La tête sous l'eau - Page 4

  • Vous l'avez vue, la rivière au dessus de nos têtes?

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    Depuis plusieurs jours, une immense rivière atmosphérique draine l'humidité de l'atlantique tropical et plonge sur l'Europe, apportant douceur et pluie. On voit que les méandres du jet stream creusent son lit, et que les températures des eaux de surface de l'Atlantique, plus élevées que la normale, l'ont certainement renforcée en augmentant l'évaporation.

    Magnifique!

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    Christophe Ebener

    Sources:  - http://cci-reanalyzer.org/

                   - https://twitter.com/cassouman40

     

  • Ça, c'est la pêche genevoise...

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    Les chiffres des captures de poissons par la pêche de loisir dans le canton de Genève sont enfin connus pour l’année 2016. Et ils font mal. Jugez plutôt, et tenez vous bien !

    Sur le Rhône, cours d’eau principal du canton, il s’est capturé moins d’une truite par année et par pêcheur ! Et pourtant, chaque pêcheur du Rhône y est allé en moyenne 15 fois…En cette année 2016 de vidange du Rhône, le nombre total de truites capturées a même été divisé par 3 par rapport à l’année précédente ! Et ces chiffres catastrophiques ne concernent pas seulement les truites, puisque les captures de perches et de brochets ont elles aussi chuté dramatiquement. Une démonstration navrante que les autorités politiques et les services industriels de Genève, malgré l’autosatisfaction dont ils font preuve, sont toujours incapables de gérer ce fleuve sur des bases compatibles avec la vie aquatique, la protection des animaux et la conservation des espèces.

    Sur l’Arve, rivière exceptionnelle pour la pêche de loisir il y a quelques dizaines d’années, le résultat n’est guère meilleur, puisque les pêcheurs y capturent, en une année, à peine à deux truites chacun. Et encore, il leur faut en moyenne plus de 10 sorties pour y parvenir ! Quand aux ombres de rivière, si particuliers sur ce cours d d’eau, et autrefois si abondants, il ne s’en capture pas depuis des années…

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    Sur la Versoix, moins de 100 truites sont capturées en moyenne chaque année, ce qui représente 0,5 truite par an et par pêcheur. Et pourtant, il y a moins de 30 ans, le mythique retraité à la pipe qui m’a appris à pêcher à la mouche capturait, à lui tout seul, et en mouche sèche s’il vous plaît, la technique de pêche la moins rentable au monde, plus de 100 truites chaque année !

    Pour ce qui concerne l’Allondon, les chiffres sont proches du néant, mais ils avaient déjà été précédés par des pêches scientifiques désastreuses.

    Sur les petits cours d’eau comme l’Aire ou la Seymaz, les poissons capturés sont probablement tous issus du repeuplement. Sans ces derniers, les pêcheurs en auraient désertés les rives depuis longtemps.

    Evidemment, la pêche de loisir dans le canton ne s’arrête pas seulement à ces chiffres déprimants. Il y a la joie des petites victoires, comme la prochaine renaturation du Nant de Pralie, qui devrait offrir quelques dizaines de frayères supplémentaires à l’Allondon. Ou la timide satisfaction de constater, qu'après des années de lutte,  l’administration reconnaît enfin que l’état de sécheresse quasi permanent de nos rivières n’est pas uniquement provoqué par le manque de pluie, mais aussi par des captages d’eau très importants en France voisine.

    Seulement voilà, face à l’absence d’améliorations concrètes sur le terrain, c’est la colère qui l’emporte en ce moment.

     

    Christophe Ebener

  • Combien de poissons attrape-t-on à Genève?

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    Les pêcheurs genevois sont très disciplinés. A chacune de leur sortie, ils sont tenus de marquer, dans un carnet officiel, dans quel cours d’eau ils pêchent, et quels poissons ils ont capturés.

    Ensuite, un gentil Cendrillon de l’Etat compile ces données, et au dernier coup de minuit, soit au repas de noël de la Commission de la Pêche, il vient présenter une synthèse du rendement de la pêche dans les cours d’eau genevois.

    Pour les chiffres de 2016, fraîchement parus, je vous propose de répondre aux trois questions ci-dessous.

    Ce sera l’occasion de comparer vos attentes et vos suppositions à la réalité des faits, qu’on espère pas trop dure….

    1. Combien de truites en moyenne chaque pêcheur a-t-il capturé dans le Rhône en 2016?
    2. Combien de fois faut-il aller à la pêche dans le Rhône pour capturer au moins une truite?
    3.  Combien de truites ont été capturées dans la Versoix en 2016 ?

    Vos réponses dans les commentaires ci-dessous. A celui qui est le plus proche de la réalité, j’offre le permis de pêche 2018 !

    Deux indices pour bien débuter :

    • 2016 a été une année de vidange abaissement homéopathique des barrages  du Rhône genevois.
    • L’administration genevoise considère que les pêcheurs sont des emmerdeurs de première !

     

    Bon courage.

    Les réponses jeudi soir !

     

    Christophe Ebener

  • Eclusées du Rhône : et la souffrance animale dans tout ça ?

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    Depuis des années, il n’est plus possible de créer des parcours de pêche « no kill » en Suisse (des parcours où les pêcheurs doivent relâcher la totalité des poissons qu’ils capturent), alors même qu’ils sont très efficaces pour préserver durablement les ressources piscicoles, parce qu’une ordonnance fédérale l’interdit au motif qu’ils sont incompatibles avec la protection des animaux. Soit.

    Quand un oiseau piscivore est tiré dans le canton, c’est à dire moins d’une fois par an, ma boîte e-mail déborde de messages appelant à interdire la pêche de loisir et à ne pas tuer d’animaux sauvages. Soit.

    Par contre, à chaque fois que je me ballade au bord du Rhône, et que j’y trouve des poissons échoués sur la terre ferme, morts asphyxiés, c’est l'indifférence et le silence qui me frappent ! Ces poissons ne sont pourtant pas mort naturellement. Ils sont là parce que le niveau du Rhône a baissé tellement vite que les poissons sont restés sur place, cherchant refuge dans les quelques flaques qui ont fini, elles aussi, par disparaître.

    Comme cette mécanique infernale, qui fait du débit du Rhône un yo-yo passant de 50 à 550 mètres cubes par seconde, se déclenche quotidiennement, ce ne sont pas quelques centaines de poissons qui sont concernés, mais des milliers, voir des dizaines de milliers.

    Amis des animaux et de leur protection, il serait temps que vous me donniez un coup de main pour que cessent ces éclusées, non ?

    Christophe Ebener

     

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  • Un oiseau est mort. Ne tirez pas sur les pêcheurs!

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    D’accord, un bel oiseau noir a été tiré par les gardes de l’environnement sur l’Arve.

    C’est vrai, il a été tiré parce qu’il vivait normalement sa vie de cormoran, en pêchant là où la pêche est rentable. Et comme ses congénères, il aurait quitté les lieux lorsque le rendement de la pêche allait baisser, c’est à dire lorsqu’il n’y a plus grand chose à prendre.

    Avant cet instant, le dilemme. Certains estiment qu’il se serait nourri des poissons les plus abondants. D’autres, dont les pêcheurs, se demandent bien quels poissons sont abondants dans l’Arve, et indiquent que les seuls poissons qu’ils observent sur ces zones de pêche sont des jeunes ombres de rivière, espèce autrefois répandue, mais aujourd’hui menacée partout en Suisse.

    Peut-être qu’un jour, une analyse des contenus stomacaux viendra donner raison aux uns, et tort aux autres.

    En attendant, la réalité sur le terrain est que cette population d’ombres genevois, bien différente des autres sur le plan génétique, est tellement clairsemée que toutes les mesures de conservation sont importantes, même le tir de quelques oiseaux piscivores. Et qu’on ne vienne pas me dire que les pêcheurs participent eux aussi à l’appauvrissement des ressources de ce cours d’eau : les statistiques des captures des ombres sont nulles, et archi nulles, depuis plus d’une décennie !

    Bien sûr, le tir de quelques oiseaux ne fera pas de l’Arve la rivière exceptionnelle qu’elle était il y a un demi-siècle. Mais il permettra, peut-être, à quelques poissons supplémentaires de pondre des œufs le printemps prochain, ce qui n’est pas rien.

    Le temps, et croyez bien que les pêcheurs y engagent toutes leurs ressources, que cette rivière emblématique du canton retrouve une morphologie et une qualité compatible avec l’essor de ce poisson magnifique, si bien adapté à ce cours d’eau.

    Christophe Ebener

  • Nature de demain : tout reste à inventer !

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    Le travail est, semble-t-il, terminé. Le département de l’environnement, des transports et de l'agriculture a divisé par deux le nombre de collaborateurs du service de la renaturation des cours d’eau, et laisse maintenant les millions s’accumuler sur le fond qui la finance.

    A croire que, une fois les premiers baigneurs de la plage Cramer arrivés, il n’y aura plus de béton à démolir, de rives à aménager, ou de nature à construire.

    A quelques pas de la direction générale du département, des kilomètres de rives rectilignes et d’eau fraîche inaccessible n’attendent pourtant qu’une vision politique pour s’offrir aux genevois et à la nature.

    Des terrasses aux embruns glacés, des bisses serpentant entre des aires de jeux, des baignades à la bernoise, des poissons au centre ville, ou encore des zones inondables pour les ornithos et les herpétologues, tout cela est sous leurs yeux, possible, réalisable, finançable.

    Une telle avancée pour la nature et les citadins de ce canton ne dépend même pas d’une idéologie politique ou d’un parti. Elle ne tient qu’à l’abandon pur et simple d’une frontière imaginaire. Celle que nos décideurs ont artificiellement tracée entre la nature et la culture, et qu’ils ont maintenant la plus grande peine à faire disparaître de leur tête.

    Et pourtant ! La nature a sa place dans nos villes, et certains milieux naturels de nos campagnes mériteraient d’être transformés pour optimiser leur capacité à accueillir la diversité biologique et les citadins.

    Un tel renversement de tendance, où tout est à faire et où rien n’est terminé, nécessitera, on s’en doute, de se libérer des chaînes qui ont lourdement contribué à maintenir le statu quo et l’inaction de ces dernières années, voir à proclamer qu’en termes de nature, tout a été fait.

    Je proposerai donc ces prochaines semaines quelques textes qui nous inciterons, du moins je l’espère, à réfléchir plus librement à la nature de demain.

     

    Christophe Ebener

  • Que Sami Kanaan montre ses seins!

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    Génial, Sami Kanaan a décidé, en bon chat de salon, qu’il ne fallait pas arbitrer. Seins nus contre burkini. Les deux portant visiblement les mêmes valeurs de liberté, on verra dorénavant l’un et l’autre dans ses piscines.

    De facto, il valide donc le fait que ce qui n’est pas caché est offert, même à l’heure du bain ! Et donne raison à tous ceux qui estiment qu’une paire de fesses ou de seins par trop visible est soit une provocation, soit une invitation silencieuse à un coït rapide. 

    Que ceux qui trouvent mes paroles exagérées tentent le coup, et passent une journée en montrant leurs rondeurs, et on verra, face à la lourdeur des regards et aux remarques salaces d’une caste d'abrutis qui se sent de plus en plus légitimée à se comporter dans l’espace public genevois comme elle le ferait dans les lieux les plus conservateurs du machisme méditerranéen, si ils ont encore envie de recommencer !

    De mon côté, j’irai, encore plus qu’avant, nager à poil dans des piscines privées en compagnie de seins nus que personne, valeureux vestige de mai 68, n’aurait à l’esprit de considérer comme un blasphème ou une provocation sexuelle.

    De leur côté, les électrices de Sami Kanaan continueront à devoir cacher leurs formes sous des pulls en laine et des vestes trop grandes pour elles dans les bus et les trains de nuit.

    Il y a des jours où on est content de ne pas être socialiste !

     

    Christophe Ebener

  • Gestion de la nature : le vent tourne mais la loi ne suit pas !!!

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    A voir le nombre de publications qui sortent sur le sujet (1), la vision, au fort relent de créationnisme, d’une nature parfaite et figée dans le temps qu’il faudrait protéger telle quelle a du plomb dans l’aile, et c’est tant mieux !

    Celui qui voudra bien y jeter un coup d’œil apprendra en particulier que les espèces exotiques s’intègrent finalement assez bien à la diversité locale, et que la construction de nature hybride, capable à la fois de satisfaire une multitude de besoins humains tout en hébergeant une faune et une flore diversifiée, est parfaitement possible, voir souhaitable.

    Une approche aussi dynamique, en rupture avec les pratiques actuelles qui recherchent avant tout à recréer la nature du passé, sans y arriver la plupart du temps, se construit bien évidemment sur un modèle différent. C’est un mode de gestion qui demande que l’on apprenne en faisant, que l’on agisse sur la base de connaissances scientifiques, mais aussi de savoirs empiriques, d'expériences accumulées ou de requêtes de citoyens. Mais surtout, la gestion même des systèmes écologiques évolue en fonction de la trajectoire que ces derniers suivent, et des connaissances que l’on en a. C’est donc l’antithèse de la gestion conservatrice et normative telle que nous la pratiquons aujourd’hui.

    Pour y arriver, il faudra une législation flexible et réactive, ouverte aux potentialités locales, qui ne s’appuie pas seulement sur des normes et des dogmes gravés dans le marbre.

    Le bouleversement climatique qui s’annonce pourrait être une occasion unique de lancer un grand débat sur la nature dans laquelle nous voulons vivre ces prochaines décennies.

    Malheureusement, la législation actuelle est beaucoup trop restrictive pour qu’un tel mouvement de fond puisse déboucher sur des réalisations concrètes.

    Pour être de véritables acteurs du changement, et non d’inertes marionnettes, il va falloir la changer, et vite !

     

    Christophe Ebener

     

    (1)Pour en savoir plus :