Environnement

  • Cessons de juger les espèces sur leur origine !

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    En 2011, ce ne sont pas des clowns, ni des pêcheurs amateurs pervertis par leur passion, mais bien une vingtaine d’écologues de haut vol qui appelait, dans la revue Nature, les conservateurs et les gestionnaires de la nature à évaluer les organismes en fonction de leurs impacts environnementaux plutôt que sur le fait qu’ils soient indigènes ou non.

    Comme quasiment rien n’a changé depuis, je vous propose une traduction de ce texte (l'original se trouve ici), histoire d’ouvrir un peu le jeu démocratique, pour l’instant complètement verrouillé à l'échelle nationale, en particulier en matière de pêche, par l’idéologie conservatrice que ce texte appelle à dépasser.

    Les conservateurs de la nature devraient évaluer les organismes en fonction de leurs impacts environnementaux plutôt que sur le fait qu’ils soient indigènes ou non, estiment Mark Davis et 18 autres écologues.

    Ces dernières décennies, les espèces « non-indigènes » ont été dénigrées parce qu’elles favorisaient l’extinction des espèces « indigènes », et plus généralement, parce qu’elles polluaient  l’environnement « naturel ». Intentionnellement ou pas, de telles qualifications ont créé un jugement de valeur omniprésent à l’encontre des espèces étrangères, colporté aussi bien par le public, les conservateurs de la nature, les gestionnaires et les décideurs politiques que par de nombreux scientifiques dans le monde.

    "Il vaudrait mieux offrir à la conservation et à la gestion des espèces une perspective beaucoup plus dynamique et pragmatique, bien mieux adaptée à notre planète en rapide transformation."

     

    De nos jours, cette dichotomie entre espèces indigènes et étrangères est progressivement remise en cause, et est même jugée contreproductive (1). Pourtant, de nombreux conservateurs de la nature la considèrent toujours comme l’une des pierres angulaires de leur action (2). Aujourd’hui, il vaudrait mieux reconnaître que les écosystèmes ont définitivement changé au regard de ce qu’ils étaient par le passé, en raison, notamment, des changements climatiques, de l’eutrophisation, de l’urbanisation, et des différents usages que nous faisons de nos territoires. Il est temps pour les scientifiques, les gestionnaires et les décideurs politiques, d’abandonner cette préoccupation sur la nature exotique ou indigène des espèces, et d’offrir à la conservation et à la gestion des espèces une perspective beaucoup plus dynamique et pragmatique, bien mieux adaptée à notre planète en rapide transformation.

    "Les défenseurs de la biodiversité et de la restauration écologique utilisent des métaphores militaires et des affirmations largement exagérées pour propager le message que les espèces introduites sont les ennemies de la nature et des humains."

     

    Le concept d’espèce indigène a été pour la première fois énoncé par le botaniste anglais John Henslow en 1835. Dix ans plus tard, les botanistes adoptaient ce concept pour déterminer quelles plantes devaient composer la « vraie flore anglaise » (3). Durant le siècle suivant, de nombreux botanistes et quelques zoologues étudièrent les espèces introduites, sans savoir toutefois qu’ils n’étaient pas seuls à faire ce travail. Lorsque l’écologue anglais Charles Elton écrivit en 1958 son fameux livre « L’écologie des invasions par les animaux et les plantes », 40 autres scientifiques avaient déjà publiés des descriptions d’espèces exotiques, mais aucun consensus n’existait sur la nécessité ou non d’intervenir sur ces espèces. Ce n’est que vers 1990 que la biologie des invasions devint une discipline à part entière. Depuis, en partie inspirés par le livre d’Elton, les défenseurs de la biodiversité et de la restauration écologique utilisent des métaphores militaires et des affirmations largement exagérées pour propager le message que les espèces introduites sont les ennemies de la nature et des humains.

    "Un pas important sera atteint lorsque les scientifiques et les professionnels de la biodiversité communiqueront sur le fait que de nombreuses espèces exotiques sont utiles."

     

    Assurément, certaines espèces introduites ont provoqué des extinctions et menacé d’importants services écosystémiques, tels l’approvisionnement en eau potable ou les ressources en bois. A Hawaii, par exemple, la malaria aviaire, probablement introduite au début du XX siècle lorsque les colons européens amenèrent leurs oiseaux chanteurs ou servant de gibier, a fait disparaître plus de la moitié des espèces d’oiseaux endémiques de l’île. La moule zebrée, (dreissena polymorpha), originaire des lacs du sud-est de la Russie et accidentellement introduite en Amérique du Nord à la fin des années 1980, a coûté à l’industrie américaine de l’eau et de l’énergie des centaines de millions de dollars de dommages en obstruant les conduites d’eau.

     

    Pourtant, la plupart des affirmations qui construisent cette perception selon laquelle les espèces introduites sont une menace apocalyptique pour la biodiversité ne sont pas soutenues par des données fiables. Un article de 1998 (4) concluait par exemple que les invasions biologiques représentent la seconde menace pour la biodiversité, après la destruction de l’habitat. Or, comme l’avaient d’ailleurs prudemment annoncé les auteurs de cet article, très peu d’arguments utilisés pour défendre ce point de vue sont basés sur des faits réels. En réalité, des études récentes suggèrent que les envahisseurs ne sont pas un facteur d’extinction pour les autres espèces dans la plupart des milieux, à l’exception des prédateurs et des pathogènes dans les lacs et les îles (5). En fait, l’introduction d’espèces non indigènes a presque toujours augmenté le nombre d’espèces d’une région donnée. Les effets des espèces non indigènes pourraient cependant varier avec le temps, et des espèces qui ne posent pas de problème aujourd’hui pourraient le faire dans le futur. Mais ceci est vrai également avec les espèces indigènes, lorsque l’environnement est en rapide transformation par exemple. Un biais biologique : Le fait d’être indigène, pour une espèce biologique, n’est pas la marque d’une valeur adaptative particulière, ni la garantie qu’elle produise des effets positifs. Un insecte, suspecté de tuer plus d’arbres que quiconque en Amérique du Nord, est ainsi un petit coléoptère (Dendroctonus ponderosae) parfaitement indigène.

     

    Catégoriser la faune et la flore selon qu’elle s’accorde à des critères culturels tels que l’appartenance, la citoyenneté, le fair-play et la moralité n’améliore pas notre compréhension de l’écologie. Ces dernières décennies, cette manière de faire a pourtant mené de nombreux programme de conservation et de renaturation dans des travers qui n’avaient que peu de sens écologique ou économique.

     

     

    L’effort consenti pour éradiquer la plante Martynia annua, originaire du Mexique et introduite en Australie au XIX siècle pour les besoins de l’horticulture en est un exemple frappant. Durant les 20 dernières années, le service australien des parcs et de la nature, aidé par des centaines de volontaires, a manuellement déterré ces plantes sur 60 km de rives de ruisseaux dans le Parc National Gregory. Aujourd’hui, la plante est toujours présente dans le parc, et est même abondante dans les régions adjacentes. Cela en valait-il donc la peine ? Il n’y a en effet pas d’évidence que cette espèce méritait un tel investissement, car sa présence ne change pas fondamentalement les caractéristiques de son environnement, comme la réduction de la biodiversité, ou l’altération du cycle des nutriments (6). Un autre exemple, aux Etats-Unis cette fois, est celui des tentatives d’éradication des Tamaris (Tamarix spp), arbustes introduits depuis le continent Eurasien et l’Afrique au XIX siècle. Ces plantes, résistantes à la sécheresse, au sel et à l’érosion, avaient été à l’origine introduites pour leur aspect ornemental, puis pour leur capacité à fournir de l’ombre aux fermiers dans les régions semi-désertiques. En 1930, lorsque les réserves en eau de l’est de l’Arizona, du centre du Nouveau Mexique et de l’ouest du Texas devinrent de plus en plus faibles, ces plantes furent accusées de s’approprier toute l’eau disponible. Plus tard, durant la seconde guerre mondiale, elles furent jugées invasives. Un vaste programme d’éradication de ces plantes fut mis sur pied, et dura 70 ans, à grand renfort d’herbicides, de bulldozers et de broyeuses (7).

     

     

    De nouvelles lignes directrices Depuis, les écologues ont découvert que les tamaris utilisent l’eau à un taux comparable à celui de leurs contreparties indigènes (8). Elles sont maintenant devenues les plantes préférées d’un oiseau menacé (Empidonax traillii extimus), qui y fait son nid.

     

     

    Les tamaris, qui survivent à des conditions hydrologiques qui tueraient nombre de plantes indigènes, jouent un rôle crucial dans le maintien des fonction écologiques de nombreuses rives de cours d’eau modifiés par les humains (9). Malgré cela, entre 2005 et 2009, le congrès a encore dépensé 80 millions de dollars pour financer la poursuite de ces programmes d’éradication. Alors, sur quoi baser les politiques de restauration et de conservation à partir du moment où l’opposition entre exotique et indigène est abandonnée ? La plupart des communautés humaines et naturelles sont constituées d’anciens résidents et de nouveau arrivants, et les écosystèmes qu’ils constituent n’ont jamais existé auparavant. Il est irréaliste de vouloir faire revenir ces écosystèmes à un état du passé qui serait plus légitime. Ainsi, sur les 30 programmes d’éradication de plantes engagés sur les îles Galapagos depuis 1996, seuls 4 ont été couronné de succès. Nous devons donc accepter la réalité d’écosystèmes nouveaux, et intégrer les espèces étrangères dans les processus de gestion, plutôt que de tenter, le plus souvent sans y arriver, de les éradiquer, ou de réduire drastiquement leur abondance. Par ailleurs, de nombreuses espèces que la population estime aujourd’hui comme indigènes ont en réalité une origine étrangère. Par exemple, aux Etats-Unis, le Faisan de Colchide, pourtant oiseau officiel de l’Etat du Dakota du Sud, n’est pas originaire des grandes plaines du Nord des Etats-Unis, mais a été introduit depuis l’Asie comme oiseau de chasse au XIX siècle.

     

     

    La politique et la gestion de la nature devraient de plus prendre en compte les effets positifs d’un grand nombre d’envahisseurs. Durant les années 90, le département américain de l’agriculture déclara que certaines espèces étrangères de chèvrefeuille étaient nuisibles, et interdit leur vente dans 25 Etats. Ironiquement, de 1960 à 1980, ce même département avait introduit plusieurs de ces espèces dans des projets de mise en valeur des terres, de manière à augmenter l’attractivité de ces dernières pour les oiseaux. Des études récentes tendent à montrer que les premières décisions étaient finalement appropriées. En Pennsylvanie, l’augmentation du nombre de chèvrefeuilles exotiques se traduit en effet par une augmentation du nombre d’oiseaux indigènes. De même, la dispersion des graines des espèces indigènes est plus importantes là où les espèces exotiques sont les plus abondantes (10).

    "Il est temps pour les conservateurs de la nature de se concentrer beaucoup plus sur les fonctions des espèces et beaucoup moins sur leur origine."

     

    A l’évidence, les gestionnaires privés ou publics devraient à l’avenir baser leur modèle de gestion sur des réalités de terrain et pas sur les craintes infondées véhiculées par les espèces étrangères. Un pas important sera atteint lorsque les scientifiques et les professionnels de la biodiversité communiqueront sur le fait que de nombreuses espèces exotiques sont utiles. Nous ne disons pas que les conservateurs de la nature doivent cesser leurs efforts en vue de résoudre les problèmes posés par certaines espèces introduites, ou que les gouvernements doivent arrêter de vouloir empêcher certaines espèces potentiellement néfastes d’entrer sur leur territoire. Nous pressons les conservateurs de la nature et les gestionnaires à fixer leurs priorités en fonction des effets positifs ou négatifs que les espèces peuvent avoir sur la biodiversité, la santé humaine, les services écologiques ou économiques. Quasiment deux siècles après l’introduction du concept d’espèce « indigène », il est temps pour les conservateurs de la nature de se concentrer beaucoup plus sur les fonctions des espèces et beaucoup moins sur leur origine.  

     

     

    Mark A. Davis is DeWitt Wallace professor of biology at Macalester College, St Paul, Minnesota, USA. Matthew K. Chew, Richard J. Hobbs, Ariel E. Lugo, John J. Ewel, Geerat J. Vermeij, James H. Brown, Michael L. Rosenzweig, Mark R. Gardener, ScottP.Carroll,KenThompson, Steward T. A. Pickett, Juliet C. Stromberg, Peter Del Tredici, Katharine N. Suding, Joan G. Ehrenfeld, J. Philip Grime, Joseph Mascaro, John C. Briggs.

     

    Traduction approximative: C.Ebener

    (1) Carroll,S.P.Evol.Appl.4,184–199(2011).

    (2) Fleishman,E.etal.Bioscience 61,290–300(2011).

    (3) Chew,M.K.&Hamilton,A.L.in Fifty Years of Invasion Ecology (ed Richardson, D. M.) 35–47(Wiley-Blackwell, 2011).

    (
4) Wilcove,D.S.,Rothstein,D.,Dubow,J.,Phillips,A. & Losos, E. BioScience 48, 607–615 (1998).

    (
5)  Davis,M.A.InvasionBiology(OxfordUniv.Press, 2009).

    (
6) Gardener, M. R., Cordell, S., Anderson, M. & Tunnicliffe, R. D. Rangeland J. 32, 407–417 (2010).

    (7) Chew,M.K.J.Hist.Biol.42,231–266(2009).


    (8) Stromberg, J. C., Chew, M. K., Nagler, P. L. &Glenn, E. P. Rest. Ecol. 17, 177–186 (2009).

    (
9) Aukema,J.E.etal.Bioscience60,886–897(2010).

    (10) Gleditsch, J. M. & Carlo, T. J. Diversity Distrib. 17, 244–253 (2010).

    Pour en savoir plus:

    - Radu Cornel Guiasu, "Non-native Species and Their Role in the Environment, The Need for a Broader Perspective", Brill Edition, 2016.
     
    - Alexandra Liarsou,"Biodiversité-Entre nature et culture", Ed Sang de la Terre, 2013.  
     
    - Lévêque Christian, Van Der Leeuv Sander, Quelles natures voulons-nous ? Pour une approche socio-écologique du champ de l'environnement, Ed Elsevier Masson, 2004.
  • Vive la nature, et à bas la biodiversité!

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    Des milliers d'heures de travail, des centaines de séances, et au final, un refus cinglant des communes concernées. L'échec, coup sur coup, des projet en faveur de la création d'un nouveau parc national en Suisse est mortifiant pour tous les avocats autoproclamés de la biodiversité en péril. Les raisons de ces déculottées en série reposent non pas sur un désintérêt congénitale des collectivités locales pour l'environnement, mais sur l'incapacité des conservateurs de la nature à remettre en cause leurs certitudes au sein d'un réel processus démocratique!

     

    La nature, chacun sait ce que c’est, et pourtant, elle ne fait l’objet d’aucune définition consensuelle. Vous et moi l’interprétons de manière différente selon notre histoire, notre culture et nos attentes.

    Depuis plus d’une décennie, la nature a pourtant disparu des débats publics, au profit de la biodiversité. Ce concept, censé mesurer de manière objective et quantifiable la qualité des systèmes écologiques, ne considère pas la dimension sociale et émotionnelle des rapports de l’homme à la nature. Devenue biodiversité, la nature n’est donc plus qu’un objet d’étude, et pour être autorisé à en parler, il faut en maîtriser le vocabulaire et les concepts.

    La biodiversité est aussi une construction sociale

    Sous son apparente objectivité, le discours dominant sur la biodiversité est néanmoins truffé de références culturelles écocentrées et d’idées reçues !

    Par exemple, l’idée que sans les humains, les écosystèmes sont dans un état d’équilibre, alors qu’en réalité ils se transforment en permanence à des vitesses variables.

    Ou encore, que le passé est le mètre-étalon de la biodiversité. Cette idée, fortement imprégnée de valeurs créationnistes, fait de la nature pré-humaine une entité sacralisée, quasiment parfaite, tandis que celle qui nous accompagne est forcément pervertie. La biodiversité a cependant toujours été en mouvement, et n’a jamais suivi de direction préférentielle ! Elle est le produit du hasard, des contingences historiques et, depuis quelques millénaires, des activités humaines. Elle n’a, de ce fait, jamais connu un état de référence meilleur qu’un autre. De multiples catastrophes ont parsemé son histoire, certaines étant même à l’origine de la lignée qui a donnée naissance aux humains.

    Et il y a, aussi, son obsession à considérer les espèces exotiques comme une menace pour la fonctionnalité des écosystèmes, alors que la revue Nature, en juin 2011 déjà, appelait les biologistes de la conservation à inventer moins d’histoires farfelues, et à regarder sous un angle plus scientifique le rôle des espèces exotiques !

    Un hold up démocratique et contre-productif

    La substitution du débat sur la nature par celui sur la biodiversité s’est donc soldé par la construction, via des experts autoproclamés, d’un discours tragiquement réducteur, imprégné de normes sociales et de préférences personnelles, alors qu’il est présenté comme issu de l’évidence scientifique et non négociable !

    Pire, en retirant aux citoyens la compétence de s’exprimer sur la nature qu’ils aiment, le discours actuel sur la biodiversité aggrave la crise écologique, comme l'attestent les deux projets de parcs nationaux, refusés en votation populaire par les communes concernées.

    Il est donc temps de redonner la parole aux gens. Que l’on regarde chaque mètre carré de sol, de jardin ou de forêt, et chaque remous de ruisseau ou de fleuve, pour l’attachement et l'émotion qu’il suscite !

    A ces conditions uniquement, nous préserverons les conditions cadres du monde vivant, pour nous offrir la chance unique de choisir dans quelle nature nous voulons vivre demain.

    Seule certitude, elle sera différente de celle d’aujourd’hui.

    Quant à savoir si elle sera belle ou non, c’est à nous d’en décider !

     

    Christophe Ebener

  • Poissons européens: quand la nature n'aimait pas la biodiversité

     

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    Le nombre d'espèces de poissons qui peuplent les cours d'eau européens est très faible, pour des raisons tout à fait naturelles. Depuis plus de 2000 ans, les humains ont enrichi cette diversité originelle, et aujourd'hui, ces espèces introduites sont, pour la majorité, considérées comme indigènes...

    Ci-dessous, le premier volet d'une série de textes sur l'opposition ambigüe entre espèce indigène et exotique. Rédigé par Christian Levêque, biologiste et spécialiste des milieux aquatiques, il a été publié dans l'excellent journal de la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises.

     

    Si vous ne croyez pas à la génération spontanée, et si vous ne croyez pas non plus que Dieu a créé le monde il y a 7000 ans… alors vous devez vous poser cette question : d’où viennent nos poissons?

    Une chose est certaine, c’est que les peuplements aquatiques actuels ne sont que des instantanés du long film de l’évolution qui a vu nos climats, nos paysages et nos systèmes écologiques se modifier profondément. En consultant les travaux des climatologues, on apprend que le nord de l’Europe, à l’époque des mammouths, a été soumis à de nombreuses reprises à des cycles de glaciation. Lors du dernier événement, il y a environ 20 000 ans, les Alpes étaient sous les glaces de même que les iles britanniques. Dans les rivières de plaines souvent englacées, seules quelques espèces ont survécu à ces conditions extrêmes : le brochet, la brème commune, la vandoise, le chevaine, le gardon, le goujon, la perche et la loche franche. Si l’on remonte encore beaucoup plus loin dans le temps, il y a eu dans le bassin du Rhône des poissons tropicaux au temps des dinosaures. Les fossiles des lagunes tropicales de Cerin dans l’Ain, en témoignent !

     

    Bref, si pendant de courtes périodes on peut avoir une impression que rien ne bouge, c’est faux. Un limnologue américain, John Magnuson, parlait de « présent invisible » à propos des changements lents, dont on ne se rendait compte que sur de longues périodes d’observations. Le lac Léman, par exemple, enregistre depuis quelques décennies une lente augmentation de la température des eaux.
    Pour faire bref la faune d’eau douce nord-européenne a été décimée à diverses reprises au cours du dernier million d’années en raison de l’avancée des glaciers venus du pôle. C’est une faune fortement appauvrie si on la compare aux faunes tropicales. Les cours d’eau du sud de l’Europe (‘sud de l’Espagne, sud de l’Italie) ont été moins affectés que ceux du nord par ces épisodes glaciaires de telle sorte qu’une partie de la faune y a survécu.

    On admet généralement que le bassin du Danube a été la principale zone refuge pour la faune aquatique européenne au cours de cette période. Comment les espèces ont-elles recolonisé les zones libérées par les glaces depuis les refuges méridionaux ? Sachant qu’en théorie, un bassin versant est équivalent à une île et que des groupes taxonomiques comme les poissons, mollusques ou crustacés ne peuvent franchir les lignes de crête… Il faut donc qu’il y ait eu des communications entre bassins par le bais de captures de cours d’eau ou d’autres événements géologiques. C’est une possibilité.

     

    Une autre option est que certaines espèces ont été transportées, soit par des animaux ce qui est parait-il « naturel », soit par les hommes, ce que la vox populi qualifie alors d’impact de l’homme ! Pourtant on sait que la carpe a beaucoup voyagé depuis des millénaires pour alimenter les étangs de pisciculture, et de nombreuses autres espèces ont sans aucun doute profité des moyens de transports, notamment les Cyprinidés. Mais à l’époque on ne tenait pas de registre des transferts... Il n’en reste pas moins que la carpe est souvent considérée comme une espèce autochtone alors que de toute évidence ce n’est pas le cas.

    "Contrairement à des idées reçues, ces introductions n’ont pas entrainé la disparition des espèces autochtones"

     

    A partir du XIXe siècle les introductions se sont multipliées : poisson-chat, silure, perche-soleil, truite-arc-en-ciel, omble fontaine, black-bass, etc., ainsi que différents salmonidés originaire d’Amérique du nord qui ne semblent pas avoir réussi à se naturaliser. D’autres espèces seraient arrivées « naturellement » comme la grémille et le hotu, ainsi que le sandre. Quant au silure glane…. ? Ceci ne doit pas faire oublier que les nombreuses connexions qui ont été établies entre les bassins fluviaux par le biais des canaux de navigation, ouvrent la voie à la libre circulation des espèces qu’elles soient autochtones ou non… Le réseau de canaux européen, cette grande trame bleue, a créé des autoroutes pour la circulation des espèces de toute origine ! Le bassin du Rhône est ainsi connecté à plusieurs autres bassins, dont celui du Danube via le Rhin.

     

    Dans ce bassin, 62 espèces de poissons ont été recensées dont 45 autochtones (ou supposées telles..) et 18 introduites. Contrairement à des idées reçues, ces introductions n’ont pas entrainé la disparition des espèces autochtones : aucune observation dans ce sens ne permet de l’affirmer. Si les effectifs de certaines espèces ont baissé c’est principalement du fait des grands barrages (pour les amphihalins), des pollutions, et de l’artificialisation des cours d’eau pour la navigation.

    "Rien ne permet donc d’affirmer à ce jour que la faune actuelle est une entité intangible, ni que la recolonisation de l’Europe après la période glaciaire est achevée."

     

    Nos peuplements piscicoles sont donc des melting-pots constitués d’espèces qui ont survécu aux glaciations, d’espèces qui ont saisi des opportunités hydro-climatiques pour repeupler spontanément certains cours d’eau ou plans d’eau, d’espèces volontairement ou accidentellement introduites pour des usages productifs ou ludiques. Le hasard et les opportunités conjoncturelles ont joué un grand rôle dans cette mise en place aléatoire des peuplements dans lesquels co-existent des espèces qui ont en commun de trouver là des conditions favorables à leur développement. Le changement climatique qui commence à se manifester va modifier probablement les caractéristiques écologiques de nos systèmes aquatiques qui ont une grande robustesse et sont capables de s’adapter à l’addition comme à la disparition d’espèces : ils l’ont toujours fait.

    "C’est sur ces bases factuelles qu’il faut envisager l’avenir, pas en entretenant le mythe que la nature serait belle sans l’homme."

     

    Rien ne permet donc d’affirmer à ce jour que la faune actuelle est une entité intangible, ni que la recolonisation de l’Europe après la période glaciaire est achevée. Alors regardons nos cours d’eau bien en face : nous ne sommes pas dans un contexte de systèmes écologiques vierges et immuables, produits d’une longue histoire de l’évolution. Nous avons affaire à des systèmes appauvris par les fluctuations climatiques, souvent fortement anthropisés, gérés depuis des siècles pour divers usages (énergie, navigation, activités ludiques) ou pour lutter contre les inondations. Sans compter les pollutions de toute nature et l’urbanisation galopante. C’est sur ces bases factuelles qu’il faut envisager l’avenir, pas en entretenant le mythe que la nature serait belle sans l’homme. Vouloir maintenir à tout prix l’état actuel semble une bataille perdue d’avance. Alors quelles natures voulons-nous ? Laisser faire les événements et subir une évolution inéluctable mais aléatoire, ou privilégier une gestion pro-active pour répondre à des attentes de la société ? Pourquoi pas, dans ce dernier cas, bio-manipuler nos cours d’eau de manière intelligente par l’introduction d’espèces mieux adaptées au contexte écologique actuel ou à celui qui se profile, et qui nous soient utiles pour des activités productives et ludiques ?

    "Est-ce que l’homme est vraiment l’ennemi de la biodiversité ?"

     

    Ceci n’est pas un appel au grand n’importe quoi, comme certains ne manqueront pas de le suggérer. Mais un appel à une démarche plus rationnelle de la gestion de notre nature européenne qui est magnifiquement belle, surtout quand les hommes qui ont contribué à son élaboration s’y sentent bien ! Dois-je rappeler que les milieux aquatiques emblématiques en matière de naturalité en France sont presque tous des milieux artificiels à l’exemple de la Camargue ou du réservoir du lac de Der, tous deux classés sites Ramsar. Il en est de même pour la retenue du barrage de Verbois sur le Rhône genevois, elle aussi labellisée site Ramsar. Alors, est-ce que l’homme est vraiment l’ennemi de la biodiversité ?

     

     

    • Lévêque C. & Van der Leeuw S. (éditeurs scientifiques), 2003. Quelles natures voulons-nous ? Pour une approche socio-écologique du champ de l’environnement. Elsevier, Paris.
    • Beisel L.N. & C. Lévêque, 2010. Les introductions d’espèces dans les milieux aquatiques. Faut-il avoir peur des invasions biologiques ? Editions QUAE, 232 pp.
    • Lévêque C., 2016. Quelles rivières pour demain ? Réflexions sur l’écologie et la restauration des rivières. Editions QUAE

  • Face au réchauffement, la biologie n’a-t-elle rien d’autre à montrer que sa vision la plus conservatrice ?

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    L’histoire du monde vivant est imprévisible, parsemée d’extinctions, d’apparitions de nouvelles espèces, de pertes de territoires et de reconquêtes. Les espèces les plus fécondes sont favorisées tant que le milieu naturel leur permet de croître. Lorsque le milieu change, pour une raison ou pour une autre, certaines espèces disparaissent et sont remplacées par d’autres. Contrairement à une idée reçue, la nature ne s’arrête donc jamais, ni ne disparaît. Elle continue dans tous les cas !

    Aujourd’hui, malheureusement, plus personne ne se souvient que le changement est la norme dans la nature. Des rivières sans truite fario ou des montagnes sans épicéas paraissent impensables, tant elles définissent depuis des générations nos paysages et notre conception de la nature.

    Cette vision idéaliste et naïve va pourtant disparaître prochainement.

    En raison du réchauffement rapide du climat, le monde vivant s’apprête en effet à dévoiler, sous nos yeux, sa véritable nature.

    Cette fois, ce ne sont plus les espèces liées aux milieux humides, aux forêts primaires de plaine ou aux rivières libres qui seront concernées (elles ont déjà disparu ou régressé depuis longtemps en raison des activités humaines), mais celles, bien plus nombreuses et proches de nous, qui sont intolérantes à la sécheresse et aux températures élevées.

    Même si la Suisse n’émettait plus un seul gramme de gaz carbonique demain matin, ces espèces continueront à se retirer peu à peu des régions qu’elles avaient colonisées il y a quelques milliers d’années, pour laisser la place à celles de méditerranée, ou à d’autres, allez savoir, aux origines bien plus lointaines.

    Face à cette réalité, qui transforme en profondeur nos milieux de vie et les espèces qui les peuplent, le discours dominant n’a pourtant pas changé d’un iota, et on continue à lire partout que la conservation de la nature existante est la seule option possible…

    Il faudra pourtant bien, un jour, questionner l’intérêt de vouloir à tout prix conserver des espèces dont la tolérance au réchauffement climatique, ou aux milieux transformés par les humains, est faible. Et énoncer, pour une fois, des objectifs de conservation réalisables. La moindre des choses, vu le nombre d’espèces qu’on ajoute chaque année à nos listes rouges, serait de reconnaître qu’on ne sauvera qu’une partie de ce que l’on connaît. Et dans la foulée, annoncer ce qui devra être abandonné…

    Dès lors, là où conserver les espèces sur le déclin n’apparaît plus possible, pas souhaitable, ou carrément trop cher, on aimerait entendre les biologistes raconter une autre histoire que celle qui promet l’enfer et la désolation à ceux, dont je fais partie, qui ont décidé de survivre à la sixième extinction de masse!

    Nous avons urgemment besoin d’une écologie qui rompe avec les préceptes lugubres de ceux qui annoncent la fin de la nature, et qui réponde enfin aux nombreuses attentes légitimes des collectivités publiques. Ces dernières, quoi qu’il arrive sur le plan international, devront en effet faire face au réchauffement du climat, et gérer au mieux leurs écosystèmes anthropisés pour offrir des espaces fonctionnels aux humains et aux nombreuses espèces animales et végétales, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, domestiquées ou sauvages, qui les habiteront dans le futur.

    Le discours dominant de l’écologie, arcbouté sur l’idée fixe que la seule nature qui fonctionne est celle d’il y a 200 ans, ferait bien mieux de nous aider à concevoir, dans un futur incertain qui ne dépend pas entièrement de nous, un environnement dans lequel diversité biologique et culture humaine ne se regardent pas en chien de faïence, mais coopèrent, dans le but de guider nos nouveaux écosystèmes dans une direction où le monde vivant, nous compris, se sentira bien.

    Aujourd’hui, cette biologie progressiste et utile, libérée du mythe d’Adam et Eve et de sa nature parfaite créée par dieu, existe, mais est inaudible.

    C’est bien dommage, car elle nous est indispensable.

     

    Christophe Ebener

  • Va-t-on finir par regretter les rivières polluées d’antan ?

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    Bientôt dix ans que la station d’épuration genevoise de Bois-de-Bay traite les eaux usées du Pays de Gex et les envoie ensuite dans le Rhône. Auparavant, elles étaient épurées en France, puis déversées dans l’Allondon. A la moindre défaillance technique, des eaux non traitées finissaient donc directement dans la rivière. La plus sévère d’entre elles détruisit, en 2001, la quasi totalité de la faune aquatique du cours d'eau.

    A l’époque, la perte de ces eaux usées avait suscité de nombreux débats chez les pêcheurs. Certains étaient inquiets de voir disparaître cette eau du jour au lendemain, car elle représentait le tiers du débit d’étiage de la rivière ! Ils estimaient qu’il était plus sage d’améliorer le processus d’épuration, et de remédier à d’éventuelles pollutions, plutôt que de créer une rivière en manque d’eau chronique.

    J’étais opposé à ce point de vue, parce que je pensais qu’une eau propre allait largement compenser des débits estivaux plus faibles.

    Les pêcheurs, dans leur écrasante majorité, avaient fini par se rallier à cette position, convaincus par ailleurs, sur la base d’informations fournies par l’administration genevoise, qu’il était possible de remédier à cette perte nette en récupérant l’eau des fontaines et en renonçant à certains captages d’eau de source côté français.

    Dix ans plus tard, l’Allondon a quasiment disparu de son parcours amont.

    Ce choix ambitieux s’est donc avéré être le mauvais…

    De l’autre côté de la frontière, les besoins en eau ont en effet explosé, et chacun se sert là où elle est facile à prélever, ou bon marché, sans en laisser suffisamment pour la rivière.

    Aujourd‘hui, il faut le clamer haut et fort, l’Allondon n’est plus la rivière principale du vallon qui porte son nom ! Sur son tronçon frontalier, elle n’est plus qu’un filet d’eau qui délivre à peine quelques dizaines de litre par seconde. C’est maintenant son affluent principal, l’Allemogne, qui apporte l’eau nécessaire à la survie de l’écosystème.

    Il faudra donc prochainement changer le nom du célèbre cours d’eau sur les cartes de géographie, et effacer ses premiers kilomètres.

    L’autre option serait de voir, après deux législatures d’échec, un conseiller d’Etat traverser la frontière, et renouer le dialogue avec les élus dont dépend l’avenir des cours d’eau genevois.

    Sinon, je rejoindrai les rangs de ceux qui regrettent les effluents puants et mousseux des stations d’épuration.

    Qui l'eût cru?

     

    Christophe Ebener

     

  • Cours d’eau genevois : pas de bavure SVP !

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    Les petits cours d’eau genevois, en particulier ceux qui voient leur eau confisquée par les communes françaises, sont en étiage extrême. La Drize, l’Aire ou la Laire, ne sont plus que des filets d’eau, dans lesquels s’écoulent moins de 20 litres par seconde! Dans ces conditions, la température de l’eau est également très élevée, et le taux d’oxygène dissout à son minimum, plaçant de nombreux organismes aquatiques à la limite de la survie.

    A l’image de ce qui s’est produit dernièrement dans la Biorde, le moindre déversement d’eau de nettoyage ou de rinçage dans les grilles d’égout se traduit immanquablement par la destruction immédiate de toute la faune qui a résisté jusque là.

    L’occasion de rappeler, à nouveau, que les bouches d’évacuation des eaux pluviales, nos fameuses grilles d’égout, s’écoulent pour la plupart directement dans nos cours d’eau, et que chaque année, elles sont à l’origine de pollutions sévères.

    Jusqu’à aujourd’hui, il semble qu’aucun incident majeur ne soit à déplorer dans le canton. Poursuivons donc la vigilance en ces moments critiques !

    Le temps, l’espoir est permis semble-t-il, qu’une véritable politique transfrontalière de l’eau se mette en place, après dix longues années d’immobilisme politique, pour qu’enfin l’eau qui manque si cruellement à nos rivières leur soit rendue !

     

    Christophe Ebener

     

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    Débits journaliers enregistrés le lundi 28.08.2018 exprimés en pourcentage du débit caractéristique d’étiage Q347. Le débit d’étiage Q347 représente le débit atteint ou dépassé en moyenne 347 jours par an, ce qui signifie que l'on se situe en moyenne 18 jours par an au-dessous. A noter toutefois que ce débit d’étiage représente une norme ambiguë et questionnable, puisqu’il ne fait que suivre l’abaissement problématique des débits moyen au cours du temps…

     

  • De braves bêtes, ces gros silures !

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    Il faut aimer les gros silures. C’est en tout cas ce que suggère une étude récente de la Fédération du Rhône et de la Métropole de Lyon pour la Pêche et la Protection du Milieu Aquatique.

    D’une part, parce que leur histoire, riche en rebondissements, interroge la pertinence de séparer les espèces qui peuplent notre environnement en indigènes ou exotiques. Les ancêtres de ces poissons étaient en effet déjà présents dans le bassin du Rhône il y a 8 millions d’années, mais ils ont disparu quelques millions d’années plus tard, en raison des grandes glaciations. Depuis les zones de replis autour des mers Noire et Caspienne, ils recolonisent ensuite les lacs de Neuchâtel, Bienne et Morat, et plusieurs fleuves européens, dont le Rhin, mais pas le Rhône. Des périodes plus froides auraient à nouveau fait disparaître le silure du Rhin, il y a quelques centaines d’années. En 1968, l’introduction, par les humains cette fois, de silures issus du Danube devient le point de départ de la recolonisation de l’ensemble du bassin hydrographique du Rhône français par cette espèce.

    On le voit, les humains n’ont pas vraiment fait pire, ni même mieux, que les multiples variations du climat et les accidents géologiques. Quant à savoir si le silure et les autres espèces qui peuplent nos eaux sont indigènes ou pas, il vaudrait peut-être mieux ne pas se poser la question !

    Et puis, contrairement à une idée reçue, les silures ne semblent pas constituer une menace pour la biodiversité locale. Les jeunes silures, proches du mètre, seraient même particulièrement friands d’espèces invasives telles que écrevisses américaines, poissons-chats et autres mollusques (corbicules) ! Aucun impact sur les brochets et les perches du Rhône n’a par ailleurs été constaté.

    Mieux encore, les silures de grande taille ont une très forte inclination pour le cannibalisme. Un spécimen de 2 mètre de long et de 50kg ingèrerait en effet chaque année l’équivalent de 7 à 12 silures de 80cm. Les gros silures réguleraient donc la taille des populations de leur propre espèce!

    Le prélèvement par la pêche de ces grands spécimens pourrait donc s’avérer très préjudiciable pour les autres poissons du Rhône, étant donné leur fonction régulatrice et le temps de latence nécessaire à la constitution de ces squales cannibales (15 années).

    Enfin, cerise sur le gâteau, certains gros silures de la Saône se sont spécialisés dans la consommation du Grand Cormoran !

    Avec de telles qualités, c’est certain, les prochains gros silures retourneront à l’eau !

     

    Christophe Ebener

    Source: L’installation du silure dans le bassin du Rhône : bilan de trois décennies de suivi de l’espèce-2016

     

  • Régulation des oiseaux piscivores : les silures géants de la Saône bientôt dans le Rhône genevois !

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    18 mois. C'est le temps qu’il a fallu au Service de la Biodiversité de l’Etat de Genève pour mettre sur pied une nouvelle stratégie de lutte contre les oiseaux piscivores.

    Depuis juin 2016, on sait en effet que certains silures géants de la Saône, dont la longueur dépasse largement 2 mètres, sont spécialisés dans la capture des grands cormorans (1).

    Suggérée une première fois par la Commission de la Pêche l’automne dernier, l’idée de transférer ces immenses silures dans le Rhône genevois pour réguler sa population d’oiseaux piscivores a rapidement convaincue l’inspecteur de la faune, Gottlieb Dandliker, qui explique que « la prédation des silures sur les grands cormorans est particulièrement efficace en raison des remous provoqués par les oiseaux lorsqu’ils disparaissent sous les flots. Il apparaît, en effet, que leurs congénères, traumatisés par cette vision atroce, désertent rapidement les lieux. »

    Le député et grand philosophe Jean Romain a ensuite été chargé de convaincre la sous-commission de la régulation de la faune que de se faire manger par un silure est nettement plus acceptable, moralement parlant,  que de se faire tirer par des gardes de l’environnement suréquipés et surentrainés.

    Après de nombreux suivis télémétriques, qui ont permis d’identifier les silures spécialisés dans la prédation de ces oiseaux, les premiers spécimens ont été capturés en France, et sont actuellement en quarantaine. Une fois les certificats vétérinaires délivrés, ils passeront la frontière.

    La remise à l’eau de ces poissons géants est prévue à la fin du mois d’avril. Elle aura lieu à l’aval du barrage du Seujet, car c’est là que la prédation des cormorans est jugée la plus importante sur les rarissimes truites du Rhône, qui se retrouvent bloquées dans leur migration à l’aval immédiat des turbines.

     

    Christophe Ebener

    (1) "L’installation du silure dans le bassin du Rhône : bilan de trois décennies de suivi de l’espèce" , page 37