29/05/2018

Le Rhône genevois pire fleuve d’Europe... Bravo l’Etat de Genève et les SIG!

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Depuis des années, il faut lire les rapports sur l’état écologique du Rhône entre les lignes. La plupart étant financés par ceux qui gèrent le fleuve, inutile d’y chercher des comparaisons courageuses avec les autres grands fleuves européens, ou une remise en cause radicale de son mode de gestion.

Jusqu’à maintenant, il fallait donc simplement s’étonner de voir si peu d’espèces exigeantes ou menacées dans le Rhône genevois (p 46), s’interroger sur les raisons qui font de la retenue du barrage de Chancy un désert piscicole (p18-19), ou disserter longuement sur la signification écologique du mot « contraignant », dans la mesure où c’est ce terme qui est sciemment utilisé pour décrire, semble-t-il au mieux, l’effet de l’exploitation hydroélectrique du Rhône sur la faune piscicole (p 19).

Depuis mai 2018, en revanche, plus besoin de jouer sur les mots ou d’être un exégète de l’Université de Genève pour comprendre que le Rhône va très mal, et que sa gestion par les Services Industriels en est la cause. Avec la prochaine publication du premier rapport indépendant sur l’état des populations de poissons du Rhône, le message est en effet on ne peut plus clair : le Rhône genevois est l’un des plus mauvais fleuves d’Europe sur le plan piscicole! Tant au niveau des densités que de la diversité en espèces, cette étude montre, via une méthodologie reconnue, normée et reproductible, que la gestion actuelle du Rhône par les Services Industriels Genevois, soutenue par son organe de surveillance, l’Etat de Genève, a littéralement causé la perte de ce fleuve.

Ce que les pêcheurs constataient depuis si longtemps, ce qu’un lecteur attentif des dizaines de documents librement accessibles pouvait présumer depuis des années, l’administration genevoise a donc feint de l’ignorer depuis plus d’une décennie!

Durant les dernières législatures, elle a consciencieusement minimisé l’impact des éclusées, semblant se fier à des études dont elle savait pourtant pertinemment qu’elles n’étaient pas indépendantes, profitant de la moindre incertitude pour maintenir le statut quo et continuer à faire ce qu’elle sait si bien faire: s’offrir des réunions et de nouvelles études remplies de jolies grilles multicritères, multiéchelles et multicouleurs, et des modèles de simulation qui peuvent dire à celui qui les paye ce qu’il veut bien entendre.

Durant des années, elles ont débouchés sur des mesures de compensations couteuses, dont aucune ne fonctionne !

Aujourd’hui, la technocratie et son écologie virtuelle a montré ses limites, et il est donc temps de se souvenir que le Rhône est un fleuve, et pas une borne d’incendie qu’on ouvre ou qu’on ferme à chaque fois que le prix de l’électricité monte d’un dixième de centime !

Donnons-lui de l’eau avec constance et suffisance plutôt que d’enfumer les débats avec les mirages positivistes de l’écologie numérique, et la nature fera le reste !

 

Christophe Ebener