18/05/2017

Commission de la faune : le délice de l’entre-soi

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Depuis que je tiens ce blog, je défends l’idée que la nature est un enjeu démocratique réel, qui ne saurait donc être laissé à ceux qui se réjouissent d’en être les porte-paroles autoproclamés.

Or, et jusqu’à 2012, deux personnes, pas une de plus, décidaient quelles espèces animales pouvaient être régulées dans le canton, et lesquelles ne le pouvaient pas. Deux défenseurs de la cause animale, et non des protecteurs de la nature, la nuance est d’importance, ont donc pu, au sein de la commission constitutionnelle de la faune, s’opposer, et sur des bases le plus souvent sentimentales, aux décisions d’autres commissions ou des administrations, et imposer leur vision de la nature à tout un canton !

Adoptée en 2012, la nouvelle constitution genevoise effaçait la base constitutionnelle de cette commission. On s’attendait donc à ce que cette structure soit dissoute. Or, en 2015, avec la bénédiction de quelque service de l’Etat et suite à un tour de passe-passe règlementaire d’anthologie, la commission de régulation de la faune reprenait les prérogatives de l’ancienne commission constitutionnelle, et poursuivait donc son travail de sape pour que quelques fonctionnaires et deux représentants des milieux associatifs perpétuent la belle tradition genevoise de choisir, bien au chaud et entre soi, quels objectifs de conservation de la nature méritent d’être poursuivis, et lesquels ne le méritent pas.

Jeudi dernier,  le Grand Conseil avait enfin l’occasion de mettre fin à cette prise d’otage, en supprimant la base légale de cette commission. Il a décidé de ne rien décider.

Bref, à l’horizon des préférences personnelles d’une poignée de militants, les oiseaux continueront pour un temps encore à être placé en haut d’une pyramide imaginaire, et les poissons et leurs écosystèmes si menacés, en bas.

 

Christophe Ebener

Rapport annuel de la commission de la faune : les poissons existent bordel !

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Le rapport annuel de la restreinte commission de la régulation de la faune (elle ne réunit que deux représentants issus de deux associations) l’atteste avec une objectivité qui m’a laissé sans voix  durant plusieurs jours: Genève est le seul canton suisse qui n’héberge pas de poissons menacés! En tout cas, et contrairement aux cantons et départements voisins, les oiseaux piscivores n’y sont pas vu comme une menace pour ces derniers.

 On a en effet beau chercher dans ce rapport les termes « oiseaux piscivores », ou «poissons », aucun des deux n’y figure !

 Et ceci alors que plusieurs motions, signées à l’unanimité des membres de la Commission de la Pêche et issues d’un consensus longuement négocié avec les représentants des associations de protection de la nature et les partis politiques, reconnaissent dans certains cas la primauté de la conservation des poissons menacés sur celle de certains oiseaux piscivores. En d’autres termes, le fait qu’en certains lieux et qu’à certains moments, le tir de quelques oiseaux piscivores soit nécessaire pour protéger des poissons indigènes, que même les pêcheurs ne capturent plus, est un principe largement accepté.

Comment, dès lors, expliquer qu’un tel consensus soit jugé suffisamment anecdotique pour ne pas figurer dans un rapport annuel, seule trace officielle de l’activité de cette commission ?

La réponse est évidente : la commission n’a simplement jamais jugé nécessaire d’en parler, tant l’accord tacite qu’on ne tire pas des oiseaux à Genève est fort entre quelques représentants de l’état et cette commission. Cette véritable omerta est grave, car elle fait de la nature genevoise une entité privée sur laquelle seule une poignée d’apôtres autoproclamés se donne le droit d’agir.

 

Il est temps que ça change !

 

Christophe Ebener

16/05/2017

Le Rhône est-il une zone villa ou une forêt primaire ?

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Les forêts primaires sont des forêts qui ne sont pas exploitées par les humains. Pourquoi la nature qu’on y trouve est-elle si différente de celle d’une zone villa ?

Evidemment parce que l’usage qu’on en fait rend difficile la présence d’arbres centenaires et de grands mammifères. Mais aussi, et on y pense moins souvent, parce qu’il existe un consensus qui stipule que lorsque les humains exploitent un écosystème, ils y apportent une panoplie de valeurs qui va à son tour le remodeler. Dans une zone villa, certains planteront ainsi des arbustes exotiques aux parfums sublimes, tandis que d’autres s’inspireront des campagnes du XIXè siècle pour planter des aubépines et des églantiers. Ce principe est tellement ancré dans nos valeurs, qu’à personne il ne viendrait à l’esprit d’imposer à ces zones la présence de grands ongulés ou de supers prédateurs !

 Le Rhône genevois, avec ses trois barrages hydroélectriques qui se dressent face à la faune aquatique, ses débits qui varient du simple au quintuple en quelques heures  et ses vidanges régulières tient-il donc plus d’une forêt primaire ou d’une zone villa?

 De l’une ou l’autre réponse dépendra une gestion différente de la pêche.

 Des surprises, assurément, il y aura !

A suivre.

Christophe Ebener

24/04/2017

Pourquoi parler des poissons, alors que les oiseaux sont si jolis?

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Le vendredi 21 avril, rendez-vous avait été donné aux pêcheurs du canton pour relâcher 30 000 alevins de truites de rivière dans l’Allondon, cours d’eau emblématique de la pêche genevoise, pour lequel, rappelons-le, plus de 100 millions ont été investi par les collectivités publiques genevoises et françaises afin de débarrasser définitivement cette rivière des effluents néfastes d’une importante station d’épuration.

Ce jour là donc, les pêcheurs se réunissent sur le parking principal du vallon de l’Allondon, au milieu duquel trône un majestueux panneau d’information. On y parle du cincle plongeur, du loriot d’Europe et de la fauvette à tête noire. Je n' y ai pas vu de poissons, alors que l’Allondon, sauf erreur, est une rivière exceptionnelle qui abrite plusieurs espèces figurant sur la liste rouge des espèces menacées de Suisse, et que c’est pour profiter de ses eaux fraiches que les genevois se rendent si volontiers sur ses rives.

Les bouteilles du vignoble de la République devant le panneau ? Pour me donner du courage. J’en manque parfois en ces journées d’avril…

 

Christophe Ebener

21:47 Publié dans Humeur | Lien permanent | Commentaires (0)

30/01/2017

La concertation avec les technocrates, ça sert à quoi ?

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La plupart des chefs qui le sont devenus grâce à leurs brillantes études adorent la concertation, la planification, les réunions et toute une série de processus longs et coûteux qui se terminent en «ion », dont l'intérêt principal est d’aboutir à des décisions frileuses tout en diluant les responsabilités, et donc de se maintenir en place.

Appliqué aux eaux genevoises, cet état d’esprit n’a pas démérité : des réunions ont réuni des gens de tous bords, des indicateurs ont indiqué des milliers de choses, et des études ont conclu qu’il fallait étudier plus. Pendant ce temps, les truites ont disparu du Rhône, les captures dans l’Arve se sont effondrées, et la somme annuelle des poissons capturés dans l’Allondon est inférieure au nombre de prises conservées par un seul pêcheur dans les années quatre-vingts ! Tout cela en une génération !

La conclusion qu’il faut en tirer est simple : la concertation et ses milliers d’heures de travail bénévole n’a servi qu’à accompagner la lente agonie des rivières genevoises.

Autrement dit, les défenseurs des cours d’eau seraient bien inspirés de renoncer à leurs alliances contre-productives avec les pouvoirs en place, et de partir en croisade contre les ennemis de la vie aquatique. Sans cela, il ne restera bientôt rien d’autre que des populations en voie de disparition et des bassins d’élevage pour des truites de pisciculture.

 

Christophe Ebener

30/12/2016

Adieu flux d’ouest, je t’aimais bien !

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Il rendait nos automnes favorables aux champignons, et enneigeait nos montagnes en hiver. Des étés tempérés et des nappes phréatiques pleines au printemps, c’était aussi grâce à lui.

En son absence, la carte des dangers d’incendie est devenue toujours plus rouge, et les arbustes des haies genevoises ont perdu leurs feuilles avec plus d’un mois d’avance. Les truites sont mortes dans nos rivières asséchées et je skie depuis une semaine sur la glace des canons à neige.

Le pire, c’est que sa venue n’est même pas envisagée sur un seul scénario des modèles numériques de prévision du temps. A perte de vue, c’est bis repetita : soit un énième renouvellement anticyclonique, soit un flux méridien !

Franchement, le réchauffement climatique sans flux d’ouest, j’en veux pas !

 

Christophe Ebener

28/10/2015

S’il te plaît, dessine-moi la nature !

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Je ne suis jamais autant énervé que lorsque j’entends des gens me dire que puisque je ne suis pas économiste ou chef d’entreprise, je n’ai pas mon mot à dire sur l’économie. Comme si le discours économique n’était pas truffé de normes, de valeurs, d’intérêts et de préférences personnelles ! Comme si le discours économique était aussi objectif que celui du physicien qui calcule la date de la prochaine éclipse solaire !

 Malheureusement, cette attitude, qui tente d’étouffer le débat public en cachant les normes subjectives sur lesquelles se fondent la plupart des activités humaines, est de plus en plus reproduite par ceux qui sont en charge de la nature dans ce pays !

 Ainsi, vous n’introduirez un poisson dans une rivière qu’à la condition qu’il soit issu de parents provenant exactement du même cours d’eau que le cours d’eau dans lequel vous planifiez de le relâcher.  Parce qu’une rivière est un écosystème naturel et qu’il ne faut surtout pas y introduire des poissons qui n’en sont pas vraiment originaires.  Même si les métissages augmentent la diversité génétique, ce que l’on valorise pourtant chez les humains. Même si les fameuses perches du Léman ont été introduites par les Romains, à la satisfaction de tous. Même si c’est une moule (la moule zebrée), originaire du bassin de la mer Caspienne, qui est à l’origine de l’explosion, saluée par tous, des effectifs de canards hivernants sur le Léman

 Aussi, vous ne favoriserez pas une espèce de poissons, placés sur la liste rouge des espèces menacées, en régulant par des tirs les oiseaux piscivores pourtant en pleine expansion. Parce que leur présence est naturelle. Même si, les cours d’eau, eux, ne le sont plus vraiment. Même si ces oiseaux ont largement profité des barrages que les humains ont construits sur la plupart des fleuves européens, qui ont transformés des cours d’eau autrefois vifs et puissants en succession de bassins particulièrement favorables aux oiseaux d’eau, à l’image du barrage de Verbois !

 Mais surtout,  cet argument, qui plaide pour une non-intervention en matière de nature, est de surcroît utilisé de manière très sélective. Ainsi, personne n’en fera usage lorsqu’il s’agit de tondre des hectares entiers de roselières pour éviter qu’elles ne soient colonisées par la forêt. Ou encore lorsqu’il s’agit d’introduire des moutons ou des chèvres pour préserver les praires maigres de l’envahissement par les buissons. Même si, en procédant de la sorte, on fait de facto le choix de favoriser des espèces au détriment d’autres…

 On le voit, l’usage du mot nature est à considérer avec une bonne dose de sens critique. Parce que ceux qui l’utilisent dans l’espace public le font la plupart du temps dans un sens militant, en espérant ainsi légitimer leur vision subjective de ce que doit être la nature.

 De même que l’économie n’appartient pas à Economie Suisse, la nature n’appartient donc pas à ceux qui s’en font les porte-paroles autoproclamés. Elle est un thème qui mérite d’être débattu publiquement dans les institutions démocratiques et dans les administrations.

 En particulier au Conseil National, où les pêcheurs seraient donc bien inspirés de présenter rapidement leurs arguments en faveur des truites arc-en-ciel et de la régulation des oiseaux piscivores.

Christophe Ebener

04/09/2015

Protecteurs des animaux : STOP !

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Le saviez-vous ? Une photo telle que celle-ci pourrait valoir à son auteur, pour autant qu’il ait pris ce cliché en Suisse, une amende salée ! Car la Suisse est l’un des seuls pays au monde qui interdise la capture des poissons dans l’intention de les relâcher.

Dans les pays européens et anglo-saxons, les pêcheurs à la mouche et au lancer ont en effet l’habitude de relâcher la plupart des truites et saumons qu’ils capturent, pour la simple raison qu’il n’y en aurait plus à capturer depuis longtemps si chacun d’eux redevenait un chasseur-cueilleur du paléolithique. Le contrat éthique derrière cette approche de la pêche de loisir qui consiste à relâcher les poissons que l’on capture, (« catch and release », ou « no kill ») est assez simple : la souffrance des poissons, supposée ou réelle, importe moins que l’engagement indéfectible et passionné des pêcheurs en faveur de la protection et de la réhabilitation des milieux aquatiques, qui profite aux poissons dans leur ensemble. Contrat d’autant plus facile à accepter qu’une truite capturée dans l’intention de la consommer souffre autant,  sinon plus, car les techniques de capture sont alors souvent plus invasives, qu’une truite qu’on s’apprête à relâcher….

En Suisse par contre, les protecteurs des animaux ont réussi à faire pression sur l’administration fédérale pour que la pêche de loisirs ne soit plus qu’alimentaire : ne devraient donc pêcher que ceux qui mangent les poissons qu’ils capturent. Et la chose aurait  pu aller plus loin encore, puisque certains protecteurs des animaux estiment en effet que tuer proprement un poisson pour le manger est un acte d’une cruauté telle qu’il doit être interdit… aux enfants. (voir l’article de 20 minutes…).

A Genève, les choses sont simples : si une telle loi était appliquée strictement par les quelques deux milles pêcheurs du canton, qu’on aurait ainsi voulu transformer en consommateurs plutôt qu’en gestionnaires attentionnés, les petits cours d’eau du canton auraient été vidés depuis longtemps.

Car ne nous y trompons pas, le développement économique du plateau suisse a rendu les conditions d’existence des poissons  incompatible avec une pêche de loisir quantitative.

Pourtant, et c’est là tout le problème, les protecteurs des animaux sont désespérément absents lorsqu’il s’agit de s’opposer à la destruction de l’habitat des poissons, ou à l’amélioration de la qualité de l’eau. Pire, ils laissent depuis des décennies les pêcheurs seuls au front pour lutter contre les effets dévastateurs des éclusées et des vidanges des barrages, qui anéantissent pourtant chaque année des générations entières de poissons, par un processus d’asphyxie qu’on jugera difficilement moins douloureux qu’une capture par un pêcheur.

Les protecteurs des animaux, en menaçant directement le lien émotionnel que les pêcheurs entretiennent avec les poissons et les cours d’eau, se trompent donc lourdement de cible. Libre à eux.

En revanche,  l’administration fédérale serait bien inspirée de reconsidérer la force du lobby des protecteurs des animaux à sa juste mesure, et de comprendre que ces derniers ne représentent pas l’opinion majoritaire. En 1990, lorsque les zurichois se sont prononcés sur la création d’un poste de procureur spécialement dédié à la protection des animaux, ils l’on refusé à plus de 80% . Que l’administration fédérale cesse donc une fois pour toute de courber l’échine devant leurs revendications en matière de pêche !

 

 

Christophe Ebener