24/01/2018

Bien plus qu’un luxe, la truite lacustre

truite15.jpg

Comme tout produit de luxe qui se respecte, elle coûte cher, la truite lacustre. Pour qu’elle subsiste, il faut en effet que sautent les obstacles qui jonchent nos cours d’eau, car ils s’opposent à son cycle biologique. Il faut ensuite lui offrir des rivières aux eaux limpides, pour que ses œufs puissent se développer, et ses alevins grandir un peu, avant leur départ pour le Léman. 

Et puis, pour la pêcher, il faut prendre son temps. Préparer le bateau et des dizaines de lignes, trainer ensuite au ralenti ces dernières juste sous les vagues, là ou les lacustres sont en chasse en ce mois de janvier. Et ensuite, travailler. Car à chaque fois qu’un de ces saumons prend à une ligne, c’est toujours, bon sang, celle qui est à l’extérieur ! Il faut donc enlever toutes celles qui la précèdent, elles sont vides, avant de ramener celle qui a ferré le poisson. Ensuite, tout remettre à l’eau, et on recommence.

Enfin, il y a le poisson proprement dit. Massif, argenté, des nageoires surdimensionnées.

Dans la cuisine, la chair se révèle dans toute sa splendeur. Contrairement aux truites ou au saumons d’élevage, dont la chair grasse est artificiellement rosée à l’astaxanthine, celle des truites lacustres est tendue par les muscles et orange vif. Summum de la bienséance, les truites lacustres que j’ai pu voir ces derniers jours avaient l’estomac rempli…de perches!

Poisson mythique du Léman et de ses affluents, la truite lacustre a pourtant disparu de son émissaire, le Rhône. La faute, une fois de plus, au barrage du Seujet, qui verrouille la sortie du lac et modifie chaque jour le débit du fleuve.

Après tous les efforts consentis, des centaines de millions dépensés pour améliorer la qualité de l’eau du lac et renaturer nos cours d’eau, il est temps que l’Etat s’engage, le coût ne sera pas élevé, afin que le fleuve autour duquel s’est construite notre ville soit compatible avec la survie de ce poisson hors du commun.

Car plus qu’un produit de luxe, la truite lacustre est un poisson pilote pour les sociétés humaines. Là où elle prospère, les humains vivent mieux ! Un jour peut-être, vous vous baignerez, à la bernoise, sur les kilomètres d’un Rhône genevois renaturé et libéré des éclusées. Ce jour là, assurément, les truites lacustres vous accompagneront.

Ça vaut la peine d’essayer, non ?

 

Christophe Ebener

22/01/2018

Vous l'avez vue, la rivière au dessus de nos têtes?

Capture d’écran 2018-01-22 à 11.23.44.png

Depuis plusieurs jours, une immense rivière atmosphérique draine l'humidité de l'atlantique tropical et plonge sur l'Europe, apportant douceur et pluie. On voit que les méandres du jet stream creusent son lit, et que les températures des eaux de surface de l'Atlantique, plus élevées que la normale, l'ont certainement renforcée en augmentant l'évaporation.

Magnifique!

Capture d’écran 2018-01-22 à 11.23.31.png

Capture d’écran 2018-01-22 à 11.23.10.png

Christophe Ebener

Sources:  - http://cci-reanalyzer.org/

               - https://twitter.com/cassouman40

 

17/01/2018

Ça, c'est la pêche genevoise...

Rhône.png

Les chiffres des captures de poissons par la pêche de loisir dans le canton de Genève sont enfin connus pour l’année 2016. Et ils font mal. Jugez plutôt, et tenez vous bien !

Sur le Rhône, cours d’eau principal du canton, il s’est capturé moins d’une truite par année et par pêcheur ! Et pourtant, chaque pêcheur du Rhône y est allé en moyenne 15 fois…En cette année 2016 de vidange du Rhône, le nombre total de truites capturées a même été divisé par 3 par rapport à l’année précédente ! Et ces chiffres catastrophiques ne concernent pas seulement les truites, puisque les captures de perches et de brochets ont elles aussi chuté dramatiquement. Une démonstration navrante que les autorités politiques et les services industriels de Genève, malgré l’autosatisfaction dont ils font preuve, sont toujours incapables de gérer ce fleuve sur des bases compatibles avec la vie aquatique, la protection des animaux et la conservation des espèces.

Sur l’Arve, rivière exceptionnelle pour la pêche de loisir il y a quelques dizaines d’années, le résultat n’est guère meilleur, puisque les pêcheurs y capturent, en une année, à peine à deux truites chacun. Et encore, il leur faut en moyenne plus de 10 sorties pour y parvenir ! Quand aux ombres de rivière, si particuliers sur ce cours d d’eau, et autrefois si abondants, il ne s’en capture pas depuis des années…

Arve.png

Sur la Versoix, moins de 100 truites sont capturées en moyenne chaque année, ce qui représente 0,5 truite par an et par pêcheur. Et pourtant, il y a moins de 30 ans, le mythique retraité à la pipe qui m’a appris à pêcher à la mouche capturait, à lui tout seul, et en mouche sèche s’il vous plaît, la technique de pêche la moins rentable au monde, plus de 100 truites chaque année !

Pour ce qui concerne l’Allondon, les chiffres sont proches du néant, mais ils avaient déjà été précédés par des pêches scientifiques désastreuses.

Sur les petits cours d’eau comme l’Aire ou la Seymaz, les poissons capturés sont probablement tous issus du repeuplement. Sans ces derniers, les pêcheurs en auraient désertés les rives depuis longtemps.

Evidemment, la pêche de loisir dans le canton ne s’arrête pas seulement à ces chiffres déprimants. Il y a la joie des petites victoires, comme la prochaine renaturation du Nant de Pralie, qui devrait offrir quelques dizaines de frayères supplémentaires à l’Allondon. Ou la timide satisfaction de constater, qu'après des années de lutte,  l’administration reconnaît enfin que l’état de sécheresse quasi permanent de nos rivières n’est pas uniquement provoqué par le manque de pluie, mais aussi par des captages d’eau très importants en France voisine.

Seulement voilà, face à l’absence d’améliorations concrètes sur le terrain, c’est la colère qui l’emporte en ce moment.

 

Christophe Ebener

08/01/2018

Combien de poissons attrape-t-on à Genève?

cadre.jpg

Les pêcheurs genevois sont très disciplinés. A chacune de leur sortie, ils sont tenus de marquer, dans un carnet officiel, dans quel cours d’eau ils pêchent, et quels poissons ils ont capturés.

Ensuite, un gentil Cendrillon de l’Etat compile ces données, et au dernier coup de minuit, soit au repas de noël de la Commission de la Pêche, il vient présenter une synthèse du rendement de la pêche dans les cours d’eau genevois.

Pour les chiffres de 2016, fraîchement parus, je vous propose de répondre aux trois questions ci-dessous.

Ce sera l’occasion de comparer vos attentes et vos suppositions à la réalité des faits, qu’on espère pas trop dure….

  1. Combien de truites en moyenne chaque pêcheur a-t-il capturé dans le Rhône en 2016?
  2. Combien de fois faut-il aller à la pêche dans le Rhône pour capturer au moins une truite?
  3.  Combien de truites ont été capturées dans la Versoix en 2016 ?

Vos réponses dans les commentaires ci-dessous. A celui qui est le plus proche de la réalité, j’offre le permis de pêche 2018 !

Deux indices pour bien débuter :

  • 2016 a été une année de vidange abaissement homéopathique des barrages  du Rhône genevois.
  • L’administration genevoise considère que les pêcheurs sont des emmerdeurs de première !

 

Bon courage.

Les réponses jeudi soir !

 

Christophe Ebener