13/03/2018

Faut-il assainir ou enterrer l'Aire ?

Capture d’écran 2018-03-13 à 08.22.53.png

 Dans un rapport qu’il vient de publier, le service de l’écologie de l’eau (SECOE) du canton de Genève présente, de manière exhaustive et détaillée, une étude de la qualité de l’Aire, cours d’eau renaturé à coup de dizaines de millions, dont les rives ont été spécialement aménagées pour attirer les promeneurs et la biodiversité locale.

Et bien, le moins qu’on puisse dire, c’est que, les uns comme les autres, ils ont du mérite de fréquenter ce cours d’eau! A ce niveau là, c’est presque de l’inconscience !

Car, dans tous les domaines, les indicateurs sont au rouge !

Capture d’écran 2018-03-13 à 08.42.22.png

Du roundup, il y en a partout, à haute dose. Des phosphates, des nitrates, à des concentrations qu’on ne voit plus ailleurs depuis une décennie. Des métaux lourds, cuivre et zinc, en veux-tu en voilà. Et puis, des résidus médicamenteux, des anticorrosifs, et des bactéries fécales, autant que vous voulez, témoins que là haut, une partie des égouts se déverse directement dans la rivière !

Avec des conditions environnementales aussi désastreuses, la vie aquatique est décimée. Ne subsistent plus que les poissons, insectes ou algues les plus résistants, ou ceux, les plus chanceux, qui peuvent mettre leur métabolisme au ralenti en été, période durant laquelle la qualité de l’eau est la plus mauvaise.

Avant que le dernier tronçon de ce cours d'eau ne soit remis à ciel ouvert, en pleine ville, dans le cadre du projet Praille-Acacias-Vernets, il serait peut-être temps de rendre l’Aire compatible avec les exigences de nous autres, humains.

Car des moyens d’agir, il y en a ! On sait depuis des années que le réseau des eaux usées de Saint Julien est poreux, et se déverse dans la rivière. Pourquoi n’a-t-on pas traversé la frontière, pour mettre ce thème en haut de la pile des dossiers urgents ?

Et que dire des pollutions d’origine agricole ? Il faut refuser de s’y habituer ! Les progrès réalisés dans le canton montrent d’ailleurs que des mesures efficaces peuvent être mises en œuvre.

Le problème, c’est que tout le monde, du Conseil d’Etat à la Commission de l’environnement et de l’agriculture du Grand Conseil, a autre chose à faire.

Les mêmes élus produisant les mêmes effets, il n’y a aucune raison que la situation s’améliore à l’avenir.

Alors, l’Aire, on la raie de la carte, ou on bouge enfin ?

 

Christophe Ebener

02/03/2018

Malgré l’idolâtrie du renouvelable, venez signer la pétition des pêcheurs genevois !

truite-lacustre-1800x1200.jpg

C’est une nouvelle religion, ou quoi ? A chaque fois que le mot est prononcé, il n’est plus permis d’émettre la moindre critique. Il faut croire que l’énergie, lorsqu’elle est renouvelable, est forcément pure et parée des meilleures intentions.

Même lorsqu’elle démolit les 25 kilomètres de rives du Rhône genevois, et qu’elle confine les milliers de baigneurs du canton aux quelques pontons de la Jonction.

Pourquoi ne faudrait-il pas la remettre en cause, cette énergie renouvelable, lorsqu’elle fait du Rhône un si triste émissaire du Léman, pourtant riche et productif ?

Renouvelable ou pas, l’énergie est produite par des grands groupes industriels, qui obéissent à des contraintes économiques et politiques, et à ce titre, elle mérite que les citoyens la considèrent avec un œil critique. Par exemple, les variations rapides et imprévisibles du débit du Rhône, déclenchées par le barrage du Seujet, ne permettent pas de produire plus de courant électrique. Elles visent simplement à produire ce courant au moment où la rentabilité économique est la plus élevée !

Pour quelques millions chaque année, les genevois sont donc sensés faire de leur fleuve une vue de l’esprit, sans espoir de pouvoir y aménager un jour des plages ou des buvettes. Combien de fois avez-vous plongés vos pieds dans l’eau fraîche du Rhône, en dehors de l’espace minuscule de la Jonction ? Probablement jamais.

Combien de frayères de truites lacustres avez-vous compté cet automne ? De zones annexes propices à nos oiseaux ou à nos batraciens ? Elles se comptent sur les doigts de la main, car un fleuve qui voit chaque jour son débit passer du simple au quintuple n’est pas un fleuve favorable à la diversité biologique.

De cette situation, les pêcheurs ont assez. Pas fous, ils ne s’opposent pas à l’énergie hydroélectrique en tant que telle, mais seulement à la manière brutale dont celle-ci est produite par les Services Industriels de Genève Parce que quelques dixièmes de pourcent de leur chiffre d’affaire ne justifient pas qu’on fasse du Rhône genevois un canal escarpé, dont ni la nature ni les humains ne peuvent profiter.

Ils ont donc lancé une pétition, qui demande l’arrêt des éclusées du Rhône.

Amis de la nature et de la baignade, il est temps de la signer sur monrhone.ch!

 

Christophe Ebener

 

 

22/02/2018

Les valaisans aiment leur Rhône ! Et vous?

lit-du-rhône.jpg

Sans aide à la réalisation de l’Office fédéral de la culture, c’est le genre de film qui n’aurait jamais dû voir le jour.

Il parle du Rhône, de ceux qui l’aiment ou le craignent. On y voit certains espérer le retour des truites, tandis que d’autres, se souvenant de ce qu’est un fleuve sauvage, redoutent de le voir ronger à nouveau leurs terres. Avec respect et sans jugement de valeurs, la réalisatrice Mélanie Pitteloud les a tous écoutés, en un récit passionnant qui donne envie d’aller au bord de l’eau.

Grâce à la RTS, à Cinéforom, au canton du Valais et à ses multiples communes, fondations et associations, « Dans le lit du Rhône » a finalement pu être réalisé. En quelques semaines, il a fait, dans son canton d’origine, puis en Romandie, des milliers d’entrées.

Ce mercredi 28 février, à 20h45, le film sera projeté dans la grande salle du cinéma Bio, à Carouge. Une occasion unique de montrer notre attachement à ce cours d’eau, et d’en parler ensuite avec quelques uns, dont le soussigné, qui aiment s’exprimer en son nom.

Le bon moment, aussi, pour signer la pétition que la Fédération Genevoise des Sociétés de Pêche s’apprête à lancer pour sauver ce fleuve.

 

Christophe Ebener

 

24/01/2018

Bien plus qu’un luxe, la truite lacustre

truite15.jpg

Comme tout produit de luxe qui se respecte, elle coûte cher, la truite lacustre. Pour qu’elle subsiste, il faut en effet que sautent les obstacles qui jonchent nos cours d’eau, car ils s’opposent à son cycle biologique. Il faut ensuite lui offrir des rivières aux eaux limpides, pour que ses œufs puissent se développer, et ses alevins grandir un peu, avant leur départ pour le Léman. 

Et puis, pour la pêcher, il faut prendre son temps. Préparer le bateau et des dizaines de lignes, trainer ensuite au ralenti ces dernières juste sous les vagues, là ou les lacustres sont en chasse en ce mois de janvier. Et ensuite, travailler. Car à chaque fois qu’un de ces saumons prend à une ligne, c’est toujours, bon sang, celle qui est à l’extérieur ! Il faut donc enlever toutes celles qui la précèdent, elles sont vides, avant de ramener celle qui a ferré le poisson. Ensuite, tout remettre à l’eau, et on recommence.

Enfin, il y a le poisson proprement dit. Massif, argenté, des nageoires surdimensionnées.

Dans la cuisine, la chair se révèle dans toute sa splendeur. Contrairement aux truites ou au saumons d’élevage, dont la chair grasse est artificiellement rosée à l’astaxanthine, celle des truites lacustres est tendue par les muscles et orange vif. Summum de la bienséance, les truites lacustres que j’ai pu voir ces derniers jours avaient l’estomac rempli…de perches!

Poisson mythique du Léman et de ses affluents, la truite lacustre a pourtant disparu de son émissaire, le Rhône. La faute, une fois de plus, au barrage du Seujet, qui verrouille la sortie du lac et modifie chaque jour le débit du fleuve.

Après tous les efforts consentis, des centaines de millions dépensés pour améliorer la qualité de l’eau du lac et renaturer nos cours d’eau, il est temps que l’Etat s’engage, le coût ne sera pas élevé, afin que le fleuve autour duquel s’est construite notre ville soit compatible avec la survie de ce poisson hors du commun.

Car plus qu’un produit de luxe, la truite lacustre est un poisson pilote pour les sociétés humaines. Là où elle prospère, les humains vivent mieux ! Un jour peut-être, vous vous baignerez, à la bernoise, sur les kilomètres d’un Rhône genevois renaturé et libéré des éclusées. Ce jour là, assurément, les truites lacustres vous accompagneront.

Ça vaut la peine d’essayer, non ?

 

Christophe Ebener

17/01/2018

Ça, c'est la pêche genevoise...

Rhône.png

Les chiffres des captures de poissons par la pêche de loisir dans le canton de Genève sont enfin connus pour l’année 2016. Et ils font mal. Jugez plutôt, et tenez vous bien !

Sur le Rhône, cours d’eau principal du canton, il s’est capturé moins d’une truite par année et par pêcheur ! Et pourtant, chaque pêcheur du Rhône y est allé en moyenne 15 fois…En cette année 2016 de vidange du Rhône, le nombre total de truites capturées a même été divisé par 3 par rapport à l’année précédente ! Et ces chiffres catastrophiques ne concernent pas seulement les truites, puisque les captures de perches et de brochets ont elles aussi chuté dramatiquement. Une démonstration navrante que les autorités politiques et les services industriels de Genève, malgré l’autosatisfaction dont ils font preuve, sont toujours incapables de gérer ce fleuve sur des bases compatibles avec la vie aquatique, la protection des animaux et la conservation des espèces.

Sur l’Arve, rivière exceptionnelle pour la pêche de loisir il y a quelques dizaines d’années, le résultat n’est guère meilleur, puisque les pêcheurs y capturent, en une année, à peine à deux truites chacun. Et encore, il leur faut en moyenne plus de 10 sorties pour y parvenir ! Quand aux ombres de rivière, si particuliers sur ce cours d d’eau, et autrefois si abondants, il ne s’en capture pas depuis des années…

Arve.png

Sur la Versoix, moins de 100 truites sont capturées en moyenne chaque année, ce qui représente 0,5 truite par an et par pêcheur. Et pourtant, il y a moins de 30 ans, le mythique retraité à la pipe qui m’a appris à pêcher à la mouche capturait, à lui tout seul, et en mouche sèche s’il vous plaît, la technique de pêche la moins rentable au monde, plus de 100 truites chaque année !

Pour ce qui concerne l’Allondon, les chiffres sont proches du néant, mais ils avaient déjà été précédés par des pêches scientifiques désastreuses.

Sur les petits cours d’eau comme l’Aire ou la Seymaz, les poissons capturés sont probablement tous issus du repeuplement. Sans ces derniers, les pêcheurs en auraient désertés les rives depuis longtemps.

Evidemment, la pêche de loisir dans le canton ne s’arrête pas seulement à ces chiffres déprimants. Il y a la joie des petites victoires, comme la prochaine renaturation du Nant de Pralie, qui devrait offrir quelques dizaines de frayères supplémentaires à l’Allondon. Ou la timide satisfaction de constater, qu'après des années de lutte,  l’administration reconnaît enfin que l’état de sécheresse quasi permanent de nos rivières n’est pas uniquement provoqué par le manque de pluie, mais aussi par des captages d’eau très importants en France voisine.

Seulement voilà, face à l’absence d’améliorations concrètes sur le terrain, c’est la colère qui l’emporte en ce moment.

 

Christophe Ebener

14/12/2017

Eclusées du Rhône : et la souffrance animale dans tout ça ?

octobre.jpg

Depuis des années, il n’est plus possible de créer des parcours de pêche « no kill » en Suisse (des parcours où les pêcheurs doivent relâcher la totalité des poissons qu’ils capturent), alors même qu’ils sont très efficaces pour préserver durablement les ressources piscicoles, parce qu’une ordonnance fédérale l’interdit au motif qu’ils sont incompatibles avec la protection des animaux. Soit.

Quand un oiseau piscivore est tiré dans le canton, c’est à dire moins d’une fois par an, ma boîte e-mail déborde de messages appelant à interdire la pêche de loisir et à ne pas tuer d’animaux sauvages. Soit.

Par contre, à chaque fois que je me ballade au bord du Rhône, et que j’y trouve des poissons échoués sur la terre ferme, morts asphyxiés, c’est l'indifférence et le silence qui me frappent ! Ces poissons ne sont pourtant pas mort naturellement. Ils sont là parce que le niveau du Rhône a baissé tellement vite que les poissons sont restés sur place, cherchant refuge dans les quelques flaques qui ont fini, elles aussi, par disparaître.

Comme cette mécanique infernale, qui fait du débit du Rhône un yo-yo passant de 50 à 550 mètres cubes par seconde, se déclenche quotidiennement, ce ne sont pas quelques centaines de poissons qui sont concernés, mais des milliers, voir des dizaines de milliers.

Amis des animaux et de leur protection, il serait temps que vous me donniez un coup de main pour que cessent ces éclusées, non ?

Christophe Ebener

 

IMG_0045.jpg

11/12/2017

Un oiseau est mort. Ne tirez pas sur les pêcheurs!

obre-mig.jpg

D’accord, un bel oiseau noir a été tiré par les gardes de l’environnement sur l’Arve.

C’est vrai, il a été tiré parce qu’il vivait normalement sa vie de cormoran, en pêchant là où la pêche est rentable. Et comme ses congénères, il aurait quitté les lieux lorsque le rendement de la pêche allait baisser, c’est à dire lorsqu’il n’y a plus grand chose à prendre.

Avant cet instant, le dilemme. Certains estiment qu’il se serait nourri des poissons les plus abondants. D’autres, dont les pêcheurs, se demandent bien quels poissons sont abondants dans l’Arve, et indiquent que les seuls poissons qu’ils observent sur ces zones de pêche sont des jeunes ombres de rivière, espèce autrefois répandue, mais aujourd’hui menacée partout en Suisse.

Peut-être qu’un jour, une analyse des contenus stomacaux viendra donner raison aux uns, et tort aux autres.

En attendant, la réalité sur le terrain est que cette population d’ombres genevois, bien différente des autres sur le plan génétique, est tellement clairsemée que toutes les mesures de conservation sont importantes, même le tir de quelques oiseaux piscivores. Et qu’on ne vienne pas me dire que les pêcheurs participent eux aussi à l’appauvrissement des ressources de ce cours d’eau : les statistiques des captures des ombres sont nulles, et archi nulles, depuis plus d’une décennie !

Bien sûr, le tir de quelques oiseaux ne fera pas de l’Arve la rivière exceptionnelle qu’elle était il y a un demi-siècle. Mais il permettra, peut-être, à quelques poissons supplémentaires de pondre des œufs le printemps prochain, ce qui n’est pas rien.

Le temps, et croyez bien que les pêcheurs y engagent toutes leurs ressources, que cette rivière emblématique du canton retrouve une morphologie et une qualité compatible avec l’essor de ce poisson magnifique, si bien adapté à ce cours d’eau.

Christophe Ebener

20/11/2017

Nature de demain : tout reste à inventer !

Capture d’écran 2017-11-20 à 22.39.21.png

Le travail est, semble-t-il, terminé. Le département de l’environnement, des transports et de l'agriculture a divisé par deux le nombre de collaborateurs du service de la renaturation des cours d’eau, et laisse maintenant les millions s’accumuler sur le fond qui la finance.

A croire que, une fois les premiers baigneurs de la plage Cramer arrivés, il n’y aura plus de béton à démolir, de rives à aménager, ou de nature à construire.

A quelques pas de la direction générale du département, des kilomètres de rives rectilignes et d’eau fraîche inaccessible n’attendent pourtant qu’une vision politique pour s’offrir aux genevois et à la nature.

Des terrasses aux embruns glacés, des bisses serpentant entre des aires de jeux, des baignades à la bernoise, des poissons au centre ville, ou encore des zones inondables pour les ornithos et les herpétologues, tout cela est sous leurs yeux, possible, réalisable, finançable.

Une telle avancée pour la nature et les citadins de ce canton ne dépend même pas d’une idéologie politique ou d’un parti. Elle ne tient qu’à l’abandon pur et simple d’une frontière imaginaire. Celle que nos décideurs ont artificiellement tracée entre la nature et la culture, et qu’ils ont maintenant la plus grande peine à faire disparaître de leur tête.

Et pourtant ! La nature a sa place dans nos villes, et certains milieux naturels de nos campagnes mériteraient d’être transformés pour optimiser leur capacité à accueillir la diversité biologique et les citadins.

Un tel renversement de tendance, où tout est à faire et où rien n’est terminé, nécessitera, on s’en doute, de se libérer des chaînes qui ont lourdement contribué à maintenir le statu quo et l’inaction de ces dernières années, voir à proclamer qu’en termes de nature, tout a été fait.

Je proposerai donc ces prochaines semaines quelques textes qui nous inciterons, du moins je l’espère, à réfléchir plus librement à la nature de demain.

 

Christophe Ebener