13/11/2015

Truites du Léman aux PCB : un fiasco qui pourrait se reproduire !

lacustre.jpg

Il n’aura échappé à personne que certaines truites lacustres du Léman sont contaminées, tout comme les ombles chevalier, par des PCB. En conséquence, les chimistes cantonaux ont décidé d’interdire leur commercialisation par les pêcheurs professionnels dès qu’elles atteignent 54 centimètres. Car une fois cette taille atteinte, elles ont pu accumuler suffisamment de ces micropolluants dans leur tissu adipeux pour dépasser les valeurs des nouvelles normes en vigueur, plus sévères que par le passé. Ce problème concerne les truites et les ombles parce que ces deux espèces sont particulièrement grasses, et que les individus que l’on consomme sont souvent de taille respectable, et donc âgés.

Pour le reste, féras, perches et écrevisses sont quasiment exemptes de PCB, ce qui justifie pleinement d’en consommer régulièrement.

Bref, du côté de la santé humaine, pas d’inquiétude à avoir, sinon que les normes ont ceci d’aberrant que celui qui consomme souvent des ombles ou des truites de taille modeste, donc commercialisables, pourrait accumuler dans ses cellules graisseuses plus de PCB que celui qui mange un filet de truite lacustre de 55 centimètre une fois par année, alors que celles-ci sont désormais interdites à la vente!

 Cette interdiction est néanmoins désastreuse à plusieurs titres :

 D’une part, comme elle condamne de facto une fraction non négligeable du revenu des pêcheurs professionnels, on aurait aimé voir les chimistes cantonaux inclure les pêcheurs professionnels dans le processus décisionnel, et communiquer positivement sur le fait que les espèces les plus recherchées par les gastronomes (perches et feras) sont parfaitement consommables. Par ailleurs, le prix élevé des analyses (plus de mille francs par poisson) limite forcément le nombre d’espèces qui sont testées pour les PCB. Qu’en est-il alors des barbeaux et des silures du Rhône, qu’une fraction des pêcheurs genevois consomme régulièrement ? A l’heure actuelle, aucune recommandation n’émane du chimiste cantonal.

D’autre part, elle ne s’attaque pas aux causes de la contamination, se bornant à interdire la commercialisation des espèces touchées et à promettre des investigations dans le futur. Pourtant, des sources de pollutions sont connues, telle l’ancienne décharge de Dyvonne par exemple, dont les eaux d’infiltration se jettent directement dans la Versoix, sans pour autant que l'assainissement soit programmé...

Enfin, elle témoigne avec cynisme des pratiques désastreuses des autorités fédérales et du conseil national en matière de lutte contre les micropolluants , qui consistent à tolérer encore aujourd’hui que l’on relâche dans l’environnement, parfois en quantité industrielle, des centaines de substances dont on est incapable de prédire l’impact  sur l’environnement et la santé humaine.

Ainsi, alors que les PCB ont été utilisé jusque dans les années 80, c’est encore maintenant que nous en payons le prix. Sur les cinq espèces de poissons les plus pêchées dans le Léman, 2 sont désormais jugées impropres à la consommation !

Or, depuis les années 80, rien n’a réellement changé. Les procédures d’homologations sont toujours aussi permissives pour les nombreuses substances qui sont relâchées dans la nature. Exemple parmi tant d’autres, celui des néonicotinoïdes. Ces pesticides, dix mille fois plus puissants que le DDT, sont relâchés par tonnes dans nos campagnes alors que les preuves de leur toxicité sont chaque jour plus nombreuses.

Demain peut-être, deux ou trois espèces supplémentaires de poissons pourraient donc être interdites de consommation. La mécanique est implacable, et doit être combattue.

 

Christophe Ebener

28/10/2015

S’il te plaît, dessine-moi la nature !

nature-enfant.jpg

Je ne suis jamais autant énervé que lorsque j’entends des gens me dire que puisque je ne suis pas économiste ou chef d’entreprise, je n’ai pas mon mot à dire sur l’économie. Comme si le discours économique n’était pas truffé de normes, de valeurs, d’intérêts et de préférences personnelles ! Comme si le discours économique était aussi objectif que celui du physicien qui calcule la date de la prochaine éclipse solaire !

 Malheureusement, cette attitude, qui tente d’étouffer le débat public en cachant les normes subjectives sur lesquelles se fondent la plupart des activités humaines, est de plus en plus reproduite par ceux qui sont en charge de la nature dans ce pays !

 Ainsi, vous n’introduirez un poisson dans une rivière qu’à la condition qu’il soit issu de parents provenant exactement du même cours d’eau que le cours d’eau dans lequel vous planifiez de le relâcher.  Parce qu’une rivière est un écosystème naturel et qu’il ne faut surtout pas y introduire des poissons qui n’en sont pas vraiment originaires.  Même si les métissages augmentent la diversité génétique, ce que l’on valorise pourtant chez les humains. Même si les fameuses perches du Léman ont été introduites par les Romains, à la satisfaction de tous. Même si c’est une moule (la moule zebrée), originaire du bassin de la mer Caspienne, qui est à l’origine de l’explosion, saluée par tous, des effectifs de canards hivernants sur le Léman

 Aussi, vous ne favoriserez pas une espèce de poissons, placés sur la liste rouge des espèces menacées, en régulant par des tirs les oiseaux piscivores pourtant en pleine expansion. Parce que leur présence est naturelle. Même si, les cours d’eau, eux, ne le sont plus vraiment. Même si ces oiseaux ont largement profité des barrages que les humains ont construits sur la plupart des fleuves européens, qui ont transformés des cours d’eau autrefois vifs et puissants en succession de bassins particulièrement favorables aux oiseaux d’eau, à l’image du barrage de Verbois !

 Mais surtout,  cet argument, qui plaide pour une non-intervention en matière de nature, est de surcroît utilisé de manière très sélective. Ainsi, personne n’en fera usage lorsqu’il s’agit de tondre des hectares entiers de roselières pour éviter qu’elles ne soient colonisées par la forêt. Ou encore lorsqu’il s’agit d’introduire des moutons ou des chèvres pour préserver les praires maigres de l’envahissement par les buissons. Même si, en procédant de la sorte, on fait de facto le choix de favoriser des espèces au détriment d’autres…

 On le voit, l’usage du mot nature est à considérer avec une bonne dose de sens critique. Parce que ceux qui l’utilisent dans l’espace public le font la plupart du temps dans un sens militant, en espérant ainsi légitimer leur vision subjective de ce que doit être la nature.

 De même que l’économie n’appartient pas à Economie Suisse, la nature n’appartient donc pas à ceux qui s’en font les porte-paroles autoproclamés. Elle est un thème qui mérite d’être débattu publiquement dans les institutions démocratiques et dans les administrations.

 En particulier au Conseil National, où les pêcheurs seraient donc bien inspirés de présenter rapidement leurs arguments en faveur des truites arc-en-ciel et de la régulation des oiseaux piscivores.

Christophe Ebener

05/10/2015

Des truites arc-en-ciel, pourquoi pas ?

arc-en-ciel.jpg

Début 2010, la conseillère d’Etat verte Michèle Künzler demandait à l’administration fédérale l’autorisation de pouvoir repeupler l’Arve et le Rhône urbain avec des truites arc-en-ciel  triploïdes adultes (les poissons triploïdes ont un jeux chromosomique supplémentaire, et sont donc stériles). Ces truites d’origine américaine étant faciles à produire, une telle mesure était à la fois rentable sur le plan économique, et utile sur le plan de la gestion de la pêche, car  elle aurait permis de fidéliser les pêcheurs autour du centre ville.

La Commission de la Pêche et les sociétés de pêche, à l’origine de cette demande, avaient donc su convaincre l’administration et la conseillère d’Etat de l’intérêt de cette requête. Il faut dire que deux bureaux d’études indépendants avaient conclus que l’impact de tels déversements était quasiment nul sur les peuplements indigènes. Mieux, certains spécialistes des milieux aquatiques concluaient qu’il valait mieux laisser les truites arc-en-ciel occuper les milieux que les truites farios avaient désertés plutôt que de repeupler ces cours d’eau avec des truites farios issues de pisciculture qui pouvaient directement concurrencer les populations indigènes, tout en apportant des gènes sélectionnés en pisciculture et inutiles aux poissons sauvages.

 Malheureusement, la réponse de l’OFEV avait été négative, au motif que la loi ne prévoyait aucune exception, et qu'il était donc  inutile d’espérer pouvoir un jour introduire une espèce étrangère dans les cours d’eau suisse. L’OFEV accompagnait son argumentaire de recommandations théoriques convenues, et inutiles,  arguant entre autre que les populations de truites farios allaient se reconstituer grâce à l’amélioration de la qualité de l’eau et à la renaturation des cours d’eau.

 Depuis, le canton de Genève, déjà précurseur en la matière,  a encore investi des dizaines de millions de francs supplémentaires pour assainir et renaturer ses cours d’eau. Cependant,  alors que la nature dans son ensemble en a largement profité, la situation n’a guère évolué pour les salmonidés : ils ont quasiment disparu du Rhône urbain, de l’Arve, de l’Aire et de la Laire. Sur la Versoix, les truites adultes non migratrices se comptent sur les doigts de la main, et sur l’Allondon, la reproduction naturelle est quasi inexistante.

 Dès lors deux questions se posent à nouveau :  

1)Est-il possible de repeupler les eaux genevoises en truites arc-en-ciel ?

2) Ces repeuplements sont-ils souhaitables ?

 A la première question, la réponse est oui, mais en passant par les sociétés  de pêche françaises, qui pourraient repeupler les eaux genevoises sur les secteurs limitrophes. Il pourrait même être possible de financer des repeuplements sur certains secteurs totalement français, en assumant que les  poissons dévaleront vers l’aval. L’Arve, par exemple, conviendraient parfaitement à ce scénario.

 A la seconde question, la réponse est assurément oui ! Sur le plan économique, ces poissons de piscicultures sont largement plus rapides à produire que des truites farios. Sur le plan écologique, ces arc-en-ciel n’entrent que très peu en compétition avec les truites autochtones, et ne s’hybrident pas avec elles.  Elles ont donc leur place dans les tronçons qui n’offrent pas encore des conditions favorables aux poissons sauvages, et sur lesquels on aimerait maintenir la pêche. Enfin, sur le plan symbolique, ces poissons, qu’on ne peut pas confondre avec nos poissons sauvages,  sont au moins porteur d’un message clair : la totalité des eaux genevoises n’est pas encore assainie, et il reste encore du pain sur la planche pour que les espèces indigènes exigeantes puissent retrouver des conditions de vie susceptibles de permettre leur essor dans le futur.

 

Christophe Ebener

01/10/2015

Faut-il laisser tomber les salmonidés ?

saut-truite.jpg

Ils sont nombreux, les amis de la nature,  à ne pas comprendre pourquoi les pêcheurs s’acharnent à rechercher des poissons qui disparaissent pourtant petit à petit de nos cours d’eau.

Il est vrai que les truites et les ombres, à de rares exceptions près, ne se portent pas très bien, en Suisse et en Europe d’ailleurs.

 Il est vrai également que d’autres poissons s’installent progressivement à leur place, tels les barbeaux et les chevesnes, et occupent avec abondance des secteurs dans lesquels on trouvait auparavant des salmonidés.

Il est encore vrai que manger ces poissons est parfaitement recommandable sur le plan écotoxicologique et culinaire. Ces poissons oubliés, bien que nécessitant un certain travail pour leur préparation, sont en effet largement supérieurs, sur le plan gustatif, à ces immondes pangasus qui ont envahi nos supermarchés.

 Seulement voilà,  laisser tomber les salmonidés, c’est renoncer à l’exigence de cours d’eau capable de les héberger. C’est enterrer l’idée que le combat associatif et politique en faveur de rivières aux eaux claires et limpides est possible. C’est subir la lente dégradation des écosystèmes les plus fragiles plutôt que de lutter pour qu’ils restent fonctionnels.

Les pêcheurs ne renonceront  donc pas à la pêche aux salmonidés et continueront leur combat pour que développement économique et environnement de qualité restent compatibles.

Christophe Ebener

04/09/2015

Protecteurs des animaux : STOP !

release.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Le saviez-vous ? Une photo telle que celle-ci pourrait valoir à son auteur, pour autant qu’il ait pris ce cliché en Suisse, une amende salée ! Car la Suisse est l’un des seuls pays au monde qui interdise la capture des poissons dans l’intention de les relâcher.

Dans les pays européens et anglo-saxons, les pêcheurs à la mouche et au lancer ont en effet l’habitude de relâcher la plupart des truites et saumons qu’ils capturent, pour la simple raison qu’il n’y en aurait plus à capturer depuis longtemps si chacun d’eux redevenait un chasseur-cueilleur du paléolithique. Le contrat éthique derrière cette approche de la pêche de loisir qui consiste à relâcher les poissons que l’on capture, (« catch and release », ou « no kill ») est assez simple : la souffrance des poissons, supposée ou réelle, importe moins que l’engagement indéfectible et passionné des pêcheurs en faveur de la protection et de la réhabilitation des milieux aquatiques, qui profite aux poissons dans leur ensemble. Contrat d’autant plus facile à accepter qu’une truite capturée dans l’intention de la consommer souffre autant,  sinon plus, car les techniques de capture sont alors souvent plus invasives, qu’une truite qu’on s’apprête à relâcher….

En Suisse par contre, les protecteurs des animaux ont réussi à faire pression sur l’administration fédérale pour que la pêche de loisirs ne soit plus qu’alimentaire : ne devraient donc pêcher que ceux qui mangent les poissons qu’ils capturent. Et la chose aurait  pu aller plus loin encore, puisque certains protecteurs des animaux estiment en effet que tuer proprement un poisson pour le manger est un acte d’une cruauté telle qu’il doit être interdit… aux enfants. (voir l’article de 20 minutes…).

A Genève, les choses sont simples : si une telle loi était appliquée strictement par les quelques deux milles pêcheurs du canton, qu’on aurait ainsi voulu transformer en consommateurs plutôt qu’en gestionnaires attentionnés, les petits cours d’eau du canton auraient été vidés depuis longtemps.

Car ne nous y trompons pas, le développement économique du plateau suisse a rendu les conditions d’existence des poissons  incompatible avec une pêche de loisir quantitative.

Pourtant, et c’est là tout le problème, les protecteurs des animaux sont désespérément absents lorsqu’il s’agit de s’opposer à la destruction de l’habitat des poissons, ou à l’amélioration de la qualité de l’eau. Pire, ils laissent depuis des décennies les pêcheurs seuls au front pour lutter contre les effets dévastateurs des éclusées et des vidanges des barrages, qui anéantissent pourtant chaque année des générations entières de poissons, par un processus d’asphyxie qu’on jugera difficilement moins douloureux qu’une capture par un pêcheur.

Les protecteurs des animaux, en menaçant directement le lien émotionnel que les pêcheurs entretiennent avec les poissons et les cours d’eau, se trompent donc lourdement de cible. Libre à eux.

En revanche,  l’administration fédérale serait bien inspirée de reconsidérer la force du lobby des protecteurs des animaux à sa juste mesure, et de comprendre que ces derniers ne représentent pas l’opinion majoritaire. En 1990, lorsque les zurichois se sont prononcés sur la création d’un poste de procureur spécialement dédié à la protection des animaux, ils l’on refusé à plus de 80% . Que l’administration fédérale cesse donc une fois pour toute de courber l’échine devant leurs revendications en matière de pêche !

 

 

Christophe Ebener

Pêche genevoise : les actions à mener

 

large_8dbdbdcd5181.jpg

 

 

 

 

 

 

A l’heure où les cours d’eau du canton se retrouvent quasiment à sec, il est plus que temps d'agir pour développer la pêche genevoise.

Mais avant toute chose, force est d'admettre que des actions fortes en faveur des cours d’eau et des poissons, en particulier les salmonidés, seront déjà nécessaires pour maintenir la situation actuelle. Le statut quo ne ferait en effet qu’accompagner la baisse régulière des captures et de la fréquentation des cours d’eau, dont la productivité naturelle semble, à de rares exceptions près, baisser.

La situation est néanmoins plus favorable à l’action que jamais. D’une part, la nouvelle loi sur la protection des eaux (LEAux), issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche,  impose aux cantons d’assainir leurs cours d’eau, et fournit une partie des fonds nécessaires. D’autre part, et c’est une excellente nouvelle, les associations faitières de la pêche genevoise prévoient  de se réunir en une seule entité, ce qui augmentera leur visibilité, et renforcera à coup sûr leurs revendications.  

Des actions, justement, il est déjà possible d'en planifier à court terme. Ainsi la pêche de loisir sera maintenue sur les cours d'eau dégradés, comme c'est la cas actuellement, grâce a des repeuplements réguliers en poissons surdensitaires. Cependant, le projet du Geneva Street Fishing, qui ambitionne de poser des cages de grossissements sous le bâtiment des forces motrices, devrait en améliorer grandement le bilan écologique : plutôt que d’être nourris avec des farines de poissons, qui participent à la surexploitation des océans, ces poissons seraient grossis dans des cages alimentées avec l’eau du  Rhône, qu’on espère suffisamment riche en aliments pour leur permettre d’atteindre une taille raisonnable. Parallèlement  un soutient important à la reproduction naturelle sur l’Allondon et la Versoix devrait pouvoir être mis sur pied prochainement, à partir des géniteurs de ces deux cours d’eau. Des projets en ce sens sont en cours et les acteurs de ces projets transfrontaliers se sont déjà réunis à plusieurs reprises pour faire avancer ce dossier. En ce qui concerne les ombres, les géniteurs de la Versoix continueront à produire des jeunes dans la pisciculture de Thonon, mais la Commission de la Pêche pousse la DGNP à envisager un programme important de production d’ombrets pour l’Arve, dont la pêche automnale pourrait ainsi être grandement valorisée. A condition toutefois que la nouvelle STEP de Villette puisse rapidement entrer en service, et épurer enfin correctement les eaux usées de la rive gauche.

A court terme également, la connexion entre le Rhône et le Léman devrait pouvoir s’améliorer. Le cycle d’ouverture et de fermeture des écluses du barrage du Seujet devrait en effet être optimisé afin de libérer au maximum le passage des poissons, le temps qu’une échelle à poissons fonctionnelle puisse être réalisée sur ce barrage. Comme ce dernier point est une priorité aussi bien pour l’Etat que pour les SIG, il est permis d’espérer.

Par ailleurs, la renaturation de l ’Allondon, dont les sous berges sont la plupart du temps en dehors de l'eau en raison de l’enfoncement du lit de la rivière, devient prioritaire. Les suivis piscicoles ont en effet confirmé que là ou il y a de l’habitat, on trouve des densités de poissons largement supérieures à celle des autres tronçons.

Le moyen terme est quant à lui l’intervalle de temps durant lequel des projets cruciaux pour l’avenir de la pêche genevoise se feront, ou ne se feront pas !

Premièrement,  SIG, canton et Confédération devront décider si oui ou non ils souhaitent se donner les moyens d’assainir le Rhône, tant au niveau des éclusées que de la libre circulation des poissons. Des données fiables, issues du projet interreg, montreront prochainement à quel point une passe à poissons fonctionnelle sur le Seujet et une rivière de contournement du barrage de Verbois sont nécessaires. Un abandon de la production du courant de pointe, qui se traduirait par une diminution spectaculaire des variations journalières du débit du Rhône, est une mesure importante que la confédération pourrait, d’après nos informations, soutenir financièrement. Cette mesure, fondamentale si l’on souhaite se rapprocher d’un fonctionnement naturel du Rhône dépend des SIG, qui ont seuls la compétence de demander son financement auprès de la Confédération.

Deuxièmement, si l’on veut maintenir la pêche à Genève, encore faut-il qu’il y ait de l’eau dans nos rivières ! A l ‘évidence, les données publiées récemment par la Communauté de Communes du Genevois n’ont pas eu sur les autorités politiques la portée qu’on était en droit d’espérer . Car le manque d’eau chronique dans nos petits cours d’eau n’est pas une fatalité : il est dû aux captages des eaux de source et des pompages en France voisine ! Un tiers des débits, et parfois largement plus, est capté directement à la source des petites rivières genevoises. Il est donc parfaitement possible d’envisager des progrès majeurs dans ce domaine, en invitant les communes concernées à alimenter leur réseau d’eau potable avec l’eau de la nappe phréatique. La détermination des pêcheurs et de la Commission de la Pêche sera donc cruciale pour faire avancer ce sujet devant les autorités politiques.

Enfin, le contrat de rivière de la communauté de commune du Pays de Gex, qui comprend les bassins versants de la Versoix et de l’Allondon, intègre des mesures positives pour la qualité et la quantité d’eau de ces deux rivières emblématiques de la nature genevoise. Les pêcheurs ne peuvent que s’en réjouir, mais comme le financement de ces mesures n’est pour l’instant pas garanti, la vigilance reste de mise.

On constate donc qu’il reste du pain sur la planche, d’autant plus que le libre accès aux rives des cours d’eau et la gestion des oiseaux piscivores sont des problèmes qui devront encore être résolus. Il n’en demeure pas moins que l’assainissement du Rhône, les repeuplements et la lutte contre les pompages et le captage des eaux de source sont des priorités qui méritent un investissement total des pêcheurs, des SIG et des autorités. Si ces chantiers sont abordés avec une volonté conjointe de réussir, alors nul doute que la pêche genevoise pourra se développer à l’avenir.

 

Christophe Ebener

18/05/2015

Oiseaux piscivores : ne tirez pas sur les pêcheurs !

piscivores, environnement, Genève

A chaque fois, le scénario est cousu de fil blanc : les pêcheurs demandent le tir de quelques oiseaux piscivores, l’administration dit qu’elle ne peut rien faire, et les amis des oiseaux dénoncent cette volonté néandertalienne qu’ont les pêcheurs à vouloir tuer ce qu’ils identifient comme des concurrents potentiels.

En vérité, l’histoire mérite qu’on y consacre quelques lignes car elle pose la délicate question de ce qu’est la nature et du rôle que les humains peuvent y jouer.

Pour la plupart des gens, est naturel ce qui ne semble pas avoir été marqué par l’homme. Force est donc d’admettre qu’aucun cours d’eau genevois n’est naturel, et ne le sera plus jamais : partout, nous imperméabilisons les sols pour construire des habitations et des routes et perturbons l’écoulement des cours d’eau. Directement ou indirectement, nous utilisons des milliers de litres d’eau par jour pour nos usages domestiques et pour la production des biens que nous consommons.  Nous imaginons ensuite,  à tort,  que les stations d’épuration sauront retirer de cette eau les milliers de substances différentes qui s’y trouvent.

Mais dans ces écosystèmes fortement humanisés, la vie ne s’en sort toutefois pas si mal, et un grand nombre d’espèces animales et végétales s’en tirent même plutôt bien. C’est le cas notamment des harles bièvre et des grands cormoran, qui profitent de l’abondance  des poissons peu sensibles aux activités humaines pour s’établir partout où ils le peuvent.

Les truites farios et ombres communs, en revanche, sont des poissons dont la tolérance aux cours d’eau qui s’éloignent de l’état naturel est presque nulle. A Genève, ce sont principalement  ces poissons que les pêcheurs recherchent sur les petits cours d’eau, à la fois pour leur qualité gustative et l’intérêt de leur pêche, mais surtout parce qu’ils habitent des lieux que nous aimons par dessus tout fréquenter : des rivières libres aux eaux claires et limpides.

Pour les préserver, les pêcheurs ont drastiquement limités leurs prélèvements, et soutiennent toutes les mesures en leur faveur.

Or, que se passe-t-il entre ces espèces sensibles et les oiseaux piscivores, qui le sont moins ?

Truites et ombres se maintiennent difficilement sur les petits cours d’eau, et restent extrêmement sensibles à la moindre perturbation. Les harles, en revanche, sont nombreux et recherchent des territoires de nidification sur l’Allondon et la Versoix car ceux qui sont sur le Léman ou le Rhône sont tous occupés. Ils nichent sur place, élèvent les jeunes, et quittent le cours d’eau lorsque celui-ci n’est plus rentable pour la pêche, c’est à dire lorsqu’il n’y a plus rien à prendre ! La situation est identique pour les grands cormorans, à ceci près que les effectifs ont carrément explosé.

La conclusion que l’on doit tirer de cet état de fait est donc assez simple :

Les oiseaux piscivores sont parfaitement à leur place sur le Rhône et le lac Léman.

Sur les autres cours d’eau du canton, tels l’Arve, l’Allondon ou la Versoix, leur présence serait bienvenue si les populations d’ombres et de truites étaient celles d’il y a trente ans. A l’heure actuelle, nos écosystèmes humanisés ne fonctionnent plus comme par le passé et il faut faire des choix : accepter la présence des certaines espèces ici et la refuser ailleurs, pour en favoriser d’autres.

La protection totale des oiseaux piscivores revient donc à nier la nécessité de gérer la nature, et resterait possible si les humains n’avaient pas décidé de s’établir et de prospérer ici. Gérer les espèces est une conséquence de notre succès. Il n’y a pas de tragédie là dedans, ni réflexe préhistorique à vouloir l’assumer.

C.Ebener

 

11/05/2015

Parler pêche, à quoi bon?

pêche,nature,environnement,politique

Dans l’imaginaire collectif, les pêcheurs sont des gens sympathiques, qui passent leur temps au bord de l’eau dans le calme et la quiétude.  La première assertion, tout le monde en conviendra, est véridique. La seconde, en revanche, est doublement fausse.

D’une part, la pêche de loisir est une activité dans laquelle les pêcheurs se confrontent à des émotions intenses et uniques, qui vont de la déprime profonde, mais de courte durée, à l’euphorie la plus extrême. (Pour en savoir plus sur ces torrents d’émotion, voir le livre de Jacques-Etienne Bovard : « la pêche à rôder », éditions Campiche.)

 D’autre part, la présence des pêcheurs le long des cours d’eau genevois n’est pas la conséquence d’une désinvolte contemplation de la nature, mais la résultante d’un intense et continu travail pour que l’exercice de la pêche et les conditions d’existence des poissons soient maintenus, voire améliorés. Les sociétés de pêche travaillent ainsi d’arrache pied pour que l’accès aux cours d’eau reste possible et pour que la qualité de nos cours d’eau progresse. Les pêcheurs ne comptent aussi pas leurs efforts pour que l’habitat des poissons soit maintenu, ou pour que la pression des oiseaux piscivores soit compatible avec la survie des poissons les plus fragiles. Ils passent des nuits blanches pour que les poissons puissent circuler librement le long de nos rivières, et rêvent d’un Rhône sans barrage et sans éclusées.

 Dans un canton aussi fortement urbanisé que Genève, dans lequel tous les cours d’eau, à l’exception d’un seul (la Seymaz),  reçoivent leur eau d’un canton ou d’un pays frontalier, le maintient d’une pêche de loisir de qualité est  donc souvent difficile, et les pêcheurs sont parfois proche de la crise de nerf !

Les textes que j’ai l’intention de publier ici ont pour unique objectif de rendre visibles les multiples difficultés auxquels sont confrontés les pêcheurs lorsqu'ils travaillent pour que subsistent dans nos cours d’eau des poissons inféodés aux eaux limpides et claires. L’enjeux est de taille : agir pour que développement économique et environnement de qualité ne soient pas incompatibles.

 C.Ebener