30/01/2017

La concertation avec les technocrates, ça sert à quoi ?

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La plupart des chefs qui le sont devenus grâce à leurs brillantes études adorent la concertation, la planification, les réunions et toute une série de processus longs et coûteux qui se terminent en «ion », dont l'intérêt principal est d’aboutir à des décisions frileuses tout en diluant les responsabilités, et donc de se maintenir en place.

Appliqué aux eaux genevoises, cet état d’esprit n’a pas démérité : des réunions ont réuni des gens de tous bords, des indicateurs ont indiqué des milliers de choses, et des études ont conclu qu’il fallait étudier plus. Pendant ce temps, les truites ont disparu du Rhône, les captures dans l’Arve se sont effondrées, et la somme annuelle des poissons capturés dans l’Allondon est inférieure au nombre de prises conservées par un seul pêcheur dans les années quatre-vingts ! Tout cela en une génération !

La conclusion qu’il faut en tirer est simple : la concertation et ses milliers d’heures de travail bénévole n’a servi qu’à accompagner la lente agonie des rivières genevoises.

Autrement dit, les défenseurs des cours d’eau seraient bien inspirés de renoncer à leurs alliances contre-productives avec les pouvoirs en place, et de partir en croisade contre les ennemis de la vie aquatique. Sans cela, il ne restera bientôt rien d’autre que des populations en voie de disparition et des bassins d’élevage pour des truites de pisciculture.

 

Christophe Ebener

30/12/2016

Adieu flux d’ouest, je t’aimais bien !

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Il rendait nos automnes favorables aux champignons, et enneigeait nos montagnes en hiver. Des étés tempérés et des nappes phréatiques pleines au printemps, c’était aussi grâce à lui.

En son absence, la carte des dangers d’incendie est devenue toujours plus rouge, et les arbustes des haies genevoises ont perdu leurs feuilles avec plus d’un mois d’avance. Les truites sont mortes dans nos rivières asséchées et je skie depuis une semaine sur la glace des canons à neige.

Le pire, c’est que sa venue n’est même pas envisagée sur un seul scénario des modèles numériques de prévision du temps. A perte de vue, c’est bis repetita : soit un énième renouvellement anticyclonique, soit un flux méridien !

Franchement, le réchauffement climatique sans flux d’ouest, j’en veux pas !

 

Christophe Ebener

28/10/2015

S’il te plaît, dessine-moi la nature !

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Je ne suis jamais autant énervé que lorsque j’entends des gens me dire que puisque je ne suis pas économiste ou chef d’entreprise, je n’ai pas mon mot à dire sur l’économie. Comme si le discours économique n’était pas truffé de normes, de valeurs, d’intérêts et de préférences personnelles ! Comme si le discours économique était aussi objectif que celui du physicien qui calcule la date de la prochaine éclipse solaire !

 Malheureusement, cette attitude, qui tente d’étouffer le débat public en cachant les normes subjectives sur lesquelles se fondent la plupart des activités humaines, est de plus en plus reproduite par ceux qui sont en charge de la nature dans ce pays !

 Ainsi, vous n’introduirez un poisson dans une rivière qu’à la condition qu’il soit issu de parents provenant exactement du même cours d’eau que le cours d’eau dans lequel vous planifiez de le relâcher.  Parce qu’une rivière est un écosystème naturel et qu’il ne faut surtout pas y introduire des poissons qui n’en sont pas vraiment originaires.  Même si les métissages augmentent la diversité génétique, ce que l’on valorise pourtant chez les humains. Même si les fameuses perches du Léman ont été introduites par les Romains, à la satisfaction de tous. Même si c’est une moule (la moule zebrée), originaire du bassin de la mer Caspienne, qui est à l’origine de l’explosion, saluée par tous, des effectifs de canards hivernants sur le Léman

 Aussi, vous ne favoriserez pas une espèce de poissons, placés sur la liste rouge des espèces menacées, en régulant par des tirs les oiseaux piscivores pourtant en pleine expansion. Parce que leur présence est naturelle. Même si, les cours d’eau, eux, ne le sont plus vraiment. Même si ces oiseaux ont largement profité des barrages que les humains ont construits sur la plupart des fleuves européens, qui ont transformés des cours d’eau autrefois vifs et puissants en succession de bassins particulièrement favorables aux oiseaux d’eau, à l’image du barrage de Verbois !

 Mais surtout,  cet argument, qui plaide pour une non-intervention en matière de nature, est de surcroît utilisé de manière très sélective. Ainsi, personne n’en fera usage lorsqu’il s’agit de tondre des hectares entiers de roselières pour éviter qu’elles ne soient colonisées par la forêt. Ou encore lorsqu’il s’agit d’introduire des moutons ou des chèvres pour préserver les praires maigres de l’envahissement par les buissons. Même si, en procédant de la sorte, on fait de facto le choix de favoriser des espèces au détriment d’autres…

 On le voit, l’usage du mot nature est à considérer avec une bonne dose de sens critique. Parce que ceux qui l’utilisent dans l’espace public le font la plupart du temps dans un sens militant, en espérant ainsi légitimer leur vision subjective de ce que doit être la nature.

 De même que l’économie n’appartient pas à Economie Suisse, la nature n’appartient donc pas à ceux qui s’en font les porte-paroles autoproclamés. Elle est un thème qui mérite d’être débattu publiquement dans les institutions démocratiques et dans les administrations.

 En particulier au Conseil National, où les pêcheurs seraient donc bien inspirés de présenter rapidement leurs arguments en faveur des truites arc-en-ciel et de la régulation des oiseaux piscivores.

Christophe Ebener

04/09/2015

Protecteurs des animaux : STOP !

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Le saviez-vous ? Une photo telle que celle-ci pourrait valoir à son auteur, pour autant qu’il ait pris ce cliché en Suisse, une amende salée ! Car la Suisse est l’un des seuls pays au monde qui interdise la capture des poissons dans l’intention de les relâcher.

Dans les pays européens et anglo-saxons, les pêcheurs à la mouche et au lancer ont en effet l’habitude de relâcher la plupart des truites et saumons qu’ils capturent, pour la simple raison qu’il n’y en aurait plus à capturer depuis longtemps si chacun d’eux redevenait un chasseur-cueilleur du paléolithique. Le contrat éthique derrière cette approche de la pêche de loisir qui consiste à relâcher les poissons que l’on capture, (« catch and release », ou « no kill ») est assez simple : la souffrance des poissons, supposée ou réelle, importe moins que l’engagement indéfectible et passionné des pêcheurs en faveur de la protection et de la réhabilitation des milieux aquatiques, qui profite aux poissons dans leur ensemble. Contrat d’autant plus facile à accepter qu’une truite capturée dans l’intention de la consommer souffre autant,  sinon plus, car les techniques de capture sont alors souvent plus invasives, qu’une truite qu’on s’apprête à relâcher….

En Suisse par contre, les protecteurs des animaux ont réussi à faire pression sur l’administration fédérale pour que la pêche de loisirs ne soit plus qu’alimentaire : ne devraient donc pêcher que ceux qui mangent les poissons qu’ils capturent. Et la chose aurait  pu aller plus loin encore, puisque certains protecteurs des animaux estiment en effet que tuer proprement un poisson pour le manger est un acte d’une cruauté telle qu’il doit être interdit… aux enfants. (voir l’article de 20 minutes…).

A Genève, les choses sont simples : si une telle loi était appliquée strictement par les quelques deux milles pêcheurs du canton, qu’on aurait ainsi voulu transformer en consommateurs plutôt qu’en gestionnaires attentionnés, les petits cours d’eau du canton auraient été vidés depuis longtemps.

Car ne nous y trompons pas, le développement économique du plateau suisse a rendu les conditions d’existence des poissons  incompatible avec une pêche de loisir quantitative.

Pourtant, et c’est là tout le problème, les protecteurs des animaux sont désespérément absents lorsqu’il s’agit de s’opposer à la destruction de l’habitat des poissons, ou à l’amélioration de la qualité de l’eau. Pire, ils laissent depuis des décennies les pêcheurs seuls au front pour lutter contre les effets dévastateurs des éclusées et des vidanges des barrages, qui anéantissent pourtant chaque année des générations entières de poissons, par un processus d’asphyxie qu’on jugera difficilement moins douloureux qu’une capture par un pêcheur.

Les protecteurs des animaux, en menaçant directement le lien émotionnel que les pêcheurs entretiennent avec les poissons et les cours d’eau, se trompent donc lourdement de cible. Libre à eux.

En revanche,  l’administration fédérale serait bien inspirée de reconsidérer la force du lobby des protecteurs des animaux à sa juste mesure, et de comprendre que ces derniers ne représentent pas l’opinion majoritaire. En 1990, lorsque les zurichois se sont prononcés sur la création d’un poste de procureur spécialement dédié à la protection des animaux, ils l’on refusé à plus de 80% . Que l’administration fédérale cesse donc une fois pour toute de courber l’échine devant leurs revendications en matière de pêche !

 

 

Christophe Ebener