17/09/2018

Va-t-on finir par regretter les rivières polluées d’antan ?

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Bientôt dix ans que la station d’épuration genevoise de Bois-de-Bay traite les eaux usées du Pays de Gex et les envoie ensuite dans le Rhône. Auparavant, elles étaient épurées en France, puis déversées dans l’Allondon. A la moindre défaillance technique, des eaux non traitées finissaient donc directement dans la rivière. La plus sévère d’entre elles détruisit, en 2001, la quasi totalité de la faune aquatique du cours d'eau.

A l’époque, la perte de ces eaux usées avait suscité de nombreux débats chez les pêcheurs. Certains étaient inquiets de voir disparaître cette eau du jour au lendemain, car elle représentait le tiers du débit d’étiage de la rivière ! Ils estimaient qu’il était plus sage d’améliorer le processus d’épuration, et de remédier à d’éventuelles pollutions, plutôt que de créer une rivière en manque d’eau chronique.

J’étais opposé à ce point de vue, parce que je pensais qu’une eau propre allait largement compenser des débits estivaux plus faibles.

Les pêcheurs, dans leur écrasante majorité, avaient fini par se rallier à cette position, convaincus par ailleurs, sur la base d’informations fournies par l’administration genevoise, qu’il était possible de remédier à cette perte nette en récupérant l’eau des fontaines et en renonçant à certains captages d’eau de source côté français.

Dix ans plus tard, l’Allondon a quasiment disparu de son parcours amont.

Ce choix ambitieux s’est donc avéré être le mauvais…

De l’autre côté de la frontière, les besoins en eau ont en effet explosé, et chacun se sert là où elle est facile à prélever, ou bon marché, sans en laisser suffisamment pour la rivière.

Aujourd‘hui, il faut le clamer haut et fort, l’Allondon n’est plus la rivière principale du vallon qui porte son nom ! Sur son tronçon frontalier, elle n’est plus qu’un filet d’eau qui délivre à peine quelques dizaines de litre par seconde. C’est maintenant son affluent principal, l’Allemogne, qui apporte l’eau nécessaire à la survie de l’écosystème.

Il faudra donc prochainement changer le nom du célèbre cours d’eau sur les cartes de géographie, et effacer ses premiers kilomètres.

L’autre option serait de voir, après deux législatures d’échec, un conseiller d’Etat traverser la frontière, et renouer le dialogue avec les élus dont dépend l’avenir des cours d’eau genevois.

Sinon, je rejoindrai les rangs de ceux qui regrettent les effluents puants et mousseux des stations d’épuration.

Qui l'eût cru?

 

Christophe Ebener

 

16/04/2018

De braves bêtes, ces gros silures !

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Il faut aimer les gros silures. C’est en tout cas ce que suggère une étude récente de la Fédération du Rhône et de la Métropole de Lyon pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique.

D’une part, parce que leur histoire, riche en rebondissements, interroge la pertinence de séparer les espèces qui peuplent notre environnement en indigènes ou exotiques. Les ancêtres de ces poissons étaient en effet déjà présents dans le bassin du Rhône il y a 8 millions d’années, mais ils ont disparu quelques millions d’années plus tard, en raison des grandes glaciations. Depuis les zones de replis autour des mers Noire et Caspienne, ils recolonisent ensuite les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat, et plusieurs fleuves européens, dont le Rhin, mais pas le Rhône. Des périodes plus froides auraient à nouveau fait disparaître le silure du Rhin, il y a quelques centaines d’années. En 1968, l’introduction, par les humains cette fois, de silures issus du Danube devient le point de départ de la recolonisation de l’ensemble du bassin hydrographique du Rhône français par cette espèce.

On le voit, les humains n’ont pas vraiment fait pire, ni même mieux, que les multiples variations du climat et les accidents géologiques. Quant à savoir si le silure et les autres espèces qui peuplent nos eaux sont indigènes ou pas, il vaudrait peut-être mieux ne pas se poser la question !

Et puis, contrairement à une idée reçue, les silures ne semblent pas constituer une menace pour la biodiversité locale. Les jeunes silures, proches du mètre, seraient même particulièrement friands d’espèces invasives telles que écrevisses américaines, poissons-chats et autres mollusques (corbicules) ! Aucun impact sur les brochets et les perches du Rhône n’a par ailleurs été constaté.

Mieux encore, les silures de grande taille ont une très forte inclination pour le cannibalisme. Un spécimen de 2 mètre de long et de 50kg ingèrerait en effet chaque année l’équivalent de 7 à 12 silures de 80cm. Les gros silures réguleraient donc la taille des populations de leur propre espèce!

Le prélèvement par la pêche de ces grands spécimens pourrait donc s’avérer très préjudiciable pour les autres poissons du Rhône, étant donné leur fonction régulatrice et le temps de latence nécessaire à la constitution de ces squales cannibales (15 années).

Enfin, cerise sur le gâteau, certains gros silures de la Saône se sont spécialisés dans la consommation du Grand Cormoran !

Avec de telles qualités, c’est certain, les prochains gros silures retourneront à l’eau !

 

Christophe Ebener

Source: L’installation du silure dans le bassin du Rhône : bilan de trois décennies de suivi de l’espèce-2016

 

11/04/2018

Pourquoi les pêcheurs s’opposent aux seabubbles

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Dans le canton de Genève, si vous souhaitez capturer, pour les manger, des poissons d’une qualité irréprochable, inutile de tergiverser. Le seul plan d’eau qui produit encore naturellement des perches, des feras et des truites pour votre assiette, c’est le Léman. 

Partout ailleurs, si vous lancez une ligne, c’est soit dans l’espoir de revivre un glorieux passé, soit parce que vous militez en faveur de la préservation des rivières, et qu’il vous est impossible de tourner le dos aux multiples agressions qu’elles subissent chaque jour.

Car la réalité, c’est que le Rhône est tellement peu productif sur le plan piscicole que les responsables de la pêche des autres cantons suisses  ne me croient tout simplement pas lorsque j’en annonce les chiffres !

L’Arve, malgré l’amélioration progressive de la qualité de ses eaux, a quasiment perdu la totalité de ses ombres et de ses truites. Même les pêches électriques de l’Etat font chou blanc ! 

La dernière grande victoire pour la qualité de nos eaux remonte au début du 21ème siècle, lorsque M. Robert Cramer avait négocié avec les communes du Pays de Gex l’assainissement de l’Allondon. Depuis, une partie des eaux usées de Saint Julien se déverse toujours dans l’Aire, les collecteurs  d’eaux pluviales produisent des pollutions chaque année, et les petits cours d’eau du canton voient leur eau de source capturée et pompée avant même qu’elle n’atteigne le lit de nos rivières !

Alors, quand un projet privé de transport individuel vient réduire des surfaces de pêche déjà bien amputées, et augmenter le trafic sur le dernier écosystème qui permet de capturer quelques poissons, les pêcheurs, amateurs et professionnels, disent NON !

Que le Conseil d’Etat démontre sur le terrain, et pas sur facebook ou dans de beaux discours, qu’il est capable d’améliorer le sort de nos cours d’eau.

 

Christophe Ebener

01/04/2018

Régulation des oiseaux piscivores : les silures géants de la Saône bientôt dans le Rhône genevois !

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18 mois. C'est le temps qu’il a fallu au Service de la Biodiversité de l’Etat de Genève pour mettre sur pied une nouvelle stratégie de lutte contre les oiseaux piscivores.

Depuis juin 2016, on sait en effet que certains silures géants de la Saône, dont la longueur dépasse largement 2 mètres, sont spécialisés dans la capture des grands cormorans (1).

Suggérée une première fois par la Commission de la Pêche l’automne dernier, l’idée de transférer ces immenses silures dans le Rhône genevois pour réguler sa population d’oiseaux piscivores a rapidement convaincue l’inspecteur de la faune, Gottlieb Dandliker, qui explique que « la prédation des silures sur les grands cormorans est particulièrement efficace en raison des remous provoqués par les oiseaux lorsqu’ils disparaissent sous les flots. Il apparaît, en effet, que leurs congénères, traumatisés par cette vision atroce, désertent rapidement les lieux. »

Le député et grand philosophe Jean Romain a ensuite été chargé de convaincre la sous-commission de la régulation de la faune que de se faire manger par un silure est nettement plus acceptable, moralement parlant,  que de se faire tirer par des gardes de l’environnement suréquipés et surentrainés.

Après de nombreux suivis télémétriques, qui ont permis d’identifier les silures spécialisés dans la prédation de ces oiseaux, les premiers spécimens ont été capturés en France, et sont actuellement en quarantaine. Une fois les certificats vétérinaires délivrés, ils passeront la frontière.

La remise à l’eau de ces poissons géants est prévue à la fin du mois d’avril. Elle aura lieu à l’aval du barrage du Seujet, car c’est là que la prédation des cormorans est jugée la plus importante sur les rarissimes truites du Rhône, qui se retrouvent bloquées dans leur migration à l’aval immédiat des turbines.

 

Christophe Ebener

(1) "L’installation du silure dans le bassin du Rhône : bilan de trois décennies de suivi de l’espèce" , page 37

02/03/2018

Malgré l’idolâtrie du renouvelable, venez signer la pétition des pêcheurs genevois !

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C’est une nouvelle religion, ou quoi ? A chaque fois que le mot est prononcé, il n’est plus permis d’émettre la moindre critique. Il faut croire que l’énergie, lorsqu’elle est renouvelable, est forcément pure et parée des meilleures intentions.

Même lorsqu’elle démolit les 25 kilomètres de rives du Rhône genevois, et qu’elle confine les milliers de baigneurs du canton aux quelques pontons de la Jonction.

Pourquoi ne faudrait-il pas la remettre en cause, cette énergie renouvelable, lorsqu’elle fait du Rhône un si triste émissaire du Léman, pourtant riche et productif ?

Renouvelable ou pas, l’énergie est produite par des grands groupes industriels, qui obéissent à des contraintes économiques et politiques, et à ce titre, elle mérite que les citoyens la considèrent avec un œil critique. Par exemple, les variations rapides et imprévisibles du débit du Rhône, déclenchées par le barrage du Seujet, ne permettent pas de produire plus de courant électrique. Elles visent simplement à produire ce courant au moment où la rentabilité économique est la plus élevée !

Pour quelques millions chaque année, les genevois sont donc sensés faire de leur fleuve une vue de l’esprit, sans espoir de pouvoir y aménager un jour des plages ou des buvettes. Combien de fois avez-vous plongés vos pieds dans l’eau fraîche du Rhône, en dehors de l’espace minuscule de la Jonction ? Probablement jamais.

Combien de frayères de truites lacustres avez-vous compté cet automne ? De zones annexes propices à nos oiseaux ou à nos batraciens ? Elles se comptent sur les doigts de la main, car un fleuve qui voit chaque jour son débit passer du simple au quintuple n’est pas un fleuve favorable à la diversité biologique.

De cette situation, les pêcheurs ont assez. Pas fous, ils ne s’opposent pas à l’énergie hydroélectrique en tant que telle, mais seulement à la manière brutale dont celle-ci est produite par les Services Industriels de Genève Parce que quelques dixièmes de pourcent de leur chiffre d’affaire ne justifient pas qu’on fasse du Rhône genevois un canal escarpé, dont ni la nature ni les humains ne peuvent profiter.

Ils ont donc lancé une pétition, qui demande l’arrêt des éclusées du Rhône.

Amis de la nature et de la baignade, il est temps de la signer sur monrhone.ch!

 

Christophe Ebener

 

 

22/02/2018

Les valaisans aiment leur Rhône ! Et vous?

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Sans aide à la réalisation de l’Office fédéral de la culture, c’est le genre de film qui n’aurait jamais dû voir le jour.

Il parle du Rhône, de ceux qui l’aiment ou le craignent. On y voit certains espérer le retour des truites, tandis que d’autres, se souvenant de ce qu’est un fleuve sauvage, redoutent de le voir ronger à nouveau leurs terres. Avec respect et sans jugement de valeurs, la réalisatrice Mélanie Pitteloud les a tous écoutés, en un récit passionnant qui donne envie d’aller au bord de l’eau.

Grâce à la RTS, à Cinéforom, au canton du Valais et à ses multiples communes, fondations et associations, « Dans le lit du Rhône » a finalement pu être réalisé. En quelques semaines, il a fait, dans son canton d’origine, puis en Romandie, des milliers d’entrées.

Ce mercredi 28 février, à 20h45, le film sera projeté dans la grande salle du cinéma Bio, à Carouge. Une occasion unique de montrer notre attachement à ce cours d’eau, et d’en parler ensuite avec quelques uns, dont le soussigné, qui aiment s’exprimer en son nom.

Le bon moment, aussi, pour signer la pétition que la Fédération Genevoise des Sociétés de Pêche s’apprête à lancer pour sauver ce fleuve.

 

Christophe Ebener

 

24/01/2018

Bien plus qu’un luxe, la truite lacustre

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Comme tout produit de luxe qui se respecte, elle coûte cher, la truite lacustre. Pour qu’elle subsiste, il faut en effet que sautent les obstacles qui jonchent nos cours d’eau, car ils s’opposent à son cycle biologique. Il faut ensuite lui offrir des rivières aux eaux limpides, pour que ses œufs puissent se développer, et ses alevins grandir un peu, avant leur départ pour le Léman. 

Et puis, pour la pêcher, il faut prendre son temps. Préparer le bateau et des dizaines de lignes, trainer ensuite au ralenti ces dernières juste sous les vagues, là ou les lacustres sont en chasse en ce mois de janvier. Et ensuite, travailler. Car à chaque fois qu’un de ces saumons prend à une ligne, c’est toujours, bon sang, celle qui est à l’extérieur ! Il faut donc enlever toutes celles qui la précèdent, elles sont vides, avant de ramener celle qui a ferré le poisson. Ensuite, tout remettre à l’eau, et on recommence.

Enfin, il y a le poisson proprement dit. Massif, argenté, des nageoires surdimensionnées.

Dans la cuisine, la chair se révèle dans toute sa splendeur. Contrairement aux truites ou au saumons d’élevage, dont la chair grasse est artificiellement rosée à l’astaxanthine, celle des truites lacustres est tendue par les muscles et orange vif. Summum de la bienséance, les truites lacustres que j’ai pu voir ces derniers jours avaient l’estomac rempli…de perches!

Poisson mythique du Léman et de ses affluents, la truite lacustre a pourtant disparu de son émissaire, le Rhône. La faute, une fois de plus, au barrage du Seujet, qui verrouille la sortie du lac et modifie chaque jour le débit du fleuve.

Après tous les efforts consentis, des centaines de millions dépensés pour améliorer la qualité de l’eau du lac et renaturer nos cours d’eau, il est temps que l’Etat s’engage, le coût ne sera pas élevé, afin que le fleuve autour duquel s’est construite notre ville soit compatible avec la survie de ce poisson hors du commun.

Car plus qu’un produit de luxe, la truite lacustre est un poisson pilote pour les sociétés humaines. Là où elle prospère, les humains vivent mieux ! Un jour peut-être, vous vous baignerez, à la bernoise, sur les kilomètres d’un Rhône genevois renaturé et libéré des éclusées. Ce jour là, assurément, les truites lacustres vous accompagneront.

Ça vaut la peine d’essayer, non ?

 

Christophe Ebener

17/01/2018

Ça, c'est la pêche genevoise...

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Les chiffres des captures de poissons par la pêche de loisir dans le canton de Genève sont enfin connus pour l’année 2016. Et ils font mal. Jugez plutôt, et tenez vous bien !

Sur le Rhône, cours d’eau principal du canton, il s’est capturé moins d’une truite par année et par pêcheur ! Et pourtant, chaque pêcheur du Rhône y est allé en moyenne 15 fois…En cette année 2016 de vidange du Rhône, le nombre total de truites capturées a même été divisé par 3 par rapport à l’année précédente ! Et ces chiffres catastrophiques ne concernent pas seulement les truites, puisque les captures de perches et de brochets ont elles aussi chuté dramatiquement. Une démonstration navrante que les autorités politiques et les services industriels de Genève, malgré l’autosatisfaction dont ils font preuve, sont toujours incapables de gérer ce fleuve sur des bases compatibles avec la vie aquatique, la protection des animaux et la conservation des espèces.

Sur l’Arve, rivière exceptionnelle pour la pêche de loisir il y a quelques dizaines d’années, le résultat n’est guère meilleur, puisque les pêcheurs y capturent, en une année, à peine à deux truites chacun. Et encore, il leur faut en moyenne plus de 10 sorties pour y parvenir ! Quand aux ombres de rivière, si particuliers sur ce cours d d’eau, et autrefois si abondants, il ne s’en capture pas depuis des années…

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Sur la Versoix, moins de 100 truites sont capturées en moyenne chaque année, ce qui représente 0,5 truite par an et par pêcheur. Et pourtant, il y a moins de 30 ans, le mythique retraité à la pipe qui m’a appris à pêcher à la mouche capturait, à lui tout seul, et en mouche sèche s’il vous plaît, la technique de pêche la moins rentable au monde, plus de 100 truites chaque année !

Pour ce qui concerne l’Allondon, les chiffres sont proches du néant, mais ils avaient déjà été précédés par des pêches scientifiques désastreuses.

Sur les petits cours d’eau comme l’Aire ou la Seymaz, les poissons capturés sont probablement tous issus du repeuplement. Sans ces derniers, les pêcheurs en auraient désertés les rives depuis longtemps.

Evidemment, la pêche de loisir dans le canton ne s’arrête pas seulement à ces chiffres déprimants. Il y a la joie des petites victoires, comme la prochaine renaturation du Nant de Pralie, qui devrait offrir quelques dizaines de frayères supplémentaires à l’Allondon. Ou la timide satisfaction de constater, qu'après des années de lutte,  l’administration reconnaît enfin que l’état de sécheresse quasi permanent de nos rivières n’est pas uniquement provoqué par le manque de pluie, mais aussi par des captages d’eau très importants en France voisine.

Seulement voilà, face à l’absence d’améliorations concrètes sur le terrain, c’est la colère qui l’emporte en ce moment.

 

Christophe Ebener