12/10/2018

Face au réchauffement, la biologie n’a-t-elle rien d’autre à montrer que sa vision la plus conservatrice ?

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L’histoire du monde vivant est imprévisible, parsemée d’extinctions, d’apparitions de nouvelles espèces, de pertes de territoires et de reconquêtes. Les espèces les plus fécondes sont favorisées tant que le milieu naturel leur permet de croître. Lorsque le milieu change, pour une raison ou pour une autre, certaines espèces disparaissent et sont remplacées par d’autres. Contrairement à une idée reçue, la nature ne s’arrête donc jamais, ni ne disparaît. Elle continue dans tous les cas !

Aujourd’hui, malheureusement, plus personne ne se souvient que le changement est la norme dans la nature. Des rivières sans truite fario ou des montagnes sans épicéas paraissent impensables, tant elles définissent depuis des générations nos paysages et notre conception de la nature.

Cette vision idéaliste et naïve va pourtant disparaître prochainement.

En raison du réchauffement rapide du climat, le monde vivant s’apprête en effet à dévoiler, sous nos yeux, sa véritable nature.

Cette fois, ce ne sont plus les espèces liées aux milieux humides, aux forêts primaires de plaine ou aux rivières libres qui seront concernées (elles ont déjà disparu ou régressé depuis longtemps en raison des activités humaines), mais celles, bien plus nombreuses et proches de nous, qui sont intolérantes à la sécheresse et aux températures élevées.

Même si la Suisse n’émettait plus un seul gramme de gaz carbonique demain matin, ces espèces continueront à se retirer peu à peu des régions qu’elles avaient colonisées il y a quelques milliers d’années, pour laisser la place à celles de méditerranée, ou à d’autres, allez savoir, aux origines bien plus lointaines.

Face à cette réalité, qui transforme en profondeur nos milieux de vie et les espèces qui les peuplent, le discours dominant n’a pourtant pas changé d’un iota, et on continue à lire partout que la conservation de la nature existante est la seule option possible…

Il faudra pourtant bien, un jour, questionner l’intérêt de vouloir à tout prix conserver des espèces dont la tolérance au réchauffement climatique, ou aux milieux transformés par les humains, est faible. Et énoncer, pour une fois, des objectifs de conservation réalisables. La moindre des choses, vu le nombre d’espèces qu’on ajoute chaque année à nos listes rouges, serait de reconnaître qu’on ne sauvera qu’une partie de ce que l’on connaît. Et dans la foulée, annoncer ce qui devra être abandonné…

Dès lors, là où conserver les espèces sur le déclin n’apparaît plus possible, pas souhaitable, ou carrément trop cher, on aimerait entendre les biologistes raconter une autre histoire que celle qui promet l’enfer et la désolation à ceux, dont je fais partie, qui ont décidé de survivre à la sixième extinction de masse!

Nous avons urgemment besoin d’une écologie qui rompe avec les préceptes lugubres de ceux qui annoncent la fin de la nature, et qui réponde enfin aux nombreuses attentes légitimes des collectivités publiques. Ces dernières, quoi qu’il arrive sur le plan international, devront en effet faire face au réchauffement du climat, et gérer au mieux leurs écosystèmes anthropisés pour offrir des espaces fonctionnels aux humains et aux nombreuses espèces animales et végétales, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, domestiquées ou sauvages, qui les habiteront dans le futur.

Le discours dominant de l’écologie, arcbouté sur l’idée fixe que la seule nature qui fonctionne est celle d’il y a 200 ans, ferait bien mieux de nous aider à concevoir, dans un futur incertain qui ne dépend pas entièrement de nous, un environnement dans lequel diversité biologique et culture humaine ne se regardent pas en chien de faïence, mais coopèrent, dans le but de guider nos nouveaux écosystèmes dans une direction où le monde vivant, nous compris, se sentira bien.

Aujourd’hui, cette biologie progressiste et utile, libérée du mythe d’Adam et Eve et de sa nature parfaite créée par dieu, existe, mais est inaudible.

C’est bien dommage, car elle nous est indispensable.

 

Christophe Ebener

17/09/2018

Va-t-on finir par regretter les rivières polluées d’antan ?

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Bientôt dix ans que la station d’épuration genevoise de Bois-de-Bay traite les eaux usées du Pays de Gex et les envoie ensuite dans le Rhône. Auparavant, elles étaient épurées en France, puis déversées dans l’Allondon. A la moindre défaillance technique, des eaux non traitées finissaient donc directement dans la rivière. La plus sévère d’entre elles détruisit, en 2001, la quasi totalité de la faune aquatique du cours d'eau.

A l’époque, la perte de ces eaux usées avait suscité de nombreux débats chez les pêcheurs. Certains étaient inquiets de voir disparaître cette eau du jour au lendemain, car elle représentait le tiers du débit d’étiage de la rivière ! Ils estimaient qu’il était plus sage d’améliorer le processus d’épuration, et de remédier à d’éventuelles pollutions, plutôt que de créer une rivière en manque d’eau chronique.

J’étais opposé à ce point de vue, parce que je pensais qu’une eau propre allait largement compenser des débits estivaux plus faibles.

Les pêcheurs, dans leur écrasante majorité, avaient fini par se rallier à cette position, convaincus par ailleurs, sur la base d’informations fournies par l’administration genevoise, qu’il était possible de remédier à cette perte nette en récupérant l’eau des fontaines et en renonçant à certains captages d’eau de source côté français.

Dix ans plus tard, l’Allondon a quasiment disparu de son parcours amont.

Ce choix ambitieux s’est donc avéré être le mauvais…

De l’autre côté de la frontière, les besoins en eau ont en effet explosé, et chacun se sert là où elle est facile à prélever, ou bon marché, sans en laisser suffisamment pour la rivière.

Aujourd‘hui, il faut le clamer haut et fort, l’Allondon n’est plus la rivière principale du vallon qui porte son nom ! Sur son tronçon frontalier, elle n’est plus qu’un filet d’eau qui délivre à peine quelques dizaines de litre par seconde. C’est maintenant son affluent principal, l’Allemogne, qui apporte l’eau nécessaire à la survie de l’écosystème.

Il faudra donc prochainement changer le nom du célèbre cours d’eau sur les cartes de géographie, et effacer ses premiers kilomètres.

L’autre option serait de voir, après deux législatures d’échec, un conseiller d’Etat traverser la frontière, et renouer le dialogue avec les élus dont dépend l’avenir des cours d’eau genevois.

Sinon, je rejoindrai les rangs de ceux qui regrettent les effluents puants et mousseux des stations d’épuration.

Qui l'eût cru?

 

Christophe Ebener

 

29/08/2018

Cours d’eau genevois : pas de bavure SVP !

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Les petits cours d’eau genevois, en particulier ceux qui voient leur eau confisquée par les communes françaises, sont en étiage extrême. La Drize, l’Aire ou la Laire, ne sont plus que des filets d’eau, dans lesquels s’écoulent moins de 20 litres par seconde! Dans ces conditions, la température de l’eau est également très élevée, et le taux d’oxygène dissout à son minimum, plaçant de nombreux organismes aquatiques à la limite de la survie.

A l’image de ce qui s’est produit dernièrement dans la Biorde, le moindre déversement d’eau de nettoyage ou de rinçage dans les grilles d’égout se traduit immanquablement par la destruction immédiate de toute la faune qui a résisté jusque là.

L’occasion de rappeler, à nouveau, que les bouches d’évacuation des eaux pluviales, nos fameuses grilles d’égout, s’écoulent pour la plupart directement dans nos cours d’eau, et que chaque année, elles sont à l’origine de pollutions sévères.

Jusqu’à aujourd’hui, il semble qu’aucun incident majeur ne soit à déplorer dans le canton. Poursuivons donc la vigilance en ces moments critiques !

Le temps, l’espoir est permis semble-t-il, qu’une véritable politique transfrontalière de l’eau se mette en place, après dix longues années d’immobilisme politique, pour qu’enfin l’eau qui manque si cruellement à nos rivières leur soit rendue !

 

Christophe Ebener

 

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Débits journaliers enregistrés le lundi 28.08.2018 exprimés en pourcentage du débit caractéristique d’étiage Q347. Le débit d’étiage Q347 représente le débit atteint ou dépassé en moyenne 347 jours par an, ce qui signifie que l'on se situe en moyenne 18 jours par an au-dessous. A noter toutefois que ce débit d’étiage représente une norme ambiguë et questionnable, puisqu’il ne fait que suivre l’abaissement problématique des débits moyen au cours du temps…

 

16/04/2018

De braves bêtes, ces gros silures !

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Il faut aimer les gros silures. C’est en tout cas ce que suggère une étude récente de la Fédération du Rhône et de la Métropole de Lyon pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique.

D’une part, parce que leur histoire, riche en rebondissements, interroge la pertinence de séparer les espèces qui peuplent notre environnement en indigènes ou exotiques. Les ancêtres de ces poissons étaient en effet déjà présents dans le bassin du Rhône il y a 8 millions d’années, mais ils ont disparu quelques millions d’années plus tard, en raison des grandes glaciations. Depuis les zones de replis autour des mers Noire et Caspienne, ils recolonisent ensuite les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat, et plusieurs fleuves européens, dont le Rhin, mais pas le Rhône. Des périodes plus froides auraient à nouveau fait disparaître le silure du Rhin, il y a quelques centaines d’années. En 1968, l’introduction, par les humains cette fois, de silures issus du Danube devient le point de départ de la recolonisation de l’ensemble du bassin hydrographique du Rhône français par cette espèce.

On le voit, les humains n’ont pas vraiment fait pire, ni même mieux, que les multiples variations du climat et les accidents géologiques. Quant à savoir si le silure et les autres espèces qui peuplent nos eaux sont indigènes ou pas, il vaudrait peut-être mieux ne pas se poser la question !

Et puis, contrairement à une idée reçue, les silures ne semblent pas constituer une menace pour la biodiversité locale. Les jeunes silures, proches du mètre, seraient même particulièrement friands d’espèces invasives telles que écrevisses américaines, poissons-chats et autres mollusques (corbicules) ! Aucun impact sur les brochets et les perches du Rhône n’a par ailleurs été constaté.

Mieux encore, les silures de grande taille ont une très forte inclination pour le cannibalisme. Un spécimen de 2 mètre de long et de 50kg ingèrerait en effet chaque année l’équivalent de 7 à 12 silures de 80cm. Les gros silures réguleraient donc la taille des populations de leur propre espèce!

Le prélèvement par la pêche de ces grands spécimens pourrait donc s’avérer très préjudiciable pour les autres poissons du Rhône, étant donné leur fonction régulatrice et le temps de latence nécessaire à la constitution de ces squales cannibales (15 années).

Enfin, cerise sur le gâteau, certains gros silures de la Saône se sont spécialisés dans la consommation du Grand Cormoran !

Avec de telles qualités, c’est certain, les prochains gros silures retourneront à l’eau !

 

Christophe Ebener

Source: L’installation du silure dans le bassin du Rhône : bilan de trois décennies de suivi de l’espèce-2016

 

01/04/2018

Régulation des oiseaux piscivores : les silures géants de la Saône bientôt dans le Rhône genevois !

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18 mois. C'est le temps qu’il a fallu au Service de la Biodiversité de l’Etat de Genève pour mettre sur pied une nouvelle stratégie de lutte contre les oiseaux piscivores.

Depuis juin 2016, on sait en effet que certains silures géants de la Saône, dont la longueur dépasse largement 2 mètres, sont spécialisés dans la capture des grands cormorans (1).

Suggérée une première fois par la Commission de la Pêche l’automne dernier, l’idée de transférer ces immenses silures dans le Rhône genevois pour réguler sa population d’oiseaux piscivores a rapidement convaincue l’inspecteur de la faune, Gottlieb Dandliker, qui explique que « la prédation des silures sur les grands cormorans est particulièrement efficace en raison des remous provoqués par les oiseaux lorsqu’ils disparaissent sous les flots. Il apparaît, en effet, que leurs congénères, traumatisés par cette vision atroce, désertent rapidement les lieux. »

Le député et grand philosophe Jean Romain a ensuite été chargé de convaincre la sous-commission de la régulation de la faune que de se faire manger par un silure est nettement plus acceptable, moralement parlant,  que de se faire tirer par des gardes de l’environnement suréquipés et surentrainés.

Après de nombreux suivis télémétriques, qui ont permis d’identifier les silures spécialisés dans la prédation de ces oiseaux, les premiers spécimens ont été capturés en France, et sont actuellement en quarantaine. Une fois les certificats vétérinaires délivrés, ils passeront la frontière.

La remise à l’eau de ces poissons géants est prévue à la fin du mois d’avril. Elle aura lieu à l’aval du barrage du Seujet, car c’est là que la prédation des cormorans est jugée la plus importante sur les rarissimes truites du Rhône, qui se retrouvent bloquées dans leur migration à l’aval immédiat des turbines.

 

Christophe Ebener

(1) "L’installation du silure dans le bassin du Rhône : bilan de trois décennies de suivi de l’espèce" , page 37

14/03/2018

Quelle nature pour demain ?

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 « La biodiversité de notre pays est en danger, notamment en raison des changements climatiques, et elle a urgemment besoin d’être protégée ». Cet impératif, en grande partie propagé par l’office fédéral de l’environnement, a été largement repris dans tout le pays.

Pourtant, la biodiversité n’a pas peur du changement. Ainsi, il y a moins de 20 000 ans, le plateau suisse était recouvert par les glaces, et le niveau des océans était 120 mètres plus bas qu’aujourd’hui. Les espèces animales et végétales qui peuplent aujourd’hui notre région sont ainsi le reflet de multiples épisodes glaciaires qui, à chaque fois, ont éradiqué les espèces établies, offrant par contre à d’autres la possibilité de conquérir de nouveaux territoires durant les périodes plus chaudes, depuis la méditerranée et la région ponto-caspienne.

Et puis, n’oublions pas que cette biodiversité est, en Europe du moins, en grande partie le produit des activités humaines, et ce depuis des siècles, voir des millénaires ! Certains poissons que nous consommons aujourd’hui ont été introduits par le romains il y a 2000 ans, fleuves et rivières ont été transformé depuis le Moyen-Age, et les alpages que nous chérissons, les bocages du plateau suisse dans lesquelles nous aimons nous promener, ou nos paysages viticoles remarquables sont le reflet de nos pratiques agricoles et pastorales. Même les hauts lieux de la nature sauvage romande sont, pour la plupart, sévèrement entretenus pour être maintenu dans un état stationnaire !

La biodiversité est donc le produit du changement, de la contingence et des activités humaines. C’est d’ailleurs bien le seul point positif qu’on peut trouver au réchauffement climatique: il révèle la véritable nature du monde vivant. Si l’on a ainsi pu croire, au rythme de nos existences, que la nature était stable et prévisible, la rapidité avec laquelle le climat et les écosystèmes évoluent met tout le monde d’accord, et nous oblige à nous tourner vers l’avenir. La trajectoire que vont suivre nos écosystèmes face à cette nouvelle contrainte climatique est toutefois en partie inconnue. Ce qu’il y a de certain en revanche, c’est que la biodiversité continuera à exister. Elle sera certainement différente, mais elle sera là.

Or, bien qu’il soit compréhensible de vouloir revenir en arrière face aux incertitudes qui s’annoncent, ce réflexe n’en est pas moins profondément contre-productif. En effet, la nature est un produit de l’histoire, et elle ne passe jamais deux fois par le même chemin. Vouloir la recréer telle qu’elle était hier, ou même la conserver telle qu’elle est aujourd’hui, revient donc à subir le changement, sans même en explorer les opportunités !

Il est donc temps d’inverser notre regard. La priorité est donc moins de conserver la nature que d’offrir à notre environnement des conditions cadres qui permettront au monde vivant et aux humains qui l’habitent de continuer à cohabiter le mieux possible. Il faudra donc assurer, tâche immense, la qualité des sols et des eaux, mais également, et c’est tout aussi important, offrir une véritable souplesse législative aux cantons pour qu’ils puissent gérer leur nature en fonction des particularités et des demandes locales.

Choisir plutôt que subir, c’est aussi réformer, tout en les généralisant, y compris aux villes, les programmes (maladroitement) intitulé de « renaturation », de manière à ce qu’ils prennent aussi en compte les demandes des citoyens sur leur environnement, et pas seulement celles des biologistes les plus conservateurs, comme c’est encore trop souvent le cas aujourd’hui.

 Nature et culture ne sont donc pas deux entités qui s’excluent l’une et l’autre, mais au contraire deux facettes d’une réalité sur laquelle nous devons agir pour que la biodiversité de demain soit celle dans laquelle nous voulons vivre, et pas celle qui nous sera imposée par l’inaction et les changements climatiques!

Evidemment, il y aura des tâtonnements et des erreurs, mais pas plus qu’en s’arc-boutant sur le passé. Au moins, nous nous serons offert la possibilité d’influencer positivement les bouleversements qui s’annoncent, et une belle aventure collective.

Notre jardin d’Eden est derrière nous. Il est donc temps d’en construire un nouveau.

 

Christophe Ebener

13/03/2018

Faut-il assainir ou enterrer l'Aire ?

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 Dans un rapport qu’il vient de publier, le service de l’écologie de l’eau (SECOE) du canton de Genève présente, de manière exhaustive et détaillée, une étude de la qualité de l’Aire, cours d’eau renaturé à coup de dizaines de millions, dont les rives ont été spécialement aménagées pour attirer les promeneurs et la biodiversité locale.

Et bien, le moins qu’on puisse dire, c’est que, les uns comme les autres, ils ont du mérite de fréquenter ce cours d’eau! A ce niveau là, c’est presque de l’inconscience !

Car, dans tous les domaines, les indicateurs sont au rouge !

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Du roundup, il y en a partout, à haute dose. Des phosphates, des nitrates, à des concentrations qu’on ne voit plus ailleurs depuis une décennie. Des métaux lourds, cuivre et zinc, en veux-tu en voilà. Et puis, des résidus médicamenteux, des anticorrosifs, et des bactéries fécales, autant que vous voulez, témoins que là haut, une partie des égouts se déverse directement dans la rivière !

Avec des conditions environnementales aussi désastreuses, la vie aquatique est décimée. Ne subsistent plus que les poissons, insectes ou algues les plus résistants, ou ceux, les plus chanceux, qui peuvent mettre leur métabolisme au ralenti en été, période durant laquelle la qualité de l’eau est la plus mauvaise.

Avant que le dernier tronçon de ce cours d'eau ne soit remis à ciel ouvert, en pleine ville, dans le cadre du projet Praille-Acacias-Vernets, il serait peut-être temps de rendre l’Aire compatible avec les exigences de nous autres, humains.

Car des moyens d’agir, il y en a ! On sait depuis des années que le réseau des eaux usées de Saint Julien est poreux, et se déverse dans la rivière. Pourquoi n’a-t-on pas traversé la frontière, pour mettre ce thème en haut de la pile des dossiers urgents ?

Et que dire des pollutions d’origine agricole ? Il faut refuser de s’y habituer ! Les progrès réalisés dans le canton montrent d’ailleurs que des mesures efficaces peuvent être mises en œuvre.

Le problème, c’est que tout le monde, du Conseil d’Etat à la Commission de l’environnement et de l’agriculture du Grand Conseil, a autre chose à faire.

Les mêmes élus produisant les mêmes effets, il n’y a aucune raison que la situation s’améliore à l’avenir.

Alors, l’Aire, on la raie de la carte, ou on bouge enfin ?

 

Christophe Ebener

02/03/2018

Malgré l’idolâtrie du renouvelable, venez signer la pétition des pêcheurs genevois !

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C’est une nouvelle religion, ou quoi ? A chaque fois que le mot est prononcé, il n’est plus permis d’émettre la moindre critique. Il faut croire que l’énergie, lorsqu’elle est renouvelable, est forcément pure et parée des meilleures intentions.

Même lorsqu’elle démolit les 25 kilomètres de rives du Rhône genevois, et qu’elle confine les milliers de baigneurs du canton aux quelques pontons de la Jonction.

Pourquoi ne faudrait-il pas la remettre en cause, cette énergie renouvelable, lorsqu’elle fait du Rhône un si triste émissaire du Léman, pourtant riche et productif ?

Renouvelable ou pas, l’énergie est produite par des grands groupes industriels, qui obéissent à des contraintes économiques et politiques, et à ce titre, elle mérite que les citoyens la considèrent avec un œil critique. Par exemple, les variations rapides et imprévisibles du débit du Rhône, déclenchées par le barrage du Seujet, ne permettent pas de produire plus de courant électrique. Elles visent simplement à produire ce courant au moment où la rentabilité économique est la plus élevée !

Pour quelques millions chaque année, les genevois sont donc sensés faire de leur fleuve une vue de l’esprit, sans espoir de pouvoir y aménager un jour des plages ou des buvettes. Combien de fois avez-vous plongés vos pieds dans l’eau fraîche du Rhône, en dehors de l’espace minuscule de la Jonction ? Probablement jamais.

Combien de frayères de truites lacustres avez-vous compté cet automne ? De zones annexes propices à nos oiseaux ou à nos batraciens ? Elles se comptent sur les doigts de la main, car un fleuve qui voit chaque jour son débit passer du simple au quintuple n’est pas un fleuve favorable à la diversité biologique.

De cette situation, les pêcheurs ont assez. Pas fous, ils ne s’opposent pas à l’énergie hydroélectrique en tant que telle, mais seulement à la manière brutale dont celle-ci est produite par les Services Industriels de Genève Parce que quelques dixièmes de pourcent de leur chiffre d’affaire ne justifient pas qu’on fasse du Rhône genevois un canal escarpé, dont ni la nature ni les humains ne peuvent profiter.

Ils ont donc lancé une pétition, qui demande l’arrêt des éclusées du Rhône.

Amis de la nature et de la baignade, il est temps de la signer sur monrhone.ch!

 

Christophe Ebener