décennie !

Bien sûr, le tir de quelques oiseaux ne fera pas de l’Arve la rivière exceptionnelle qu’elle était il y a un demi-siècle. Mais il permettra, peut-être, à quelques poissons supplémentaires de pondre des œufs le printemps prochain, ce qui n’est pas rien.

Le temps, et croyez bien que les pêcheurs y engagent toutes leurs ressources, que cette rivière emblématique du canton retrouve une morphologie et une qualité compatible avec l’essor de ce poisson magnifique, si bien adapté à ce cours d’eau.

Christophe Ebener

12/06/2017

Mais où sont les ombres?

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Cette année, la reproduction des ombres commun est passée quasiment inaperçue au bord de l’Allondon. Pourtant, les eaux claires et basses étaient favorables aux observations.

Depuis, les retours des pêcheurs sont unanimes : les ombres sont largement moins présents que les années précédentes, elles qui avaient pourtant marqué un retour réjouissant de ce poisson particulièrement menacé en Suisse. Une brève pêche électrique conduite ce printemps suggère également que les alevins de ce poisson sont absents.

Les poissons adultes se comptent sur les doigts de la main…

Cette espèce remarquable avait pourtant fait l’objet de toutes les attentions de la part des pêcheurs. Leur capture est en effet interdite depuis des années, et la protection de leurs frayères et larves est totale, dans la mesure où il est interdit de pêcher avec les pieds dans l’eau jusqu’à ce que leurs œufs aient éclos, soit début mai.

Comment, dès lors, expliquer un tel recul ?

Une vidange du Rhône semble être passée par là. Comme il est connu que ces poissons extrêmement sensibles ont tendance à descendre dans le Rhône après la reproduction, le lien est vite fait….D’autant plus que les multiples dérangements sur la zone alluviale de l’Allondon, largement offerte aux loisirs, tendent à faire dévaler les adultes…

Bref, la cohabitation entre cette population d’importance nationale et les humains, qui exploitent si fortement leurs systèmes hydrologiques pour leurs loisirs ou la production d’énergie hydroélectrique, est à nouveau problématique et montre à quel point la survie des espèces animales les plus sensibles ne tient qu’à un fil.

Qui est prêt à en assumer la responsabilité ?

Christophe Ebener

29/05/2017

Des arc-en-ciel dans une zone villa, c’est plutôt sympa non ?

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Il y a peu, on se demandait ici même si le Rhône genevois tenait plus d’une zone villa ou d’une forêt primaire. Hé bien les pêcheurs ont tranché !

Ils ont déversé ce week end plus de trois cent kilos de truites arc-en-ciel dans le Rhône franco-genevois !

Parce que voir disparaître la pêche de loisir dans le Rhône, ça suffit.

Parce ce que faire le grand écart entre les injonctions contradictoires du Canton, de la Confédération et des protecteurs des animaux, y en a marre.

Parce que 3 barrages sur quelques kilomètres, des vidanges tous les 3 ou 4 ans et des débits qui varient du simple au quintuple dans la journée, c’est pas plus naturel qu’une truite américaine.

Et surtout parce que la nature n’attend jamais qu’un écosystème revienne à un état ancestral. D’autres espèces, telles les silures par exemple, profitent en effet de la situation pour remplir le vide laissé par nos poissons indigènes.

Finalement, les pêcheurs ont eu bien raison. Des arc-en-ciel dans une zone villa, c’est vraiment sympa !

 

Christophe Ebener

16/05/2017

Le Rhône est-il une zone villa ou une forêt primaire ?

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Les forêts primaires sont des forêts qui ne sont pas exploitées par les humains. Pourquoi la nature qu’on y trouve est-elle si différente de celle d’une zone villa ?

Evidemment parce que l’usage qu’on en fait rend difficile la présence d’arbres centenaires et de grands mammifères. Mais aussi, et on y pense moins souvent, parce qu’il existe un consensus qui stipule que lorsque les humains exploitent un écosystème, ils y apportent une panoplie de valeurs qui va à son tour le remodeler. Dans une zone villa, certains planteront ainsi des arbustes exotiques aux parfums sublimes, tandis que d’autres s’inspireront des campagnes du XIXè siècle pour planter des aubépines et des églantiers. Ce principe est tellement ancré dans nos valeurs, qu’à personne il ne viendrait à l’esprit d’imposer à ces zones la présence de grands ongulés ou de supers prédateurs !

 Le Rhône genevois, avec ses trois barrages hydroélectriques qui se dressent face à la faune aquatique, ses débits qui varient du simple au quintuple en quelques heures  et ses vidanges régulières tient-il donc plus d’une forêt primaire ou d’une zone villa?

 De l’une ou l’autre réponse dépendra une gestion différente de la pêche.

 Des surprises, assurément, il y aura !

A suivre.

Christophe Ebener

27/04/2017

La Méditerranée genevoise, vous la voyez comment ?

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A l’échelle d’une vie humaine, même les prudents prévisionnistes de météosuisse osent écrire qu’une transition vers un climat méditerranéen se fait sentir. L’Office Fédéral de l’Environnement n’y va de son côté pas par quatre chemins, lui qui estime qu’en raison du réchauffement climatique, la truite de rivière aura perdu 5% à 40% de sa répartition actuelle, tandis que d'autres scénarios prévoient même une disparition totale de ce poisson des rivières du Plateau suisse à l’horizon 2050 !

On peut dès lors légitimement se demander, si dans ce contexte de changement climatique, il vaut mieux subir les événements, et observer le remplacement hasardeux et aléatoire des espèces animales et végétales les plus vulnérables par d’autres, plus tolérantes, ou si il n’est pas mieux de se donner les moyens de choisir quelles espèces nous voulons côtoyer dans nos campagnes et nos cours d’eau.

 En cette période de sécheresse historique, la question est d’une actualité brûlante, car ce phénomène a déjà débuté : sur l’Allondon et la Versoix, les chevesnes et les barbeaux remontent de plus en plus haut, et occupent l’habitat des salmonidés. Sans que personne n’ait eu son mot à dire, les silures et les blennies fluviatile se répandent dans le Rhône genevois, tandis que les écrevisses américaines ont définitivement supplanté notre écrevisse à pattes blanches sur la quasi totalité du réseau hydrologique !

Face à cette lame de fond, la position de l’OFEV, qui se contente de lier la survie de nos salmonidés à la renaturation et à l’assainissement des cours d’eau, est largement insuffisante, car elle n’offre pas aux cantons les moyens législatifs de gérer correctement ces changement rapides.

 Par exemple, alors que sous l’effet du réchauffement des eaux, l’impact de la maladie rénale proliférative augmente sensiblement, et provoque la mortalité d’une grande partie des jeunes truites de rivière de l’Allondon et de la Versoix, il est rigoureusement impossible de soutenir nos populations indigènes avec des truites résistantes à cette maladie, alors que ces dernières existent et qu’elles sont largement répandues dans d’autres régions du globe ! Berne impose en effet que les poissons servant au repeuplement doivent impérativement provenir du même bassin versant que celui du cours d’eau récepteur, ce qui empêche de facto toute tentative d’amener de la diversité génétique à des cours d’eau qui sont pourtant cloisonnés et fermés aux apports extérieur de gènes par une multitude de barrages.

Pour la même raison, la bonne idée de diversifier le pool génétique de nos truites indigènes avec des truites issues des rivières des Alpes du sud, rivières auxquelles nos propres cours d’eau ressemblent de plus en plus, n’a aucune chance de dépasser le stade de la parole et du regret.

Si donc nous voulons profiter de nos cours d’eau comme nous le souhaitons, et non pas comme le hasard ou la négligence l’imposera, ne reste donc que deux solutions : soit l’OFEV lâche la bride et offre aux cantons la possibilité de gérer au mieux les espèces qui peuplent leurs cours d’eau, soit il interdit la méditérranéisation du Plateau suisse !

 

Christophe Ebener

03/03/2017

Et si on allait à la pêche?

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Samedi 4 mars c’est l’ouverture annuelle de la pêche en rivière. Pourquoi ne pas en profiter pour partir à la rencontre des pêcheurs, et vous y mettre une bonne fois pour toute ?

Vous seriez enfin de ceux à qui la pluie donne le sourire. De ces gens qui s’arrêtent systématiquement sur les ponts pour regarder ce qui se passe en dessous.

Mieux encore, la traque des poissons vous fera vivre, mais oui ! à Genève, des émotions inconcevables : l’immense joie de vous moquer de celui, au bord de la crise de nerf, qui aura manqué le poisson de l’année, l’impression d’être un sous-homme lorsque vous constaterez, en arrivant au bord d’une rivière, que les poissons sont bien actifs, mais que vous avez laissé votre canne sur votre bureau, ou encore la rage devant un cours d’eau asséché ou la longue attente d’une éclosion d’éphémères qui devrait enfin faire bouger ces satanées truites !

Vous pêcherez des brochets sous la neige, des silures ou des barbeaux géants dans le centre ville, et des perches lors d’une chaude soirée de septembre, une fois la jetée des Pâquis désertée par les baigneurs.

Les poissons que vous consommerez auront mangé des insectes et des crustacés, et pas ces infâmes farines de poissons dont sont gavés ceux qu’on vous présente dans les supermarchés.

Mais aussi, et surtout, vous observerez la nature avec un regard aiguisé : là où la plupart des gens ne voit qu'une rivière naturelle, vous reconnaîtrez des anomalies de débit ou des obstacles artificiels à la libre circulation des poissons. Aux antispecistes et autres chats de salon qui vous reprocheront de jouer avec des poissons, vous demanderez ce qu’ils font pour maintenir les populations qu’il nous reste. Devant chaque tuyau, chaque barrage, vous vous arrêterez en vous demandant comment améliorer les conditions d’existence de la faune piscicole.

En un mot comme en cent, la tête sous l’eau et les pieds sur terre, vous entrerez dans un monde militant, fidèle en amitié et riche en surprises.

Alors, on y va quand ?

Christophe Ebener

 

  1. En savoir plus sur l'ouverture de la pêche en rivières:http://ge.ch/eau/actualites/la-peche-en-riviere-est-ouverte
  2. Pour contacter les sociétés de pêche du canton: http://www.fspg-ge.ch/

 

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28/02/2017

L’OFEV, la nature et le PDC

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Vous êtes un canton précurseur dans la renaturation des cours d’eau, et souhaitez soutenir la pêche en immergeant quelques truites arc-en-ciel dans des secteurs tellement exploités par les humains que cette truite américaine est la seule à pouvoir y survivre ? L’Office Fédéral de l’Environnement vous répondra par la négative, au motif insolent que si vous travaillez bien, le Rhône et l’Arve reviendront peut-être au stade où le naturaliste Robert Hainard y peignait des loutres.

Si vous êtes un gestionnaire de la pêche genevoise qui prévoit d’ offrir à l’Allondon un ruisseau frayère supplémentaire pour que ses truites viennent y pondre leurs œufs et leurs alevins y grandir, le même OFEV vous dira non également. Parce que vous avez prévu de couper quelques arbres de trop pour renaturer ce petit affluent…

Alors peut-être, en tant qu’exploitant d’un barrage hydro-électrique, souhaitez-vous augmenter le débit minimal du Rhône genevois, comme la nouvelle loi sur la protection des eaux l’encourage ? L’OFEV, encore lui, vous demandera de prouver que cette mesure, qui rappelons-le, consiste simplement à rendre de l’eau au fleuve, est réellement nécessaire.

Enfin, vous pourriez être un pêcheur soucieux de la protection des ombres de l’Arve, espèce que vous ne prélevez plus depuis deux décennies vu sa rareté. Dans ce cas, vous demanderiez l’analyse des contenus stomacaux de quelques harles bièvres pour démontrer que leur impact est important sur cette espèce menacée. L’OFEV, évidemment, ne vous offrira pas cette possibilité, et exigera au contraire que vous vous lanciez dans une étude scientifique longue et onéreuse avec une université pour démontrer que ces oiseaux pourraient éventuellement avoir un impact  significatif!

Las, si vous êtes passé par toutes ces étapes et que vous êtes toujours motivé par la protection des milieux aquatiques et des poissons, vous vous demandez comment un office, sous la direction d’une conseillère fédérale PDC, peut défendre une vision de la nature aussi antihumaniste et dogmatique, et tellement éloignée des valeurs de ce bon vieux parti.

La réponse, on s’en doute, est probablement liée au manque d’intérêt des autorités politiques pour ces problématiques, mais certainement aussi au fait que depuis des décennies, ne sont engagés à l’OFEV que les biologistes les plus conservateurs.

Jusqu’à quand cela va-t-il durer ?

 

Christophe Ebener