18/09/2017

Poisson du futur?

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S'il doit y avoir un vainqueur, ce sera lui. Le chevaine (Leuciscus cephalus) a toutes les cartes en main pour réussir là où les autres poissons sont sur le point d’échouer.

Il aime l’eau chaude et le soleil. Il supporte mieux nos pollutions que les autres, et il sait se maintenir en vie dans le dernier filet d’eau qu’une rivière asséchée peut lui offrir. Il a une stratégie de reproduction efficace, et un régime alimentaire particulièrement diversifié.

Comme il est indigène, il a le soutient de l’Office Fédéral de l’Environnement. Les biologistes de la conservation ne se sont pas encore penchés sur lui, donc il n’aura pas à subir leur discours dogmatique et inefficace.

Allez, avec autant d’atouts, la messe est dite, c’est principalement lui que vous verrez au bord de nos cours d’eau dans quelques années.

Sa chair n’a cependant aucun intérêt culinaire, et sa pêche est ennuyeuse comme tout.

D’autres espèces tout à fait intéressantes pourraient pourtant s’établir à ses côtés, mais elles vivent, aux yeux des créationnistes qui ont la charge de la nature dans ce pays, soit trop au sud, soit trop à l’ouest...

Bref, notre mode de vie a beau transformer les écosystèmes beaucoup plus rapidement qu’on ne le pensait, on s’imagine toujours pouvoir les conserver tels qu’ils étaient du temps de notre enfance.

Malheureusement, comme l’illustre le cas du chevaine, fermer les yeux sur le changement, c’est le subir quand même, mais sans se donner la chance d’en explorer les opportunités !

 Il est pourtant vital de choisir aujourd'hui la nature que nous aurons dans le futur.

 

Christophe Ebener

06/09/2017

Le Rhône et ses baigneurs valent bien quelques millions !

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Depuis des années, chaque été amène son lot de tragiques décès sur les rives du Rhône. A croire que les baigneurs sont ici plus en danger qu’ailleurs. C’est en tout cas ce que confirme le Conseiller d’Etat Luc Barthassat , en charge du département de l'environnement, des transports et de l'agriculture : « l'ouverture des vannes (du barrage du Seujet) entraîne un changement de température de l'eau très rapide. Peut-être faudrait-il installer des panneaux pour indiquer quand les vannes sont ouvertes ?».

Si l’on ajoute que l’ouverture des vannes fait varier le débit du Rhône du simple au quintuple, et qu’elles s’ouvrent et se referment en fonction du prix du courant électrique, c’est à dire de manière imprévisible, et surtout pas à heure fixe , on est obligé de conclure que les baigneurs genevois ne pourront pas s’adapter à ce fichu barrage.

C’est donc à ce barrage de s’adapter à eux.

Car ces multiples variations de débit n’obéissent à aucune contrainte légale, mais résultent d’un simple calcul économique : il s’agit d’ouvrir les vannes et de produire un maximum de courant électrique lorsque son prix est élevé, et de retenir l’eau en amont lorsque le prix est bas. Comme le prix du courant électrique varie au cours de la journée, les vannes s’ouvrent et se referment au gré de ces fluctuations.

Un Rhône sans éclusée est donc aujourd’hui parfaitement envisageable.

La sécurité de la baignade s’en trouvera grandement renforcée. On pourra enfin aménager certaines sections du fleuve en faveur des citadins qui cherchent à fuir la fournaise de nos canicules,  action légitime et indispensable si il en est. D’ambitieux projets de renaturation, aujourd’hui impossibles à concevoir,  pourront être réalisés. Et pour la faune aquatique, un tel Rhône, c’est le graal !

Il est donc temps de se demander sérieusement si les quelques millions ainsi gagnés par la production électrique de pointe en valent réellement la peine.

Je dis que non. La nature et les genevois auraient tout à gagner d’un Rhône sans éclusée, alors allons-y !

 

Christophe Ebener