27/04/2017

La Méditerranée genevoise, vous la voyez comment ?

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A l’échelle d’une vie humaine, même les prudents prévisionnistes de météosuisse osent écrire qu’une transition vers un climat méditerranéen se fait sentir. L’Office Fédéral de l’Environnement n’y va de son côté pas par quatre chemins, lui qui estime qu’en raison du réchauffement climatique, la truite de rivière aura perdu 5% à 40% de sa répartition actuelle, tandis que d'autres scénarios prévoient même une disparition totale de ce poisson des rivières du Plateau suisse à l’horizon 2050 !

On peut dès lors légitimement se demander, si dans ce contexte de changement climatique, il vaut mieux subir les événements, et observer le remplacement hasardeux et aléatoire des espèces animales et végétales les plus vulnérables par d’autres, plus tolérantes, ou si il n’est pas mieux de se donner les moyens de choisir quelles espèces nous voulons côtoyer dans nos campagnes et nos cours d’eau.

 En cette période de sécheresse historique, la question est d’une actualité brûlante, car ce phénomène a déjà débuté : sur l’Allondon et la Versoix, les chevesnes et les barbeaux remontent de plus en plus haut, et occupent l’habitat des salmonidés. Sans que personne n’ait eu son mot à dire, les silures et les blennies fluviatile se répandent dans le Rhône genevois, tandis que les écrevisses américaines ont définitivement supplanté notre écrevisse à pattes blanches sur la quasi totalité du réseau hydrologique !

Face à cette lame de fond, la position de l’OFEV, qui se contente de lier la survie de nos salmonidés à la renaturation et à l’assainissement des cours d’eau, est largement insuffisante, car elle n’offre pas aux cantons les moyens législatifs de gérer correctement ces changement rapides.

 Par exemple, alors que sous l’effet du réchauffement des eaux, l’impact de la maladie rénale proliférative augmente sensiblement, et provoque la mortalité d’une grande partie des jeunes truites de rivière de l’Allondon et de la Versoix, il est rigoureusement impossible de soutenir nos populations indigènes avec des truites résistantes à cette maladie, alors que ces dernières existent et qu’elles sont largement répandues dans d’autres régions du globe ! Berne impose en effet que les poissons servant au repeuplement doivent impérativement provenir du même bassin versant que celui du cours d’eau récepteur, ce qui empêche de facto toute tentative d’amener de la diversité génétique à des cours d’eau qui sont pourtant cloisonnés et fermés aux apports extérieur de gènes par une multitude de barrages.

Pour la même raison, la bonne idée de diversifier le pool génétique de nos truites indigènes avec des truites issues des rivières des Alpes du sud, rivières auxquelles nos propres cours d’eau ressemblent de plus en plus, n’a aucune chance de dépasser le stade de la parole et du regret.

Si donc nous voulons profiter de nos cours d’eau comme nous le souhaitons, et non pas comme le hasard ou la négligence l’imposera, ne reste donc que deux solutions : soit l’OFEV lâche la bride et offre aux cantons la possibilité de gérer au mieux les espèces qui peuplent leurs cours d’eau, soit il interdit la méditérranéisation du Plateau suisse !

 

Christophe Ebener

Commentaires

Je partage vos préoccupations et vous remercie pour ces informations de première main.
Mais...
La question doit être gérée en amont car toute mesure qui ne viserait pas à corriger notre impact sur le réchauffement climatique ne s'apparenterait qu'à des pansements sur des jambes de bois.
Première priorité : Ne pas voter Macron ! qui est le chantre de l'ultralibéralisme et de la croissance débridée, une des causes majeure du réchauffement.
Ensuite, il faudra rapidement et sérieusement envisager la suite qui pourrait se profiler ainsi :
https://www.amazon.com/New-Human-Rights-Movement-Reinventing/dp/1942952651/

Écrit par : Pierre Jenni | 27/04/2017

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