16/10/2018

Même la pluie numérique disparaît !

graphe3_1000_545_417___.gif

Les modèles de prévision du temps découpent l’atmosphère en cubes, à l’intérieur desquels il faut connaître avec précision les variables physiques initiales (pression, température, humidité, …), pour qu’ensuite les calculateurs puissent, via les équations de la thermodynamique, prévoir comment évolueront ces variables au cours du temps. Les modèles mathématiques utilisés dépendent fortement des conditions initiales, et de faibles variations sur ces dernières ont souvent de grandes conséquences sur les résultats finaux.

En faisant tourner plusieurs fois les modèles de prévision avec des conditions initiales subtilement différentes, on obtient une série de scénarios qui permet de tester la robustesse des prévisions, et de parler en termes probabilistes.

La carte ci-dessus montre la prévision d’ensemble du modèle américain GFS, dont on trouve les données gratuitement sur le web. Sur le bas du graphique sont données les prévisions de précipitation pour la région genevoise. Chaque courbe colorée correspond à un scénario issu de conditions initiales légèrement différentes de celles de son voisin. En rouge, la moyenne des scénarios. En noir, le scénario déterministe, c’est à dire celui dont les conditions initiales sont au plus proche de la réalité. En bleu, un run de contrôle, à la résolution spatiale plus faible.

On voit que pour les 7 prochains jours, il n’y a aucune chance d’avoir de la pluie. Pire, celui qui parie sur la persistance de la sécheresse d’ici la fin du mois est parfaitement rationnel…

En regardant l'ensemble des scénarios, on se rend compte que les signaux de précipitations, même à long terme, sont faibles parce que l'’incertitude des prévision, en particulier les températures, est liée à la position exacte des advections anticycloniques, mais pas à leur persistance historique  au dessus de nos têtes! Pour l'illustrer, voici le scénario déterministe du modèle européen ECMWF. 

 

Je crois que pour le moment, il vaut mieux laisser tourner les modèles numériques dans leur coin sans les consulter, c’est trop déprimant.

Christophe Ebener

 

 

10:38 Publié dans Genève, Humeur | Lien permanent | Commentaires (2)

12/10/2018

Face au réchauffement, la biologie n’a-t-elle rien d’autre à montrer que sa vision la plus conservatrice ?

depositphotos_9032849-stock-photo-sign-entrance-prohibited-for-walkers.jpg

L’histoire du monde vivant est imprévisible, parsemée d’extinctions, d’apparitions de nouvelles espèces, de pertes de territoires et de reconquêtes. Les espèces les plus fécondes sont favorisées tant que le milieu naturel leur permet de croître. Lorsque le milieu change, pour une raison ou pour une autre, certaines espèces disparaissent et sont remplacées par d’autres. Contrairement à une idée reçue, la nature ne s’arrête donc jamais, ni ne disparaît. Elle continue dans tous les cas !

Aujourd’hui, malheureusement, plus personne ne se souvient que le changement est la norme dans la nature. Des rivières sans truite fario ou des montagnes sans épicéas paraissent impensables, tant elles définissent depuis des générations nos paysages et notre conception de la nature.

Cette vision idéaliste et naïve va pourtant disparaître prochainement.

En raison du réchauffement rapide du climat, le monde vivant s’apprête en effet à dévoiler, sous nos yeux, sa véritable nature.

Cette fois, ce ne sont plus les espèces liées aux milieux humides, aux forêts primaires de plaine ou aux rivières libres qui seront concernées (elles ont déjà disparu ou régressé depuis longtemps en raison des activités humaines), mais celles, bien plus nombreuses et proches de nous, qui sont intolérantes à la sécheresse et aux températures élevées.

Même si la Suisse n’émettait plus un seul gramme de gaz carbonique demain matin, ces espèces continueront à se retirer peu à peu des régions qu’elles avaient colonisées il y a quelques milliers d’années, pour laisser la place à celles de méditerranée, ou à d’autres, allez savoir, aux origines bien plus lointaines.

Face à cette réalité, qui transforme en profondeur nos milieux de vie et les espèces qui les peuplent, le discours dominant n’a pourtant pas changé d’un iota, et on continue à lire partout que la conservation de la nature existante est la seule option possible…

Il faudra pourtant bien, un jour, questionner l’intérêt de vouloir à tout prix conserver des espèces dont la tolérance au réchauffement climatique, ou aux milieux transformés par les humains, est faible. Et énoncer, pour une fois, des objectifs de conservation réalisables. La moindre des choses, vu le nombre d’espèces qu’on ajoute chaque année à nos listes rouges, serait de reconnaître qu’on ne sauvera qu’une partie de ce que l’on connaît. Et dans la foulée, annoncer ce qui devra être abandonné…

Dès lors, là où conserver les espèces sur le déclin n’apparaît plus possible, pas souhaitable, ou carrément trop cher, on aimerait entendre les biologistes raconter une autre histoire que celle qui promet l’enfer et la désolation à ceux, dont je fais partie, qui ont décidé de survivre à la sixième extinction de masse!

Nous avons urgemment besoin d’une écologie qui rompe avec les préceptes lugubres de ceux qui annoncent la fin de la nature, et qui réponde enfin aux nombreuses attentes légitimes des collectivités publiques. Ces dernières, quoi qu’il arrive sur le plan international, devront en effet faire face au réchauffement du climat, et gérer au mieux leurs écosystèmes anthropisés pour offrir des espaces fonctionnels aux humains et aux nombreuses espèces animales et végétales, qu’elles soient d’ici ou d’ailleurs, domestiquées ou sauvages, qui les habiteront dans le futur.

Le discours dominant de l’écologie, arcbouté sur l’idée fixe que la seule nature qui fonctionne est celle d’il y a 200 ans, ferait bien mieux de nous aider à concevoir, dans un futur incertain qui ne dépend pas entièrement de nous, un environnement dans lequel diversité biologique et culture humaine ne se regardent pas en chien de faïence, mais coopèrent, dans le but de guider nos nouveaux écosystèmes dans une direction où le monde vivant, nous compris, se sentira bien.

Aujourd’hui, cette biologie progressiste et utile, libérée du mythe d’Adam et Eve et de sa nature parfaite créée par dieu, existe, mais est inaudible.

C’est bien dommage, car elle nous est indispensable.

 

Christophe Ebener