18/12/2018

Rivières genevoises: le statu quo et l’oubli ?

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Ce matin, un édito de la Tribune nous apprend que la croissance démographique atteindra 50% d’ici 2040 dans le pays de Gex, et près de 20% à Genève.

Alors qu'ils ne se portent déjà pas très bien, la pression sur nos cours d’eau va donc encore augmenter! 

Le risque, comme la gestion de la ressource en eau à l’échelle du bassin genevois se fait toujours attendre, c’est le maintien du statu quo. Et le lent processus vers l’oubli qui va avec.

Les blancs-becs que je croise au bord des cours d’eau vivent déjà dans le nouveau monde : on y pêche les rivières genevoises au printemps, et on fait comme tout le monde en été. Départ sous de meilleurs cieux. Le plus souvent, là où il y a de l’eau en suffisance, et où on pratique une gestion de la pêche qui leur plaît davantage.

Mais je ne leur jette pas la pierre. Ce ne sont, et de loin, pas les seuls à préférer tourner le dos aux galets secs et aux mousses des rivières en perdition. La plupart des gamins de mon quartier ont reçu l’interdiction de gambader pieds nus dans l’Aire, en raison des bactéries fécales et des polluants qui percolent à travers les égouts de Saint-Julien, et qui s’accumulent dans les minables débits résiduels qui s’écoulent encore pendant les vacances. 

Les dernières pollutions estivales n’ont même pas été remarquées par les riverains, ni par les pêcheurs : les regards se détournent rapidement des rivières lorsqu’elles n’ont plus d’intérêt pour les uns et les autres.

Au printemps dernier, je suis allé quelques jours à Saint-Ursanne pour pêcher le Doubs. Je n’y ai rencontré aucun pêcheur, mais de nombreux randonneurs. Bâtons de marche, plats végétariens, pas de rosé sur la table. Bref, de super écolos. Depuis le pont historique de la ville, ils s’émerveillaient de voir à nouveau le Doubs remplis de poissons, car c'est vrai, il y en avait beaucoup. Mais il s’agissait de chevesnes, de jolis poissons indigènes qui résistent comme peu d’autres à la pollution et aux températures élevées. Les mythiques truites zébrées, et les ombres communs, majoritaires il y a moins de deux décennies sur ce secteur, ont déjà été oubliés. Les causes qui mènent à leur disparition aussi, malheureusement. 

Hé bien non ! Il faut résister à l’oubli. Face à la monotonie, à la pauvreté en espèces et en usages qu’il provoque, tournons la tête du bon côté ! Retournons sur les rives, et, pourquoi pas, jardinons nos cours d’eau. Les gens, paraît-il, s’intéressent à leur terre lorsqu’ils plantent des espèces qui leur plaisent, alors pourquoi ne pas tenter le coup sur nos cours d’eau urbanisés ? Acclimatons des espèces que les gens aiment pêcher, ou même manger. Remettons les pieds dans l’eau, et énervons-nous d’une juste colère lorsque des poissons meurent après une pollution, ou lorsqu’ils se rassemblent dans les dernières flaques parce que la confiscation de nos eaux de source est toujours tolérée !

Un jardin, c‘est toujours mieux que l’oubli.

 

Christophe Ebener

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