12/06/2017

Mais où sont les ombres?

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Cette année, la reproduction des ombres commun est passée quasiment inaperçue au bord de l’Allondon. Pourtant, les eaux claires et basses étaient favorables aux observations.

Depuis, les retours des pêcheurs sont unanimes : les ombres sont largement moins présents que les années précédentes, elles qui avaient pourtant marqué un retour réjouissant de ce poisson particulièrement menacé en Suisse. Une brève pêche électrique conduite ce printemps suggère également que les alevins de ce poisson sont absents.

Les poissons adultes se comptent sur les doigts de la main…

Cette espèce remarquable avait pourtant fait l’objet de toutes les attentions de la part des pêcheurs. Leur capture est en effet interdite depuis des années, et la protection de leurs frayères et larves est totale, dans la mesure où il est interdit de pêcher avec les pieds dans l’eau jusqu’à ce que leurs œufs aient éclos, soit début mai.

Comment, dès lors, expliquer un tel recul ?

Une vidange du Rhône semble être passée par là. Comme il est connu que ces poissons extrêmement sensibles ont tendance à descendre dans le Rhône après la reproduction, le lien est vite fait….D’autant plus que les multiples dérangements sur la zone alluviale de l’Allondon, largement offerte aux loisirs, tendent à faire dévaler les adultes…

Bref, la cohabitation entre cette population d’importance nationale et les humains, qui exploitent si fortement leurs systèmes hydrologiques pour leurs loisirs ou la production d’énergie hydroélectrique, est à nouveau problématique et montre à quel point la survie des espèces animales les plus sensibles ne tient qu’à un fil.

Qui est prêt à en assumer la responsabilité ?

Christophe Ebener

29/05/2017

Des arc-en-ciel dans une zone villa, c’est plutôt sympa non ?

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Il y a peu, on se demandait ici même si le Rhône genevois tenait plus d’une zone villa ou d’une forêt primaire. Hé bien les pêcheurs ont tranché !

Ils ont déversé ce week end plus de trois cent kilos de truites arc-en-ciel dans le Rhône franco-genevois !

Parce que voir disparaître la pêche de loisir dans le Rhône, ça suffit.

Parce ce que faire le grand écart entre les injonctions contradictoires du Canton, de la Confédération et des protecteurs des animaux, y en a marre.

Parce que 3 barrages sur quelques kilomètres, des vidanges tous les 3 ou 4 ans et des débits qui varient du simple au quintuple dans la journée, c’est pas plus naturel qu’une truite américaine.

Et surtout parce que la nature n’attend jamais qu’un écosystème revienne à un état ancestral. D’autres espèces, telles les silures par exemple, profitent en effet de la situation pour remplir le vide laissé par nos poissons indigènes.

Finalement, les pêcheurs ont eu bien raison. Des arc-en-ciel dans une zone villa, c’est vraiment sympa !

 

Christophe Ebener

16/05/2017

Le Rhône est-il une zone villa ou une forêt primaire ?

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Les forêts primaires sont des forêts qui ne sont pas exploitées par les humains. Pourquoi la nature qu’on y trouve est-elle si différente de celle d’une zone villa ?

Evidemment parce que l’usage qu’on en fait rend difficile la présence d’arbres centenaires et de grands mammifères. Mais aussi, et on y pense moins souvent, parce qu’il existe un consensus qui stipule que lorsque les humains exploitent un écosystème, ils y apportent une panoplie de valeurs qui va à son tour le remodeler. Dans une zone villa, certains planteront ainsi des arbustes exotiques aux parfums sublimes, tandis que d’autres s’inspireront des campagnes du XIXè siècle pour planter des aubépines et des églantiers. Ce principe est tellement ancré dans nos valeurs, qu’à personne il ne viendrait à l’esprit d’imposer à ces zones la présence de grands ongulés ou de supers prédateurs !

 Le Rhône genevois, avec ses trois barrages hydroélectriques qui se dressent face à la faune aquatique, ses débits qui varient du simple au quintuple en quelques heures  et ses vidanges régulières tient-il donc plus d’une forêt primaire ou d’une zone villa?

 De l’une ou l’autre réponse dépendra une gestion différente de la pêche.

 Des surprises, assurément, il y aura !

A suivre.

Christophe Ebener

27/04/2017

La Méditerranée genevoise, vous la voyez comment ?

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A l’échelle d’une vie humaine, même les prudents prévisionnistes de météosuisse osent écrire qu’une transition vers un climat méditerranéen se fait sentir. L’Office Fédéral de l’Environnement n’y va de son côté pas par quatre chemins, lui qui estime qu’en raison du réchauffement climatique, la truite de rivière aura perdu 5% à 40% de sa répartition actuelle, tandis que d'autres scénarios prévoient même une disparition totale de ce poisson des rivières du Plateau suisse à l’horizon 2050 !

On peut dès lors légitimement se demander, si dans ce contexte de changement climatique, il vaut mieux subir les événements, et observer le remplacement hasardeux et aléatoire des espèces animales et végétales les plus vulnérables par d’autres, plus tolérantes, ou si il n’est pas mieux de se donner les moyens de choisir quelles espèces nous voulons côtoyer dans nos campagnes et nos cours d’eau.

 En cette période de sécheresse historique, la question est d’une actualité brûlante, car ce phénomène a déjà débuté : sur l’Allondon et la Versoix, les chevesnes et les barbeaux remontent de plus en plus haut, et occupent l’habitat des salmonidés. Sans que personne n’ait eu son mot à dire, les silures et les blennies fluviatile se répandent dans le Rhône genevois, tandis que les écrevisses américaines ont définitivement supplanté notre écrevisse à pattes blanches sur la quasi totalité du réseau hydrologique !

Face à cette lame de fond, la position de l’OFEV, qui se contente de lier la survie de nos salmonidés à la renaturation et à l’assainissement des cours d’eau, est largement insuffisante, car elle n’offre pas aux cantons les moyens législatifs de gérer correctement ces changement rapides.

 Par exemple, alors que sous l’effet du réchauffement des eaux, l’impact de la maladie rénale proliférative augmente sensiblement, et provoque la mortalité d’une grande partie des jeunes truites de rivière de l’Allondon et de la Versoix, il est rigoureusement impossible de soutenir nos populations indigènes avec des truites résistantes à cette maladie, alors que ces dernières existent et qu’elles sont largement répandues dans d’autres régions du globe ! Berne impose en effet que les poissons servant au repeuplement doivent impérativement provenir du même bassin versant que celui du cours d’eau récepteur, ce qui empêche de facto toute tentative d’amener de la diversité génétique à des cours d’eau qui sont pourtant cloisonnés et fermés aux apports extérieur de gènes par une multitude de barrages.

Pour la même raison, la bonne idée de diversifier le pool génétique de nos truites indigènes avec des truites issues des rivières des Alpes du sud, rivières auxquelles nos propres cours d’eau ressemblent de plus en plus, n’a aucune chance de dépasser le stade de la parole et du regret.

Si donc nous voulons profiter de nos cours d’eau comme nous le souhaitons, et non pas comme le hasard ou la négligence l’imposera, ne reste donc que deux solutions : soit l’OFEV lâche la bride et offre aux cantons la possibilité de gérer au mieux les espèces qui peuplent leurs cours d’eau, soit il interdit la méditérranéisation du Plateau suisse !

 

Christophe Ebener

03/03/2017

Et si on allait à la pêche?

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Samedi 4 mars c’est l’ouverture annuelle de la pêche en rivière. Pourquoi ne pas en profiter pour partir à la rencontre des pêcheurs, et vous y mettre une bonne fois pour toute ?

Vous seriez enfin de ceux à qui la pluie donne le sourire. De ces gens qui s’arrêtent systématiquement sur les ponts pour regarder ce qui se passe en dessous.

Mieux encore, la traque des poissons vous fera vivre, mais oui ! à Genève, des émotions inconcevables : l’immense joie de vous moquer de celui, au bord de la crise de nerf, qui aura manqué le poisson de l’année, l’impression d’être un sous-homme lorsque vous constaterez, en arrivant au bord d’une rivière, que les poissons sont bien actifs, mais que vous avez laissé votre canne sur votre bureau, ou encore la rage devant un cours d’eau asséché ou la longue attente d’une éclosion d’éphémères qui devrait enfin faire bouger ces satanées truites !

Vous pêcherez des brochets sous la neige, des silures ou des barbeaux géants dans le centre ville, et des perches lors d’une chaude soirée de septembre, une fois la jetée des Pâquis désertée par les baigneurs.

Les poissons que vous consommerez auront mangé des insectes et des crustacés, et pas ces infâmes farines de poissons dont sont gavés ceux qu’on vous présente dans les supermarchés.

Mais aussi, et surtout, vous observerez la nature avec un regard aiguisé : là où la plupart des gens ne voit qu'une rivière naturelle, vous reconnaîtrez des anomalies de débit ou des obstacles artificiels à la libre circulation des poissons. Aux antispecistes et autres chats de salon qui vous reprocheront de jouer avec des poissons, vous demanderez ce qu’ils font pour maintenir les populations qu’il nous reste. Devant chaque tuyau, chaque barrage, vous vous arrêterez en vous demandant comment améliorer les conditions d’existence de la faune piscicole.

En un mot comme en cent, la tête sous l’eau et les pieds sur terre, vous entrerez dans un monde militant, fidèle en amitié et riche en surprises.

Alors, on y va quand ?

Christophe Ebener

 

  1. En savoir plus sur l'ouverture de la pêche en rivières:http://ge.ch/eau/actualites/la-peche-en-riviere-est-ouverte
  2. Pour contacter les sociétés de pêche du canton: http://www.fspg-ge.ch/

 

14:00 Publié dans Pêche | Lien permanent | Commentaires (0)

28/02/2017

L’OFEV, la nature et le PDC

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Vous êtes un canton précurseur dans la renaturation des cours d’eau, et souhaitez soutenir la pêche en immergeant quelques truites arc-en-ciel dans des secteurs tellement exploités par les humains que cette truite américaine est la seule à pouvoir y survivre ? L’Office Fédéral de l’Environnement vous répondra par la négative, au motif insolent que si vous travaillez bien, le Rhône et l’Arve reviendront peut-être au stade où le naturaliste Robert Hainard y peignait des loutres.

Si vous êtes un gestionnaire de la pêche genevoise qui prévoit d’ offrir à l’Allondon un ruisseau frayère supplémentaire pour que ses truites viennent y pondre leurs œufs et leurs alevins y grandir, le même OFEV vous dira non également. Parce que vous avez prévu de couper quelques arbres de trop pour renaturer ce petit affluent…

Alors peut-être, en tant qu’exploitant d’un barrage hydro-électrique, souhaitez-vous augmenter le débit minimal du Rhône genevois, comme la nouvelle loi sur la protection des eaux l’encourage ? L’OFEV, encore lui, vous demandera de prouver que cette mesure, qui rappelons-le, consiste simplement à rendre de l’eau au fleuve, est réellement nécessaire.

Enfin, vous pourriez être un pêcheur soucieux de la protection des ombres de l’Arve, espèce que vous ne prélevez plus depuis deux décennies vu sa rareté. Dans ce cas, vous demanderiez l’analyse des contenus stomacaux de quelques harles bièvres pour démontrer que leur impact est important sur cette espèce menacée. L’OFEV, évidemment, ne vous offrira pas cette possibilité, et exigera au contraire que vous vous lanciez dans une étude scientifique longue et onéreuse avec une université pour démontrer que ces oiseaux pourraient éventuellement avoir un impact  significatif!

Las, si vous êtes passé par toutes ces étapes et que vous êtes toujours motivé par la protection des milieux aquatiques et des poissons, vous vous demandez comment un office, sous la direction d’une conseillère fédérale PDC, peut défendre une vision de la nature aussi antihumaniste et dogmatique, et tellement éloignée des valeurs de ce bon vieux parti.

La réponse, on s’en doute, est probablement liée au manque d’intérêt des autorités politiques pour ces problématiques, mais certainement aussi au fait que depuis des décennies, ne sont engagés à l’OFEV que les biologistes les plus conservateurs.

Jusqu’à quand cela va-t-il durer ?

 

Christophe Ebener

30/01/2017

La concertation avec les technocrates, ça sert à quoi ?

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La plupart des chefs qui le sont devenus grâce à leurs brillantes études adorent la concertation, la planification, les réunions et toute une série de processus longs et coûteux qui se terminent en «ion », dont l'intérêt principal est d’aboutir à des décisions frileuses tout en diluant les responsabilités, et donc de se maintenir en place.

Appliqué aux eaux genevoises, cet état d’esprit n’a pas démérité : des réunions ont réuni des gens de tous bords, des indicateurs ont indiqué des milliers de choses, et des études ont conclu qu’il fallait étudier plus. Pendant ce temps, les truites ont disparu du Rhône, les captures dans l’Arve se sont effondrées, et la somme annuelle des poissons capturés dans l’Allondon est inférieure au nombre de prises conservées par un seul pêcheur dans les années quatre-vingts ! Tout cela en une génération !

La conclusion qu’il faut en tirer est simple : la concertation et ses milliers d’heures de travail bénévole n’a servi qu’à accompagner la lente agonie des rivières genevoises.

Autrement dit, les défenseurs des cours d’eau seraient bien inspirés de renoncer à leurs alliances contre-productives avec les pouvoirs en place, et de partir en croisade contre les ennemis de la vie aquatique. Sans cela, il ne restera bientôt rien d’autre que des populations en voie de disparition et des bassins d’élevage pour des truites de pisciculture.

 

Christophe Ebener

02/01/2017

A Genève, l’année 2016 s’est terminée par une orgie

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Durant les fêtes, de nombreux noctambules ont arpenté les quais du lac et du Rhône. Peu d’entre eux ont pris la peine de jeter un coup d’œil par dessus bord, et pourtant, le spectacle était semble-t-il génial à voir : toutes les nuits, des milliers de féras du Léman remontaient des profondeurs pour se reproduire dans le Rhône urbain ou sur les rives du lac. Sous quelques centimètres d’eau, les mâles se battaient dans de bruyantes éclaboussures pour féconder les œufs que les femelles déposaient sur le fond.

Juste à côté, on apercevait des tanches et des carpes de plusieurs kilos qui profitaient non pas du spectacle, mais des œufs que les poissons laissaient à leur sort une fois fécondés. A l’affut, le dos quasiment à fleur d’eau, les gros brochets étaient quant à eux là pour se repaître des féras adultes.

Le matin, les poissons avaient disparu, et tout était désert jusqu’à la nuit suivante.

L’année prochaine, c’est certain, on ne les ratera pas!

Christophe Ebener