02/02/2017

Des chimères dans ma boîte à mouches

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Lorsque j’ai débuté la pêche à la mouche au bord de l’Allondon, au début des années nonante, les vieux pêcheurs ne pêchaient  « qu’en sèche », c’est à dire qu’ils présentaient aux poissons une imitation d’insecte à la surface de l’eau, et si celle-ci dérivait naturellement, les truites montaient la gober.

A l’époque déjà, la quantité d’insectes étant largement inférieur à ce qu’elle était par le passé, les poissons qui daignaient se nourrir en surface étaient plutôt rares, et la plupart des jeunes pêchaient « à la nymphe », une technique largement plus efficace qui consiste à présenter sous l’eau une imitation de l’insecte à l’état larvaire.

Aujourd’hui, mes boîtes sont pleines à craquer de mouches sèches que je n’utilise plus. A cause des pesticides, le nombre d’éphémères ou de trichoptères qu’on voit dériver sur l’eau se compte sur les doigts de la main et les poissons n’ont plus les yeux tournés vers la surface.

Pas question toutefois de laisser les ennemis de la vie aquatique transformer nos cours d’eau et nos campagnes en désert biologique. Mes amis pêcheurs et moi-même soutiendrons donc l’initiative, « pour une suisse libre de pesticides de synthèse » et monterons des stands bruyants pour récolter des signatures.

Bien entendu, la plupart des environnementalistes réfléchis et les écolos de carrière ne la soutiendront pas officiellement, au motif qu’elle est excessive et qu’elle n’a aucune chance d’aboutir. Bien entendu, on leur rétorquera qu’aujourd’hui l’effondrement des populations d’insectes atteint 80% dans les campagnes et les cours d’eau, et que la négociation nuancée, c’était hier qu’il aurait fallu la proposer.

Il est donc temps de partir en croisade. Nos mouches sèches doivent ressortir de leurs boîtes !

 

Christophe Ebener

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