08/10/2017

La victoire des hérétiques?

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Le scénario était cousu de fil blanc. Une rivière qui s’assèche, une température de l’eau qui augmente sans cesse, des poissons en état de survie permanent, et un parasite qui trouve là des conditions idéales. Le constat est donc clair : en raison de la maladie rénale proliférative (MRP), les truites ont disparu de l’Allondon.

En mai, il avait déjà fallu parcourir plusieurs dizaines de mètres pour trouver quelques truitelles vivantes, ce qui en soi était déjà un très mauvais signal. Les analyses du Tierspital de Bern allaient d’ailleurs montrer que 60% des truitelles étaient atteintes par la maladie, dont les symptômes n’apparaissent pourtant que lorsque la température de l’eau dépasse 16 degré.

En juillet, c’est largement 200 mètres de rivière qu’il fallait faire pour trouver péniblement une dizaine de jeunes poissons, dont la totalité était malade.

Fin septembre, sur un secteur très favorable de plusieurs centaines de mètres, on comptait à peine quelques truitelles, qui toutes, également, étaient atteintes.

Bref, une population qui voit la totalité de sa descendance décimée en début d’automne, alors même que sa stratégie reproductive est d’être très prolifique, n’a concrètement aucune chance de se maintenir. Surtout lorsque le taux de mortalité atteint le maximum répertorié dans la littérature, ce qui témoigne d’une vitalité très faible, même en dehors d’une attaque parasitaire.

Comme les collectivités publiques françaises et genevoises ont investi plus d’une centaine de millions pour améliorer la qualité de l’eau de cette rivière, le statu quo n’est pas envisageable.

Il reste donc trois options.

La première, à peine née, est déjà morte. Elle consistait à s’inspirer du succès de la renaturation de la Versoix pour favoriser les populations migratrices, qui vivent dans le Rhône et le lac en été, et remontent frayer dans les petits cours d’eau en automne. Malheureusement, aucune population de ce type ne peut se développer avec des vidanges du Rhône programmées tous les 3 ou 4 ans.

La seconde est la plus conservatrice, la plus orthodoxe, et la plus répandue chez les gestionnaires, mais paradoxalement la plus fausse sur le plan génétique et évolutif. Elle consiste à dépenser beaucoup d’argent pour rechercher la truite originel de l’Allondon, dont il doit sans doute rester quelques traces en tête de bassin, dans l’idée que si on la protège bien, elle recolonisera à nouveau son milieu naturel. C’est la truite des créationnistes, celle d’Adam et Eve. Elle est parfaite, sans doute parce qu’elle est à l’image de dieu, et c’est donc elle qu’il faut absolument conserver, même si, depuis la création, l’environnement s’est quelque peu modifié, et que cette truite n’est donc pas forcément la mieux équipée pour y faire face.

Et puis, il y a la solution alternative. Celle qui consiste à reconnaître que les poissons qui peuplent nos cours d’eau sont le produit de l’histoire. Au début, celle des accidents climatiques et géologiques. Plus tard, aussi celle des humains. Cette vision se borne à constater que les moteurs de l’évolution biologique sont la diversité génétique et le changement, la première permettant de faire face au second. Or, et ce fait est incontestable, et partagé par tous, l’urbanisation du bassin versant et le réchauffement climatique ont profondément transformé ce cours d’eau. Le changement est donc toujours à l’œuvre, et probablement même beaucoup plus rapide que par le passé.

Nos salmonidés manquent donc aujourd’hui cruellement de diversité génétique, car les échanges naturels entre les populations sont impossibles en raison des barrages qui cloisonnent les cours d’eau européens.

Ce qu’il faut donc faire, c’est se demander à quoi ressemblera l’Allondon dans 20 ou 30 ans, et offrir en conséquence à ses habitants une diversité génétique suffisante pour qu’ils puissent s'adapter à leur nouvel environnement, parasites compris.

Quitte à demander aux créationnistes de l’OFEV une dérogation à la loi fédérale sur la pêche, et aller chercher des œufs de truites en Corse ou dans les Alpes du Sud.

Ce sera toujours mieux que d’annoncer lugubrement la disparition prochaine des truites des rivières du plateau suisse, comme l’OFEV l’a fait dernièrement. 

Amen !

 

Christophe Ebener

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