23/08/2017

Souriez, une nouvelle espèce!

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François-Alphonse Forel, l’illustre naturaliste et limnologue suisse, disait en 1898 à propos de l’introduction de la perche soleil (espèce nord-américaine) : «Il est à espérer que cette jolie espèce se reproduira dans notre lac et enrichira définitivement nos eaux...». (1)

Aujourd’hui, les temps on bien changé, et chaque fois qu’une nouvelle espèce apparaît dans un écosystème, tout le monde se demande quel déséquilibre catastrophique cette dernière va bien pouvoir produire.

Le silure glane, maintenant bien présent dans le Rhône et le Léman n’échappe pas à la règle. Peu de poissons ont en effet eu l’honneur de faire l’objet d’autant d’articles dans la presse romande.

Le prochain à faire parler de lui sera probablement le black bass, originaire d’Amérique du Nord, dont les captures deviennent régulières dans le Rhône. Sur lui, on dira, comme on l’a fait pour le silure, qu’il va détruire les stocks de perches, ou alors qu’il a un appétit démesuré, comme on a pu l’entendre autrefois sur le brochet, dont on disait qu’il mangeait chaque jour son propre poids en poissons…

Et pourtant, qui se souvient que les barbeaux, qui constituent la majeure partie de la biomasse piscicole du Rhône ont été introduits, tout comme les carpes et les brèmes ? Et que dire des végétaux cultivés ici, dont la plupart ne sont pas européens? Même nos vénérables platanes, qui suscitent toujours un immense élan de sympathie à chaque épisode d’abattage, ne sont pas indigènes. Ni la classique luzerne, originaire de la région Caspienne, et amenée ici par les hommes il y a plus de 8000 ans.

Ainsi, et c’est un fait incontestable, peu d’espèces exotiques on réellement un impact négatif sur la nature. Les quelques cas problématiques qui sont mis en avant sont toujours les mêmes, et on passe sous silence - stratégie sciemment développée par la frange la plus conservatrice mais pas la plus rigoureuse sur le plan scientifique des défenseurs de la nature, - les nombreuses espèces non indigènes qui se sont acclimatées ici sans poser problème.

Plutôt que de crier au loup, ne pourrait-on pas reconnaître qu’en raison des multiples épisodes glaciaires que l’Europe a connu, la diversité en poissons est très faible dans les lacs et cours d’eau suisses (15 espèces natives dans le Léman, à comparer aux centaines d’espèces différentes qui peuplent certains lacs africains), et qu’à ce titre, on devrait plutôt se réjouir qu’une espèce ou une autre vienne enrichir la diversité locale ?

 

Christophe Ebener

(1) http://www.unige.ch/sphn/Publications/ArchivesSciences/AdS%202004-2015/AdS%202005%20Vol%2058%20Fasc%203/183-192_58_3.pdf