29/08/2016

Qui peut bien vouloir la peau de l’Allondon ?

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Le 18 mai 2015, on s’inquiétait ici du captage des eaux de source des petits cours d’eau genevois, qui mettent directement en jeu leur existence.

 Cette année, la sécheresse estivale permet de mettre en évidence un phénomène qui passe la plupart du temps inaperçu sur l’Allondon, cours d’eau emblématique de la pêche genevoise. En période de très basses eaux, comme c’est le cas actuellement, on note en effet des variations quotidiennes du débit de la rivière, dont personne ne s’est pour l’heure préoccupé. Pourtant, on voit clairement sur les sites officiels que la rivière perd la nuit entre 50 et 100 litre par seconde, ce qui représente quasiment le quart de son débit d’étiage ! Or le débit de l’Allondon n’est pas régulé par un barrage. Il y a donc fort à parier que l’eau qui manque soit utilisée en cette période de l’année pour des arrosages. Des arrosages conséquents puisque 250 000 litres d’eau sont prélevés chaque heure dans la rivière.

 L’hypothèse la plus crédible à l’heure actuelle est que cette eau serve à l’arrosage des pelouses de l'un des golfs du pays de Gex, dont les pratiques sont dénoncées depuis des années par les associations de pêcheurs des deux côtés de la frontière.

 Rappelons ici que l’Etat de Genève et les collectivités publiques françaises ont investi il y a une dizaine d’année des dizaines de millions pour améliorer la qualité de l’eau de cette rivière.

On espère donc que les golfeurs genevois qui pratiquent les green du pays de Gex apprécient ce gazon maintenu tendre et vert grâce à une eau first class.

Le contribuable genevois, lui, se demande pourquoi avoir investi autant d’argent pour quelques galets asséchés en plus.

 

Christophe Ebener

11/05/2016

Tout savoir sur la prochaine vidange du Rhône!

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Du 20 au 31 mai aura lieu la vidange des retenues des barrages de Verbois et Chancy-Pougny.

Cette année, les SIG ont établi un nouveau protocole d'abaissement qui devrait, selon eux, largement diminuer l’impact environnemental des vidanges.

Et à en croire les communiqués de l’Etat de Genève, tenant pour l’occasion de la méthode Coué, on semble effectivement se diriger vers un épisode quasiment sans impact sur la faune riveraine et aquatique du Rhône.

Nulle mention, cependant, que la date retenue (fin du printemps), soit l’une des pires possibles : les oiseaux sont en période de nidification, et l’abaissement brutal des lignes d’eau aura un effet significatif sur les femelles qui couvent ou les jeunes fraichement éclos. Il en sera de même pour les castors, dont les adultes en perdition ne pourront certainement pas assurer la survie de leurs jeunes. L’augmentation des vitesses d’écoulement et de la concentration des particules en suspension dans l’eau se traduira une nouvelle fois par la dévalaison ou la mortalité des jeunes poissons, qui auraient pourtant eu plus de chance de survivre si on leur avait laissé quelques mois de croissance supplémentaire.

Contrairement à l’Etat de Genève et aux SIG, la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises s'attend donc à ce que cette vidange ait un impact majeur sur la faune piscicole du Rhône, et s'apprête donc à lancer une opération de surveillance et de communication importante.

Elle invite les pêcheurs et tous les défenseurs du Rhône à communiquer l'ensemble de leurs observations (photos, textes, vidéos) en utilisant le hashtag #vidange2016 sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter, de manière à organiser et rendre visible leurs témoignages aux médias et à toutes les personnes intéressées.

Elle offrira café et croissants à tous ceux qui accepteront d’être les sentinelles du Rhône le samedi 21 mai dès 8h à l’étang des Touvières. Dès 10h, elle organisera une conférence de presse pour faire le point de la situation.

La surveillance de cette vidange est particulièrement importante cette année car en cas d'échec des SIG et de l’Etat de Genève à préserver les richesses naturelles du Rhône, il ne restera pas d'autre solution à la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoise que de s'opposer systématiquement aux prochaines vidanges.

Christophe Ebener

 

25/02/2016

IL n'y a plus de truites dans les Eaux Chaudes et Froides, alors que tout a été tenté… sauf le tir des harles!

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Depuis plusieurs décennies maintenant, le Fishing Club Genève et la Fine Equipe, deux sociétés de pêche genevoises, travaillent d’arrache-pied sur deux petits ruisseaux qui se jettent dans l’Allondon, dans la région de Russin. Cet investissement a pour unique but d’offrir aux truites qui remontent ces ruisseaux des conditions de reproduction et de croissance optimales. Les jeunes poissons sont ensuite remis dans l’Allondon, de manière à soutenir de la meilleure des manières ce cours d’eau emblématique de la nature genevoise, qui peine à maintenir sa population de truites sauvages.

Dans les années 80, une nasse posée à l’embouchure de l’un de ces petits ruisseaux recensait en une seule nuit jusqu'à cent poissons adultes!

Depuis des années ce chiffre est en chute libre. Cet automne, seuls quelques poissons sont remontés frayer dans ces ruisseaux…

Pourtant, quasiment aucune truite n’a été prélevée par les pêcheurs du canton depuis 5 ans, car un arrêté limite drastiquement la capture de ces poissons.

Plus de 100 millions ont également été investi par la France et la Suisse pour débarrasser l ‘Allondon de son principal rejet polluant.

Alors, que reste-t-il à l’action humaine pour renverser cette tendance déprimante ?

Cesser le développement urbain sur le bassin versant de l’Allondon n’est pas réaliste. Interdire les micropolluants en France et en Suisse relève d'interventions au parlement, et la Fédération Suisse de Pêche est déjà active sur le sujet.

Il reste un domaine sur lequel nous pouvons agir : documenter la prédation des oiseaux piscivores sur les jeunes poissons, via l'analyse des contenus stomacaux. Le tir de quelques harles s’avère donc indispensable.

 

Christophe Ebener

08/02/2016

Pourquoi il ne faut pas interdire les néonicotinoïdes !

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Ils sont suspectés de faire disparaître à large échelle les insectes de nos campagnes, et sont probablement responsables de la chute dramatique des populations d’insectes et crustacés aquatiques dont se nourrissent la plupart de nos poissons.

Eux, ce sont les néonicotinoïdes, des pesticides dix mille fois plus puissants que le DDT, et dont il suffit d’enrober une graine pour que la plante dans sa totalité soit rendue toxique pour les insectes durant toute une saison !

 Présentés en grandes pompes par l’industrie agro-chimique en raison de leur faible toxicité pour les vertébrés, certains d’entre eux sont pourtant déjà interdits en raison de leur très forts impacts sur les sols, les cours d’eau et la santé humaine !

 Mobiliser des ressources humaines et financières pour favoriser leur interdiction reviendrait cependant à épuiser ces dernières pour rien ! En effet, les néonicotinoïdes sont déjà de vieilles molécules. L’industrie a eu largement le temps de développer leurs successeurs, et elle n’attend que leur interdiction pour mettre les suivantes sur le marché.

 Ce qu’il faut en réalité, c’est rendre les procédures d’homologation de ces molécules toxiques pour l’environnement beaucoup plus exigeantes. Car jusqu’à présent, la charge de prouver des dommages sur l’environnement revient prioritairement aux collectivités publiques ou à la société civile. Qui s’épuisent à rechercher des financements alors qu’elles ont toujours un train de retard.

Le problème est donc éminemment politique, et il ne sera résolu que si il existe dans ce pays une majorité pour offrir au monde agricole des produits que ces derniers pourraient utiliser sans prendre le risque d’anéantir leur sol, les eaux qui s’en échappent, et les cours d’eau vers lesquelles elles mènent.

 

Christophe Ebener

09/12/2015

Le climat change. La nature aussi. A quand une adaptation des lois sur la pêche et sur la chasse ?

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Ce n’est un secret pour personne, la température moyenne en Suisse augmente et la répartition des précipitations s’écarte de ce que nous avons connu par le passé. Ces changements, qui s’inscrivent sur le long terme, ne sont pas sans incidence sur les conditions d’existence des poissons qui peuplent nos cours d’eau.

Ainsi, certaines rivières, telle l’Allondon, passent progressivement d’un régime nival à un régime pluvial. En d’autres termes, cela signifie que leur débit dépend de la fréquence et de l’intensité des pluies, alors qu’il était auparavant régulé par le rythme de la fonte des neiges. A cela s’ajoute bien sûr l’imperméabilisation croissante des sols, (routes, habitations,…) qui amplifie encore ce phénomène.

Les poissons ont donc changé d’environnement sur un rythme largement plus rapide que celui auquel ils ont fait face par le passé. En quelques décennies, leur habitat s’est virtuellement déplacé de plusieurs centaines de kilomètres vers le sud, et la plupart de nos petits cours d’eau sont maintenant méditerranéens : les débits varient très rapidement, et les périodes sans pluie se traduisent par des étiages plus étendus et plus sévères que par le passé. Là encore, ce phénomène est amplifié par les activités humaines, le plus souvent très gourmandes en eau (que l’on songe aux tonnes d’eau que demandent les arrosages continus des golfs du bassin genevois en période de canicule).

Pourtant, la loi sur la pêche repose toujours sur l’idée conservatrice et passéiste selon laquelle les espèces en place doivent être maintenue coûte que coûte, et gérée de sorte à ne pas interférer avec le fonctionnement naturel des écosystèmes. Le principe a au moins le mérite d’être clair, simple et sans risque : renaturons les cours d’eau, touchons le moins possible aux poissons, et ils reviendront par eux mêmes ! Ainsi, les alevins qui servent à repeupler les cours d’eau dans lesquels la reproduction naturelle fonctionne mal doivent impérativement provenir de géniteurs issus du même bassin versant que le cours d’eau cible. Même si actuellement il serait tentant, par exemple, de voir comment des truites issues du bassin méditerranéen se comportent dans nos cours d’eau en pleine transformation.

Mais surtout, cette loi apparait en décalage avec la réalité du terrain. Ainsi, même si le canton de Genève a été le pionnier de la renaturation des cours d’eau en Suisse, force est de reconnaître que nos cours d’eau ne sont pas le portrait de ce qu’ils étaient il y a un siècle. Qui peut penser que la vallée de l’Arve perdra ses habitants, ou que les besoins en eau et en territoire reviendront à ce qu’ils étaient il y a à 50 ans ?

Les truites arc-en-ciel, qu’on verrait pourtant bien vivre dans l’Arve de 2016, ne sont donc pas prêtes d’y être ré-introduites.. Les oiseaux piscivores, quant à eux, jouissent toujours de la protection de la loi sur la chasse. Protection qui serait elle aussi compréhensible si nos cours d’eau étaient aussi productifs qu’en 1950.

On est donc en droit d’attendre du législateur qu’il adapte les lois fédérales sur la pêche et sur la chasse à ce qu’est la Suisse du XXI siècle : un territoire totalement humanisé qui a transformé en profondeur et de manière irréversible le fonctionnement écologique de la plupart de nos cours d’eau.

Or, cette loi n’offre actuellement aux gestionnaires que la promesse romantique qu’un jour le monde reviendra à ce qu’il était auparavant.

Les choses pourraient cependant évoluer, car avec un conseil national majoritairement à droite, on peut s’attendre à ce qu’une vision laïque et humaniste de la nature l’emporte. Les pêcheurs seraient donc bien avisés d’entrer rapidement dans le jeu politique si ils souhaitent avoir dans un avenir proche un arsenal législatif compatible avec la survie de la pêche de loisir.

Christophe Ebener

13/11/2015

Truites du Léman aux PCB : un fiasco qui pourrait se reproduire !

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Il n’aura échappé à personne que certaines truites lacustres du Léman sont contaminées, tout comme les ombles chevalier, par des PCB. En conséquence, les chimistes cantonaux ont décidé d’interdire leur commercialisation par les pêcheurs professionnels dès qu’elles atteignent 54 centimètres. Car une fois cette taille atteinte, elles ont pu accumuler suffisamment de ces micropolluants dans leur tissu adipeux pour dépasser les valeurs des nouvelles normes en vigueur, plus sévères que par le passé. Ce problème concerne les truites et les ombles parce que ces deux espèces sont particulièrement grasses, et que les individus que l’on consomme sont souvent de taille respectable, et donc âgés.

Pour le reste, féras, perches et écrevisses sont quasiment exemptes de PCB, ce qui justifie pleinement d’en consommer régulièrement.

Bref, du côté de la santé humaine, pas d’inquiétude à avoir, sinon que les normes ont ceci d’aberrant que celui qui consomme souvent des ombles ou des truites de taille modeste, donc commercialisables, pourrait accumuler dans ses cellules graisseuses plus de PCB que celui qui mange un filet de truite lacustre de 55 centimètre une fois par année, alors que celles-ci sont désormais interdites à la vente!

 Cette interdiction est néanmoins désastreuse à plusieurs titres :

 D’une part, comme elle condamne de facto une fraction non négligeable du revenu des pêcheurs professionnels, on aurait aimé voir les chimistes cantonaux inclure les pêcheurs professionnels dans le processus décisionnel, et communiquer positivement sur le fait que les espèces les plus recherchées par les gastronomes (perches et feras) sont parfaitement consommables. Par ailleurs, le prix élevé des analyses (plus de mille francs par poisson) limite forcément le nombre d’espèces qui sont testées pour les PCB. Qu’en est-il alors des barbeaux et des silures du Rhône, qu’une fraction des pêcheurs genevois consomme régulièrement ? A l’heure actuelle, aucune recommandation n’émane du chimiste cantonal.

D’autre part, elle ne s’attaque pas aux causes de la contamination, se bornant à interdire la commercialisation des espèces touchées et à promettre des investigations dans le futur. Pourtant, des sources de pollutions sont connues, telle l’ancienne décharge de Dyvonne par exemple, dont les eaux d’infiltration se jettent directement dans la Versoix, sans pour autant que l'assainissement soit programmé...

Enfin, elle témoigne avec cynisme des pratiques désastreuses des autorités fédérales et du conseil national en matière de lutte contre les micropolluants , qui consistent à tolérer encore aujourd’hui que l’on relâche dans l’environnement, parfois en quantité industrielle, des centaines de substances dont on est incapable de prédire l’impact  sur l’environnement et la santé humaine.

Ainsi, alors que les PCB ont été utilisé jusque dans les années 80, c’est encore maintenant que nous en payons le prix. Sur les cinq espèces de poissons les plus pêchées dans le Léman, 2 sont désormais jugées impropres à la consommation !

Or, depuis les années 80, rien n’a réellement changé. Les procédures d’homologations sont toujours aussi permissives pour les nombreuses substances qui sont relâchées dans la nature. Exemple parmi tant d’autres, celui des néonicotinoïdes. Ces pesticides, dix mille fois plus puissants que le DDT, sont relâchés par tonnes dans nos campagnes alors que les preuves de leur toxicité sont chaque jour plus nombreuses.

Demain peut-être, deux ou trois espèces supplémentaires de poissons pourraient donc être interdites de consommation. La mécanique est implacable, et doit être combattue.

 

Christophe Ebener

01/10/2015

Faut-il laisser tomber les salmonidés ?

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Ils sont nombreux, les amis de la nature,  à ne pas comprendre pourquoi les pêcheurs s’acharnent à rechercher des poissons qui disparaissent pourtant petit à petit de nos cours d’eau.

Il est vrai que les truites et les ombres, à de rares exceptions près, ne se portent pas très bien, en Suisse et en Europe d’ailleurs.

 Il est vrai également que d’autres poissons s’installent progressivement à leur place, tels les barbeaux et les chevesnes, et occupent avec abondance des secteurs dans lesquels on trouvait auparavant des salmonidés.

Il est encore vrai que manger ces poissons est parfaitement recommandable sur le plan écotoxicologique et culinaire. Ces poissons oubliés, bien que nécessitant un certain travail pour leur préparation, sont en effet largement supérieurs, sur le plan gustatif, à ces immondes pangasus qui ont envahi nos supermarchés.

 Seulement voilà,  laisser tomber les salmonidés, c’est renoncer à l’exigence de cours d’eau capable de les héberger. C’est enterrer l’idée que le combat associatif et politique en faveur de rivières aux eaux claires et limpides est possible. C’est subir la lente dégradation des écosystèmes les plus fragiles plutôt que de lutter pour qu’ils restent fonctionnels.

Les pêcheurs ne renonceront  donc pas à la pêche aux salmonidés et continueront leur combat pour que développement économique et environnement de qualité restent compatibles.

Christophe Ebener

04/09/2015

Pêche genevoise : les actions à mener

 

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A l’heure où les cours d’eau du canton se retrouvent quasiment à sec, il est plus que temps d'agir pour développer la pêche genevoise.

Mais avant toute chose, force est d'admettre que des actions fortes en faveur des cours d’eau et des poissons, en particulier les salmonidés, seront déjà nécessaires pour maintenir la situation actuelle. Le statut quo ne ferait en effet qu’accompagner la baisse régulière des captures et de la fréquentation des cours d’eau, dont la productivité naturelle semble, à de rares exceptions près, baisser.

La situation est néanmoins plus favorable à l’action que jamais. D’une part, la nouvelle loi sur la protection des eaux (LEAux), issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche,  impose aux cantons d’assainir leurs cours d’eau, et fournit une partie des fonds nécessaires. D’autre part, et c’est une excellente nouvelle, les associations faitières de la pêche genevoise prévoient  de se réunir en une seule entité, ce qui augmentera leur visibilité, et renforcera à coup sûr leurs revendications.  

Des actions, justement, il est déjà possible d'en planifier à court terme. Ainsi la pêche de loisir sera maintenue sur les cours d'eau dégradés, comme c'est la cas actuellement, grâce a des repeuplements réguliers en poissons surdensitaires. Cependant, le projet du Geneva Street Fishing, qui ambitionne de poser des cages de grossissements sous le bâtiment des forces motrices, devrait en améliorer grandement le bilan écologique : plutôt que d’être nourris avec des farines de poissons, qui participent à la surexploitation des océans, ces poissons seraient grossis dans des cages alimentées avec l’eau du  Rhône, qu’on espère suffisamment riche en aliments pour leur permettre d’atteindre une taille raisonnable. Parallèlement  un soutient important à la reproduction naturelle sur l’Allondon et la Versoix devrait pouvoir être mis sur pied prochainement, à partir des géniteurs de ces deux cours d’eau. Des projets en ce sens sont en cours et les acteurs de ces projets transfrontaliers se sont déjà réunis à plusieurs reprises pour faire avancer ce dossier. En ce qui concerne les ombres, les géniteurs de la Versoix continueront à produire des jeunes dans la pisciculture de Thonon, mais la Commission de la Pêche pousse la DGNP à envisager un programme important de production d’ombrets pour l’Arve, dont la pêche automnale pourrait ainsi être grandement valorisée. A condition toutefois que la nouvelle STEP de Villette puisse rapidement entrer en service, et épurer enfin correctement les eaux usées de la rive gauche.

A court terme également, la connexion entre le Rhône et le Léman devrait pouvoir s’améliorer. Le cycle d’ouverture et de fermeture des écluses du barrage du Seujet devrait en effet être optimisé afin de libérer au maximum le passage des poissons, le temps qu’une échelle à poissons fonctionnelle puisse être réalisée sur ce barrage. Comme ce dernier point est une priorité aussi bien pour l’Etat que pour les SIG, il est permis d’espérer.

Par ailleurs, la renaturation de l ’Allondon, dont les sous berges sont la plupart du temps en dehors de l'eau en raison de l’enfoncement du lit de la rivière, devient prioritaire. Les suivis piscicoles ont en effet confirmé que là ou il y a de l’habitat, on trouve des densités de poissons largement supérieures à celle des autres tronçons.

Le moyen terme est quant à lui l’intervalle de temps durant lequel des projets cruciaux pour l’avenir de la pêche genevoise se feront, ou ne se feront pas !

Premièrement,  SIG, canton et Confédération devront décider si oui ou non ils souhaitent se donner les moyens d’assainir le Rhône, tant au niveau des éclusées que de la libre circulation des poissons. Des données fiables, issues du projet interreg, montreront prochainement à quel point une passe à poissons fonctionnelle sur le Seujet et une rivière de contournement du barrage de Verbois sont nécessaires. Un abandon de la production du courant de pointe, qui se traduirait par une diminution spectaculaire des variations journalières du débit du Rhône, est une mesure importante que la confédération pourrait, d’après nos informations, soutenir financièrement. Cette mesure, fondamentale si l’on souhaite se rapprocher d’un fonctionnement naturel du Rhône dépend des SIG, qui ont seuls la compétence de demander son financement auprès de la Confédération.

Deuxièmement, si l’on veut maintenir la pêche à Genève, encore faut-il qu’il y ait de l’eau dans nos rivières ! A l ‘évidence, les données publiées récemment par la Communauté de Communes du Genevois n’ont pas eu sur les autorités politiques la portée qu’on était en droit d’espérer . Car le manque d’eau chronique dans nos petits cours d’eau n’est pas une fatalité : il est dû aux captages des eaux de source et des pompages en France voisine ! Un tiers des débits, et parfois largement plus, est capté directement à la source des petites rivières genevoises. Il est donc parfaitement possible d’envisager des progrès majeurs dans ce domaine, en invitant les communes concernées à alimenter leur réseau d’eau potable avec l’eau de la nappe phréatique. La détermination des pêcheurs et de la Commission de la Pêche sera donc cruciale pour faire avancer ce sujet devant les autorités politiques.

Enfin, le contrat de rivière de la communauté de commune du Pays de Gex, qui comprend les bassins versants de la Versoix et de l’Allondon, intègre des mesures positives pour la qualité et la quantité d’eau de ces deux rivières emblématiques de la nature genevoise. Les pêcheurs ne peuvent que s’en réjouir, mais comme le financement de ces mesures n’est pour l’instant pas garanti, la vigilance reste de mise.

On constate donc qu’il reste du pain sur la planche, d’autant plus que le libre accès aux rives des cours d’eau et la gestion des oiseaux piscivores sont des problèmes qui devront encore être résolus. Il n’en demeure pas moins que l’assainissement du Rhône, les repeuplements et la lutte contre les pompages et le captage des eaux de source sont des priorités qui méritent un investissement total des pêcheurs, des SIG et des autorités. Si ces chantiers sont abordés avec une volonté conjointe de réussir, alors nul doute que la pêche genevoise pourra se développer à l’avenir.

 

Christophe Ebener