06/09/2017

Le Rhône et ses baigneurs valent bien quelques millions !

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Depuis des années, chaque été amène son lot de tragiques décès sur les rives du Rhône. A croire que les baigneurs sont ici plus en danger qu’ailleurs. C’est en tout cas ce que confirme le Conseiller d’Etat Luc Barthassat , en charge du département de l'environnement, des transports et de l'agriculture : « l'ouverture des vannes (du barrage du Seujet) entraîne un changement de température de l'eau très rapide. Peut-être faudrait-il installer des panneaux pour indiquer quand les vannes sont ouvertes ?».

Si l’on ajoute que l’ouverture des vannes fait varier le débit du Rhône du simple au quintuple, et qu’elles s’ouvrent et se referment en fonction du prix du courant électrique, c’est à dire de manière imprévisible, et surtout pas à heure fixe , on est obligé de conclure que les baigneurs genevois ne pourront pas s’adapter à ce fichu barrage.

C’est donc à ce barrage de s’adapter à eux.

Car ces multiples variations de débit n’obéissent à aucune contrainte légale, mais résultent d’un simple calcul économique : il s’agit d’ouvrir les vannes et de produire un maximum de courant électrique lorsque son prix est élevé, et de retenir l’eau en amont lorsque le prix est bas. Comme le prix du courant électrique varie au cours de la journée, les vannes s’ouvrent et se referment au gré de ces fluctuations.

Un Rhône sans éclusée est donc aujourd’hui parfaitement envisageable.

La sécurité de la baignade s’en trouvera grandement renforcée. On pourra enfin aménager certaines sections du fleuve en faveur des citadins qui cherchent à fuir la fournaise de nos canicules,  action légitime et indispensable si il en est. D’ambitieux projets de renaturation, aujourd’hui impossibles à concevoir,  pourront être réalisés. Et pour la faune aquatique, un tel Rhône, c’est le graal !

Il est donc temps de se demander sérieusement si les quelques millions ainsi gagnés par la production électrique de pointe en valent réellement la peine.

Je dis que non. La nature et les genevois auraient tout à gagner d’un Rhône sans éclusée, alors allons-y !

 

Christophe Ebener

05/10/2016

Sécheresses à répétition : en finir avec les atermoiements

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Mon grand père n’aura peut-être vu que quelques fois dans sa vie le triste spectacle d’une pêche électrique de sauvetage, durant laquelle des techniciens cherchent à récupérer un maximum de poissons avant qu’ils ne meurent dans des cours d’eau asséchés.

Pour ma génération par contre, un tel événement est devenu habituel : quasiment une année sur deux, l’administration, la commission de la pêche et les associations de pêcheurs organisent de tels sauvetages (les derniers en date ayant lieu ces jours sur la Drize et l'Aire...), et débattent de la pertinence d’interdire ou non l’accès aux rives de nos cours d’eau tellement les débits sont faibles.

J’avais appelé, dans un précédent billet, l’administration à négocier urgemment l’arrêt des pompages et des captages des eaux de source en France voisine, afin de rendre à nos cours d’eau les 30% de débit supplémentaire qui leur manque si cruellement durant les périodes prolongées sans pluie.

La survie de nos poissons sauvages dépend cependant aussi, à Genève même, de notre capacité à leur offrir un libre accès à l’Arve et au Rhône, seules zones où l’on trouve de l’eau fraiche en quantité.

Si l’on espère donc voir autre chose que des poissons rouge ou des poissons chat dans des cours d’eau surchauffés, l’Arve et le Rhône doivent redevenir ce qu’ils étaient autrefois : un refuge pour la faune aquatique.

La mauvaise qualité des eaux de l’Arve, les brutales variations de débit du Rhône et les obstacles à la libre circulation des poissons entre l’Arve, le Rhône et les petits cours d’eau posaient déjà des problèmes importants par le passé. Aujourd’hui, leur résolution est plus urgente que jamais.

 

Christophe Ebener

20:50 Publié dans Genève, Pêche | Lien permanent | Commentaires (0)

29/08/2016

Qui peut bien vouloir la peau de l’Allondon ?

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Le 18 mai 2015, on s’inquiétait ici du captage des eaux de source des petits cours d’eau genevois, qui mettent directement en jeu leur existence.

 Cette année, la sécheresse estivale permet de mettre en évidence un phénomène qui passe la plupart du temps inaperçu sur l’Allondon, cours d’eau emblématique de la pêche genevoise. En période de très basses eaux, comme c’est le cas actuellement, on note en effet des variations quotidiennes du débit de la rivière, dont personne ne s’est pour l’heure préoccupé. Pourtant, on voit clairement sur les sites officiels que la rivière perd la nuit entre 50 et 100 litre par seconde, ce qui représente quasiment le quart de son débit d’étiage ! Or le débit de l’Allondon n’est pas régulé par un barrage. Il y a donc fort à parier que l’eau qui manque soit utilisée en cette période de l’année pour des arrosages. Des arrosages conséquents puisque 250 000 litres d’eau sont prélevés chaque heure dans la rivière.

 L’hypothèse la plus crédible à l’heure actuelle est que cette eau serve à l’arrosage des pelouses de l'un des golfs du pays de Gex, dont les pratiques sont dénoncées depuis des années par les associations de pêcheurs des deux côtés de la frontière.

 Rappelons ici que l’Etat de Genève et les collectivités publiques françaises ont investi il y a une dizaine d’année des dizaines de millions pour améliorer la qualité de l’eau de cette rivière.

On espère donc que les golfeurs genevois qui pratiquent les green du pays de Gex apprécient ce gazon maintenu tendre et vert grâce à une eau first class.

Le contribuable genevois, lui, se demande pourquoi avoir investi autant d’argent pour quelques galets asséchés en plus.

 

Christophe Ebener

11/05/2016

Tout savoir sur la prochaine vidange du Rhône!

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Du 20 au 31 mai aura lieu la vidange des retenues des barrages de Verbois et Chancy-Pougny.

Cette année, les SIG ont établi un nouveau protocole d'abaissement qui devrait, selon eux, largement diminuer l’impact environnemental des vidanges.

Et à en croire les communiqués de l’Etat de Genève, tenant pour l’occasion de la méthode Coué, on semble effectivement se diriger vers un épisode quasiment sans impact sur la faune riveraine et aquatique du Rhône.

Nulle mention, cependant, que la date retenue (fin du printemps), soit l’une des pires possibles : les oiseaux sont en période de nidification, et l’abaissement brutal des lignes d’eau aura un effet significatif sur les femelles qui couvent ou les jeunes fraichement éclos. Il en sera de même pour les castors, dont les adultes en perdition ne pourront certainement pas assurer la survie de leurs jeunes. L’augmentation des vitesses d’écoulement et de la concentration des particules en suspension dans l’eau se traduira une nouvelle fois par la dévalaison ou la mortalité des jeunes poissons, qui auraient pourtant eu plus de chance de survivre si on leur avait laissé quelques mois de croissance supplémentaire.

Contrairement à l’Etat de Genève et aux SIG, la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises s'attend donc à ce que cette vidange ait un impact majeur sur la faune piscicole du Rhône, et s'apprête donc à lancer une opération de surveillance et de communication importante.

Elle invite les pêcheurs et tous les défenseurs du Rhône à communiquer l'ensemble de leurs observations (photos, textes, vidéos) en utilisant le hashtag #vidange2016 sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter, de manière à organiser et rendre visible leurs témoignages aux médias et à toutes les personnes intéressées.

Elle offrira café et croissants à tous ceux qui accepteront d’être les sentinelles du Rhône le samedi 21 mai dès 8h à l’étang des Touvières. Dès 10h, elle organisera une conférence de presse pour faire le point de la situation.

La surveillance de cette vidange est particulièrement importante cette année car en cas d'échec des SIG et de l’Etat de Genève à préserver les richesses naturelles du Rhône, il ne restera pas d'autre solution à la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoise que de s'opposer systématiquement aux prochaines vidanges.

Christophe Ebener

 

13/04/2016

2016 année du Rhône!

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C’était lors du week end de Pâques. Durant ces trois jours fériés, le Rhône, avec un débit sous les 100 mètres cubes par seconde, s’écoulait paresseusement dans la campagne genevoise. Le mardi matin en revanche, le barrage du Seujet ouvrait ses vannes pour permettre aux turbines du barrage de Verbois de produire de l’électricité, la demande étant en augmentation avec la reprise du travail. Résultat : en quelques heures, le débit a plus que quadruplé !

Les zones qui étaient favorables au frai des poissons lundi soir ne le sont plus mardi matin. Là où des zones calmes rassemblaient les alevins de l’année, on trouve maintenant un courant d’eau rectiligne et puissant.

 Comment, dans ces conditions, s’étonner que les espèces les plus sensibles aient quasiment disparu du Rhône ?

Heureusement, issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche, la nouvelle loi sur la Protection des Eaux (LEAux) offre aux exploitants des barrages hydroélectriques la possibilité de réduire fortement l’effet négatif des éclusées, en finançant le manque à gagner que la limitation de ces éclusées induirait pour eux !

A n’en pas douter, la Confédération verrait d’un bon œil l’état biologique de l’un des plus grands fleuves européens s’améliorer, et entrerait en matière pour un tel financement. Mais le montant à disposition n’étant pas infini, il serait plus que dommage que les Services Industriels Genevois ratent cette occasion unique, et que d’autres cantons ne raflent la mise pour des projets de moindre importante écologique ! A l’heure actuelle, et vu l’absence de communication officielle sur le sujet, on peut se demander si les SIG ont développés des propositions concrètes pour faire appel au fond de la Confédération (Swissgrid) afin limiter les éclusées sur le Rhône…

Cette loi impose également, mais aux cantons cette fois, d’assurer la libre circulation des poissons, toutes espèces confondues, et quel que soit leur stade de développement. Là encore, laissera-t-on les autres cantons puiser dans le fond de la Confédération, alors que celle-ci n’attend que des proposition concrètes pour libérer enfin le Rhône de ses obstacles en finançant la construction d’échelles à poissons dignes des standards actuels, ou des rivières de contournement de barrages, comme le cas est évoqué à Verbois ?

 Le manque de communication sur ces thèmes fait actuellement craindre le pire. Genève a financé entièrement ses projets de renaturation, dont la qualité est reconnue à l’échelle nationale. Il serait dommage que le canton et SIG ne profitent pas de la LEAux et de ses financements pour faire avancer la cause du Rhône.

2016 sera l’année du Rhône, ou ne sera pas !!!

 

Christophe Ebener

04/09/2015

Pêche genevoise : les actions à mener

 

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A l’heure où les cours d’eau du canton se retrouvent quasiment à sec, il est plus que temps d'agir pour développer la pêche genevoise.

Mais avant toute chose, force est d'admettre que des actions fortes en faveur des cours d’eau et des poissons, en particulier les salmonidés, seront déjà nécessaires pour maintenir la situation actuelle. Le statut quo ne ferait en effet qu’accompagner la baisse régulière des captures et de la fréquentation des cours d’eau, dont la productivité naturelle semble, à de rares exceptions près, baisser.

La situation est néanmoins plus favorable à l’action que jamais. D’une part, la nouvelle loi sur la protection des eaux (LEAux), issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche,  impose aux cantons d’assainir leurs cours d’eau, et fournit une partie des fonds nécessaires. D’autre part, et c’est une excellente nouvelle, les associations faitières de la pêche genevoise prévoient  de se réunir en une seule entité, ce qui augmentera leur visibilité, et renforcera à coup sûr leurs revendications.  

Des actions, justement, il est déjà possible d'en planifier à court terme. Ainsi la pêche de loisir sera maintenue sur les cours d'eau dégradés, comme c'est la cas actuellement, grâce a des repeuplements réguliers en poissons surdensitaires. Cependant, le projet du Geneva Street Fishing, qui ambitionne de poser des cages de grossissements sous le bâtiment des forces motrices, devrait en améliorer grandement le bilan écologique : plutôt que d’être nourris avec des farines de poissons, qui participent à la surexploitation des océans, ces poissons seraient grossis dans des cages alimentées avec l’eau du  Rhône, qu’on espère suffisamment riche en aliments pour leur permettre d’atteindre une taille raisonnable. Parallèlement  un soutient important à la reproduction naturelle sur l’Allondon et la Versoix devrait pouvoir être mis sur pied prochainement, à partir des géniteurs de ces deux cours d’eau. Des projets en ce sens sont en cours et les acteurs de ces projets transfrontaliers se sont déjà réunis à plusieurs reprises pour faire avancer ce dossier. En ce qui concerne les ombres, les géniteurs de la Versoix continueront à produire des jeunes dans la pisciculture de Thonon, mais la Commission de la Pêche pousse la DGNP à envisager un programme important de production d’ombrets pour l’Arve, dont la pêche automnale pourrait ainsi être grandement valorisée. A condition toutefois que la nouvelle STEP de Villette puisse rapidement entrer en service, et épurer enfin correctement les eaux usées de la rive gauche.

A court terme également, la connexion entre le Rhône et le Léman devrait pouvoir s’améliorer. Le cycle d’ouverture et de fermeture des écluses du barrage du Seujet devrait en effet être optimisé afin de libérer au maximum le passage des poissons, le temps qu’une échelle à poissons fonctionnelle puisse être réalisée sur ce barrage. Comme ce dernier point est une priorité aussi bien pour l’Etat que pour les SIG, il est permis d’espérer.

Par ailleurs, la renaturation de l ’Allondon, dont les sous berges sont la plupart du temps en dehors de l'eau en raison de l’enfoncement du lit de la rivière, devient prioritaire. Les suivis piscicoles ont en effet confirmé que là ou il y a de l’habitat, on trouve des densités de poissons largement supérieures à celle des autres tronçons.

Le moyen terme est quant à lui l’intervalle de temps durant lequel des projets cruciaux pour l’avenir de la pêche genevoise se feront, ou ne se feront pas !

Premièrement,  SIG, canton et Confédération devront décider si oui ou non ils souhaitent se donner les moyens d’assainir le Rhône, tant au niveau des éclusées que de la libre circulation des poissons. Des données fiables, issues du projet interreg, montreront prochainement à quel point une passe à poissons fonctionnelle sur le Seujet et une rivière de contournement du barrage de Verbois sont nécessaires. Un abandon de la production du courant de pointe, qui se traduirait par une diminution spectaculaire des variations journalières du débit du Rhône, est une mesure importante que la confédération pourrait, d’après nos informations, soutenir financièrement. Cette mesure, fondamentale si l’on souhaite se rapprocher d’un fonctionnement naturel du Rhône dépend des SIG, qui ont seuls la compétence de demander son financement auprès de la Confédération.

Deuxièmement, si l’on veut maintenir la pêche à Genève, encore faut-il qu’il y ait de l’eau dans nos rivières ! A l ‘évidence, les données publiées récemment par la Communauté de Communes du Genevois n’ont pas eu sur les autorités politiques la portée qu’on était en droit d’espérer . Car le manque d’eau chronique dans nos petits cours d’eau n’est pas une fatalité : il est dû aux captages des eaux de source et des pompages en France voisine ! Un tiers des débits, et parfois largement plus, est capté directement à la source des petites rivières genevoises. Il est donc parfaitement possible d’envisager des progrès majeurs dans ce domaine, en invitant les communes concernées à alimenter leur réseau d’eau potable avec l’eau de la nappe phréatique. La détermination des pêcheurs et de la Commission de la Pêche sera donc cruciale pour faire avancer ce sujet devant les autorités politiques.

Enfin, le contrat de rivière de la communauté de commune du Pays de Gex, qui comprend les bassins versants de la Versoix et de l’Allondon, intègre des mesures positives pour la qualité et la quantité d’eau de ces deux rivières emblématiques de la nature genevoise. Les pêcheurs ne peuvent que s’en réjouir, mais comme le financement de ces mesures n’est pour l’instant pas garanti, la vigilance reste de mise.

On constate donc qu’il reste du pain sur la planche, d’autant plus que le libre accès aux rives des cours d’eau et la gestion des oiseaux piscivores sont des problèmes qui devront encore être résolus. Il n’en demeure pas moins que l’assainissement du Rhône, les repeuplements et la lutte contre les pompages et le captage des eaux de source sont des priorités qui méritent un investissement total des pêcheurs, des SIG et des autorités. Si ces chantiers sont abordés avec une volonté conjointe de réussir, alors nul doute que la pêche genevoise pourra se développer à l’avenir.

 

Christophe Ebener