15/11/2018

Vive la nature, et à bas la biodiversité!

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Des milliers d'heures de travail, des centaines de séances, et au final, un refus cinglant des communes concernées. L'échec, coup sur coup, des projet en faveur de la création d'un nouveau parc national en Suisse est mortifiant pour tous les avocats autoproclamés de la biodiversité en péril. Les raisons de ces déculottées en série reposent non pas sur un désintérêt congénitale des collectivités locales pour l'environnement, mais sur l'incapacité des conservateurs de la nature à remettre en cause leurs certitudes au sein d'un réel processus démocratique!

 

La nature, chacun sait ce que c’est, et pourtant, elle ne fait l’objet d’aucune définition consensuelle. Vous et moi l’interprétons de manière différente selon notre histoire, notre culture et nos attentes.

Depuis plus d’une décennie, la nature a pourtant disparu des débats publics, au profit de la biodiversité. Ce concept, censé mesurer de manière objective et quantifiable la qualité des systèmes écologiques, ne considère pas la dimension sociale et émotionnelle des rapports de l’homme à la nature. Devenue biodiversité, la nature n’est donc plus qu’un objet d’étude, et pour être autorisé à en parler, il faut en maîtriser le vocabulaire et les concepts.

La biodiversité est aussi une construction sociale

Sous son apparente objectivité, le discours dominant sur la biodiversité est néanmoins truffé de références culturelles écocentrées et d’idées reçues !

Par exemple, l’idée que sans les humains, les écosystèmes sont dans un état d’équilibre, alors qu’en réalité ils se transforment en permanence à des vitesses variables.

Ou encore, que le passé est le mètre-étalon de la biodiversité. Cette idée, fortement imprégnée de valeurs créationnistes, fait de la nature pré-humaine une entité sacralisée, quasiment parfaite, tandis que celle qui nous accompagne est forcément pervertie. La biodiversité a cependant toujours été en mouvement, et n’a jamais suivi de direction préférentielle ! Elle est le produit du hasard, des contingences historiques et, depuis quelques millénaires, des activités humaines. Elle n’a, de ce fait, jamais connu un état de référence meilleur qu’un autre. De multiples catastrophes ont parsemé son histoire, certaines étant même à l’origine de la lignée qui a donnée naissance aux humains.

Et il y a, aussi, son obsession à considérer les espèces exotiques comme une menace pour la fonctionnalité des écosystèmes, alors que la revue Nature, en juin 2011 déjà, appelait les biologistes de la conservation à inventer moins d’histoires farfelues, et à regarder sous un angle plus scientifique le rôle des espèces exotiques !

Un hold up démocratique et contre-productif

La substitution du débat sur la nature par celui sur la biodiversité s’est donc soldé par la construction, via des experts autoproclamés, d’un discours tragiquement réducteur, imprégné de normes sociales et de préférences personnelles, alors qu’il est présenté comme issu de l’évidence scientifique et non négociable !

Pire, en retirant aux citoyens la compétence de s’exprimer sur la nature qu’ils aiment, le discours actuel sur la biodiversité aggrave la crise écologique, comme l'attestent les deux projets de parcs nationaux, refusés en votation populaire par les communes concernées.

Il est donc temps de redonner la parole aux gens. Que l’on regarde chaque mètre carré de sol, de jardin ou de forêt, et chaque remous de ruisseau ou de fleuve, pour l’attachement et l'émotion qu’il suscite !

A ces conditions uniquement, nous préserverons les conditions cadres du monde vivant, pour nous offrir la chance unique de choisir dans quelle nature nous voulons vivre demain.

Seule certitude, elle sera différente de celle d’aujourd’hui.

Quant à savoir si elle sera belle ou non, c’est à nous d’en décider !

 

Christophe Ebener

Commentaires

Certains vont jusqu'à penser que le monde serait plus beau sans nous, êtres humains, alors que cette idée n'a aucun sens puisque nous seuls sommes à même de porter cette appréciation.

Écrit par : Mère-Grand | 15/11/2018

"Certains vont jusqu'à penser que le monde serait plus beau sans nous, êtres humains, alors que cette idée n'a aucun sens puisque nous seuls sommes à même de porter cette appréciation."
N'est-ce pas une forme d'anthropocentrisme que de penser cela? Je pense au contraire que quantité d'animaux seraient bien moins stressés par notre absence. Car penser que les animaux ne pensent pas, n'ont pas d'émotions, n'ont pas de mémoire, j'ai du mal à l'imaginer. Ce qui est sûr c'est que le monde était plus "beau" sans les mégalopoles, sans la pollution, sans les paysages éventrés et souillés, je dirais cannibalisés. Il ne fait aucun doute pour moi que l'être humain est équipé d'un logiciel défaillant. Et qu'il va vers l'abîme.

Encore plus inquiétante que la disparition du terme "nature" est celui d'écosystème.

Écrit par : Daniel | 15/11/2018

Je comprends votre amertume. Pourtant je pense que c'est principalement aux habitants des communes sur lesquelles ces parcs devraient prendre place qu'il s'agit de donner la parole.
J'ai détesté me prononcer sur les questions valaisannes et je peux comprendre qu'ils soient fâchés de s'être vus imposer une loi qui ne tient pas compte de leurs spécificités. D'ailleurs, dans les faits, ils la contournent. Ce n'est pas ainsi que je conçois la convivialité confédérale.
Je suis une fervent défenseur de la proximité, de l'autonomie et de la responsabilisation individuelle. C'est en ce sens d'ailleurs que je défend l'initiative dite d'autodétermination. Je trouve détestable d'imposer ses vues. Et je vous demande, que voteriez-vous si on vous demandait de pouvoir installer dans votre commune un lieu de stockage de déchets nucléaires ?

Écrit par : Pierre Jenni | 16/11/2018

La nature a besoin d'espace, si l'on n'a même plus la volonté de protéger de grands paysages, c'est qu'on est devenu bien misérables et étriqués dans nos têtes.

Écrit par : Philippe Muray | 19/11/2018

Je sens que je suis d'accord avec vous, mais je pense que vous n'avez pas assez développé vos arguments contre les parcs nationaux futurs. Je me suis moi-même opposé à l'idée de parc des Muverans, pour éviter que nous citoyens soyons privés du droit d'y faire de la peau de phoques pour permettre à une armée de rangers imbéciles et surpayés d'y faire n'importe quoi. Dans la mentalité actuelle, on peut être sûr qu'il y a plus de malhonnêtes que de braves gens, et que donc ces gardes, outre leur salaire pharamineux payé par nos impôts, s'adonneraient au braconnage à l'abri de tous les regards. Le 99% des garde-faunes étaient des braconniers, ne l'oubliez pas. Et ils ont été embauchés pour cette raison. On a vu le mal que peut faire un Barazzone au vu et au su de tout le monde, on imagine le même dans le secret d'un parc bien gardé...

Les voyous sont au pouvoir, ne l'oublions pas. Le temps de l'honnêteté suisse proverbiale est passé depuis longtemps.

Écrit par : Géo | 19/11/2018

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