Genève

  • Pêche en rivière: pourquoi pas vous?

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    Si vous vous énervez que l’Aire renaturée représente la Suisse pour le prix du paysage du Conseil de l’Europe, alors que dans le même temps, le canton de Genève déconseille fortement aux enfants d’y plonger les pieds en raison des bactéries fécales, des métaux lourds et des pesticides qu’on y trouve, cela signifie que vous vous intéressez à l’eau des rivières, et c’est une bonne nouvelle !

    Si vous vous réjouissez que les pêcheurs remplissent leurs obligations envers la loi sur la protection des animaux, mais que vous vous étranglez à chaque vidange du Rhône parce que les Services Industriels, à large échelle cette fois, et sous la bienveillance du Conseil d’Etat, sont à mille lieues d’y parvenir, attention, vous n’êtes pas loin d’acheter une canne à pêche.

    Si vous attendiez depuis longtemps un débat sur les pesticides et la protection des eaux, mais que vous jugez trop facile la position des citadins qui pointent exclusivement du doigt le monde paysan, alors que les eaux de ruissellement de leurs villes sont, elles aussi, largement polluées par les métaux lourds des toitures et les pesticides des revêtements de façades, vous allez bientôt passer au guichet du service de la pêche pour prendre un permis.

    Enfin, si vous pensez qu’une des causes principales de la crise de la biodiversité réside dans l’absence de lien affectif et émotionnel avec la nature qui nous est proche, et que vous vous sentez mal à l’aise avec ceux qui veulent nous en éloigner encore plus en la mettant sous cloche, ou à l’abris des humain et de leurs activités, alors vous pourriez prendre ma place à la tête de la Fédération des Société de Pêche Genevoises ! 

    Dans un cas comme dans l’autre, vous vous arrêtez certainement sur les ponts pour voir si il y a des poissons en dessous. Prolongez donc votre regard, et venez à la rencontre des pêcheurs, ce samedi 2 mars dès 11h à l’étang de Richelien.

     

     

    Christophe Ebener

  • Rivières genevoises: le statu quo et l’oubli ?

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    Ce matin, un édito de la Tribune nous apprend que la croissance démographique atteindra 50% d’ici 2040 dans le pays de Gex, et près de 20% à Genève.

    Alors qu'ils ne se portent déjà pas très bien, la pression sur nos cours d’eau va donc encore augmenter! 

    Le risque, comme la gestion de la ressource en eau à l’échelle du bassin genevois se fait toujours attendre, c’est le maintien du statu quo. Et le lent processus vers l’oubli qui va avec.

    Les blancs-becs que je croise au bord des cours d’eau vivent déjà dans le nouveau monde : on y pêche les rivières genevoises au printemps, et on fait comme tout le monde en été. Départ sous de meilleurs cieux. Le plus souvent, là où il y a de l’eau en suffisance, et où on pratique une gestion de la pêche qui leur plaît davantage.

    Mais je ne leur jette pas la pierre. Ce ne sont, et de loin, pas les seuls à préférer tourner le dos aux galets secs et aux mousses des rivières en perdition. La plupart des gamins de mon quartier ont reçu l’interdiction de gambader pieds nus dans l’Aire, en raison des bactéries fécales et des polluants qui percolent à travers les égouts de Saint-Julien, et qui s’accumulent dans les minables débits résiduels qui s’écoulent encore pendant les vacances. 

    Les dernières pollutions estivales n’ont même pas été remarquées par les riverains, ni par les pêcheurs : les regards se détournent rapidement des rivières lorsqu’elles n’ont plus d’intérêt pour les uns et les autres.

    Au printemps dernier, je suis allé quelques jours à Saint-Ursanne pour pêcher le Doubs. Je n’y ai rencontré aucun pêcheur, mais de nombreux randonneurs. Bâtons de marche, plats végétariens, pas de rosé sur la table. Bref, de super écolos. Depuis le pont historique de la ville, ils s’émerveillaient de voir à nouveau le Doubs remplis de poissons, car c'est vrai, il y en avait beaucoup. Mais il s’agissait de chevesnes, de jolis poissons indigènes qui résistent comme peu d’autres à la pollution et aux températures élevées. Les mythiques truites zébrées, et les ombres communs, majoritaires il y a moins de deux décennies sur ce secteur, ont déjà été oubliés. Les causes qui mènent à leur disparition aussi, malheureusement. 

    Hé bien non ! Il faut résister à l’oubli. Face à la monotonie, à la pauvreté en espèces et en usages qu’il provoque, tournons la tête du bon côté ! Retournons sur les rives, et, pourquoi pas, jardinons nos cours d’eau. Les gens, paraît-il, s’intéressent à leur terre lorsqu’ils plantent des espèces qui leur plaisent, alors pourquoi ne pas tenter le coup sur nos cours d’eau urbanisés ? Acclimatons des espèces que les gens aiment pêcher, ou même manger. Remettons les pieds dans l’eau, et énervons-nous d’une juste colère lorsque des poissons meurent après une pollution, ou lorsqu’ils se rassemblent dans les dernières flaques parce que la confiscation de nos eaux de source est toujours tolérée !

    Un jardin, c‘est toujours mieux que l’oubli.

     

    Christophe Ebener

  • La réforme de l’imposition des entreprises est-elle une chance pour la nature et les rivières genevoises ?

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    Les 400 et quelques millions qui manqueront à l’Etat, si son taux d’imposition de 13.79% passe la rampe, seront compensés par la croissance économique et les nombreux postes de travail que cette dernière ne manquera pas de créer.

    Comme aucun parti représenté au Conseil d’Etat ne conteste cette idée, ni même l’ordre de grandeur du taux proposé, tout le monde est donc d’accord sur le principe que si on baisse la charge fiscale des entreprises tout en maintenant les prestations, il va forcément falloir amener du monde pour payer la différence.

    C’est vrai qu’il en manque, du monde, à Genève.

    C’était quoi la question, déjà ?

     

    Christophe Ebener

  • Même la pluie numérique disparaît !

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    Les modèles de prévision du temps découpent l’atmosphère en cubes, à l’intérieur desquels il faut connaître avec précision les variables physiques initiales (pression, température, humidité, …), pour qu’ensuite les calculateurs puissent, via les équations de la thermodynamique, prévoir comment évolueront ces variables au cours du temps. Les modèles mathématiques utilisés dépendent fortement des conditions initiales, et de faibles variations sur ces dernières ont souvent de grandes conséquences sur les résultats finaux.

    En faisant tourner plusieurs fois les modèles de prévision avec des conditions initiales subtilement différentes, on obtient une série de scénarios qui permet de tester la robustesse des prévisions, et de parler en termes probabilistes.

    La carte ci-dessus montre la prévision d’ensemble du modèle américain GFS, dont on trouve les données gratuitement sur le web. Sur le bas du graphique sont données les prévisions de précipitation pour la région genevoise. Chaque courbe colorée correspond à un scénario issu de conditions initiales légèrement différentes de celles de son voisin. En rouge, la moyenne des scénarios. En noir, le scénario déterministe, c’est à dire celui dont les conditions initiales sont au plus proche de la réalité. En bleu, un run de contrôle, à la résolution spatiale plus faible.

    On voit que pour les 7 prochains jours, il n’y a aucune chance d’avoir de la pluie. Pire, celui qui parie sur la persistance de la sécheresse d’ici la fin du mois est parfaitement rationnel…

    En regardant l'ensemble des scénarios, on se rend compte que les signaux de précipitations, même à long terme, sont faibles parce que l'’incertitude des prévision, en particulier les températures, est liée à la position exacte des advections anticycloniques, mais pas à leur persistance historique  au dessus de nos têtes! Pour l'illustrer, voici le scénario déterministe du modèle européen ECMWF. 

     

    Je crois que pour le moment, il vaut mieux laisser tourner les modèles numériques dans leur coin sans les consulter, c’est trop déprimant.

    Christophe Ebener

     

     

  • Cours d’eau genevois : pas de bavure SVP !

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    Les petits cours d’eau genevois, en particulier ceux qui voient leur eau confisquée par les communes françaises, sont en étiage extrême. La Drize, l’Aire ou la Laire, ne sont plus que des filets d’eau, dans lesquels s’écoulent moins de 20 litres par seconde! Dans ces conditions, la température de l’eau est également très élevée, et le taux d’oxygène dissout à son minimum, plaçant de nombreux organismes aquatiques à la limite de la survie.

    A l’image de ce qui s’est produit dernièrement dans la Biorde, le moindre déversement d’eau de nettoyage ou de rinçage dans les grilles d’égout se traduit immanquablement par la destruction immédiate de toute la faune qui a résisté jusque là.

    L’occasion de rappeler, à nouveau, que les bouches d’évacuation des eaux pluviales, nos fameuses grilles d’égout, s’écoulent pour la plupart directement dans nos cours d’eau, et que chaque année, elles sont à l’origine de pollutions sévères.

    Jusqu’à aujourd’hui, il semble qu’aucun incident majeur ne soit à déplorer dans le canton. Poursuivons donc la vigilance en ces moments critiques !

    Le temps, l’espoir est permis semble-t-il, qu’une véritable politique transfrontalière de l’eau se mette en place, après dix longues années d’immobilisme politique, pour qu’enfin l’eau qui manque si cruellement à nos rivières leur soit rendue !

     

    Christophe Ebener

     

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    Débits journaliers enregistrés le lundi 28.08.2018 exprimés en pourcentage du débit caractéristique d’étiage Q347. Le débit d’étiage Q347 représente le débit atteint ou dépassé en moyenne 347 jours par an, ce qui signifie que l'on se situe en moyenne 18 jours par an au-dessous. A noter toutefois que ce débit d’étiage représente une norme ambiguë et questionnable, puisqu’il ne fait que suivre l’abaissement problématique des débits moyen au cours du temps…

     

  • Faut-il assainir ou enterrer l'Aire ?

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     Dans un rapport qu’il vient de publier, le service de l’écologie de l’eau (SECOE) du canton de Genève présente, de manière exhaustive et détaillée, une étude de la qualité de l’Aire, cours d’eau renaturé à coup de dizaines de millions, dont les rives ont été spécialement aménagées pour attirer les promeneurs et la biodiversité locale.

    Et bien, le moins qu’on puisse dire, c’est que, les uns comme les autres, ils ont du mérite de fréquenter ce cours d’eau! A ce niveau là, c’est presque de l’inconscience !

    Car, dans tous les domaines, les indicateurs sont au rouge !

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    Du roundup, il y en a partout, à haute dose. Des phosphates, des nitrates, à des concentrations qu’on ne voit plus ailleurs depuis une décennie. Des métaux lourds, cuivre et zinc, en veux-tu en voilà. Et puis, des résidus médicamenteux, des anticorrosifs, et des bactéries fécales, autant que vous voulez, témoins que là haut, une partie des égouts se déverse directement dans la rivière !

    Avec des conditions environnementales aussi désastreuses, la vie aquatique est décimée. Ne subsistent plus que les poissons, insectes ou algues les plus résistants, ou ceux, les plus chanceux, qui peuvent mettre leur métabolisme au ralenti en été, période durant laquelle la qualité de l’eau est la plus mauvaise.

    Avant que le dernier tronçon de ce cours d'eau ne soit remis à ciel ouvert, en pleine ville, dans le cadre du projet Praille-Acacias-Vernets, il serait peut-être temps de rendre l’Aire compatible avec les exigences de nous autres, humains.

    Car des moyens d’agir, il y en a ! On sait depuis des années que le réseau des eaux usées de Saint Julien est poreux, et se déverse dans la rivière. Pourquoi n’a-t-on pas traversé la frontière, pour mettre ce thème en haut de la pile des dossiers urgents ?

    Et que dire des pollutions d’origine agricole ? Il faut refuser de s’y habituer ! Les progrès réalisés dans le canton montrent d’ailleurs que des mesures efficaces peuvent être mises en œuvre.

    Le problème, c’est que tout le monde, du Conseil d’Etat à la Commission de l’environnement et de l’agriculture du Grand Conseil, a autre chose à faire.

    Les mêmes élus produisant les mêmes effets, il n’y a aucune raison que la situation s’améliore à l’avenir.

    Alors, l’Aire, on la raie de la carte, ou on bouge enfin ?

     

    Christophe Ebener

  • Enfin une ville qui applique le programme des Verts !

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    Ce matin, il y avait, à Genève, plus de piétons que de voitures. Des gens amusés sur les trottoirs. Moins de bruit que d’habitude. Une ambiance feutrée, carrément paisible.

    A croire que, à peine déposée, l’initiative des Verts pour une ville moins bruyante et moins polluée est déjà appliquée.

    Génial, non ?

     

    Christophe Ebener

  • Les valaisans aiment leur Rhône ! Et vous?

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    Sans aide à la réalisation de l’Office fédéral de la culture, c’est le genre de film qui n’aurait jamais dû voir le jour.

    Il parle du Rhône, de ceux qui l’aiment ou le craignent. On y voit certains espérer le retour des truites, tandis que d’autres, se souvenant de ce qu’est un fleuve sauvage, redoutent de le voir ronger à nouveau leurs terres. Avec respect et sans jugement de valeurs, la réalisatrice Mélanie Pitteloud les a tous écoutés, en un récit passionnant qui donne envie d’aller au bord de l’eau.

    Grâce à la RTS, à Cinéforom, au canton du Valais et à ses multiples communes, fondations et associations, « Dans le lit du Rhône » a finalement pu être réalisé. En quelques semaines, il a fait, dans son canton d’origine, puis en Romandie, des milliers d’entrées.

    Ce mercredi 28 février, à 20h45, le film sera projeté dans la grande salle du cinéma Bio, à Carouge. Une occasion unique de montrer notre attachement à ce cours d’eau, et d’en parler ensuite avec quelques uns, dont le soussigné, qui aiment s’exprimer en son nom.

    Le bon moment, aussi, pour signer la pétition que la Fédération Genevoise des Sociétés de Pêche s’apprête à lancer pour sauver ce fleuve.

     

    Christophe Ebener