09/12/2015

Echelles à poissons du Rhône genevois: on est loin du compte!

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L’article de la Tribune de Genève du 7 décembre intitulé « les échelles à poissons sous vidéosurveillance » mentionne à juste titre que l’efficacité des échelles à poissons du Rhône genevois est largement insuffisante comparée aux ouvrages existants sur les grands fleuves européens.

L’article suggère toutefois que le faible nombre de poissons qui empruntent ces passes s’expliquerait par le fait que ces derniers n’auraient aucune raison de se déplacer car ils trouveraient tout ce dont ils ont besoins sur place.

En réalité, le Rhône genevois a été décrit comme étant particulièrement défavorable à la faune piscicole dans un diagnostic environnemental publié par l’Etat de Genève en raison précisément de la présence des barrages et de leurs effets sur la dynamique du fleuve et le libre passage des poissons. La raison pour laquelle les poissons ne circulent que très peu dans les passes à poissons tient donc en une seule phrase : ils sont incapables de le faire car ces dernières ne sont pas fonctionnelles ! D’ailleurs, des suivis télémétriques réalisés sur des cours d’eau sans barrage montrent clairement que toutes les espèces de poissons se déplacent activement dans les cours d’eau qu’elles habitent. Les poissons se déplacent donc, notamment avant la période de reproduction, pour autant qu’ils le peuvent.

L’article ne mentionne par ailleurs pas que les espèces autrefois emblématiques du Rhône et de l’Arve, telles les truites fario et les ombres commun, ne se reproduisent plus dans le Rhône genevois, en raison de l’infranchissabilité des ouvrages hydroélectriques et des éclusées destructrices qu’ils provoquent.

Après des décennies d’assainissement, le lac Léman est devenu un exemple unique en terme de gestion des ressources naturelles: ombles, corégones, brochets, perches et truites y sont chaque année plus nombreuses. Il serait donc dommage que le Rhône genevois ne profite pas de ce succès des collectivités publiques, et que le principal émissaire du plus grand lac d’Europe continue ainsi à être verrouillé par des ouvrages hydroélectriques.

 

Christophe Ebener

Le climat change. La nature aussi. A quand une adaptation des lois sur la pêche et sur la chasse ?

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Ce n’est un secret pour personne, la température moyenne en Suisse augmente et la répartition des précipitations s’écarte de ce que nous avons connu par le passé. Ces changements, qui s’inscrivent sur le long terme, ne sont pas sans incidence sur les conditions d’existence des poissons qui peuplent nos cours d’eau.

Ainsi, certaines rivières, telle l’Allondon, passent progressivement d’un régime nival à un régime pluvial. En d’autres termes, cela signifie que leur débit dépend de la fréquence et de l’intensité des pluies, alors qu’il était auparavant régulé par le rythme de la fonte des neiges. A cela s’ajoute bien sûr l’imperméabilisation croissante des sols, (routes, habitations,…) qui amplifie encore ce phénomène.

Les poissons ont donc changé d’environnement sur un rythme largement plus rapide que celui auquel ils ont fait face par le passé. En quelques décennies, leur habitat s’est virtuellement déplacé de plusieurs centaines de kilomètres vers le sud, et la plupart de nos petits cours d’eau sont maintenant méditerranéens : les débits varient très rapidement, et les périodes sans pluie se traduisent par des étiages plus étendus et plus sévères que par le passé. Là encore, ce phénomène est amplifié par les activités humaines, le plus souvent très gourmandes en eau (que l’on songe aux tonnes d’eau que demandent les arrosages continus des golfs du bassin genevois en période de canicule).

Pourtant, la loi sur la pêche repose toujours sur l’idée conservatrice et passéiste selon laquelle les espèces en place doivent être maintenue coûte que coûte, et gérée de sorte à ne pas interférer avec le fonctionnement naturel des écosystèmes. Le principe a au moins le mérite d’être clair, simple et sans risque : renaturons les cours d’eau, touchons le moins possible aux poissons, et ils reviendront par eux mêmes ! Ainsi, les alevins qui servent à repeupler les cours d’eau dans lesquels la reproduction naturelle fonctionne mal doivent impérativement provenir de géniteurs issus du même bassin versant que le cours d’eau cible. Même si actuellement il serait tentant, par exemple, de voir comment des truites issues du bassin méditerranéen se comportent dans nos cours d’eau en pleine transformation.

Mais surtout, cette loi apparait en décalage avec la réalité du terrain. Ainsi, même si le canton de Genève a été le pionnier de la renaturation des cours d’eau en Suisse, force est de reconnaître que nos cours d’eau ne sont pas le portrait de ce qu’ils étaient il y a un siècle. Qui peut penser que la vallée de l’Arve perdra ses habitants, ou que les besoins en eau et en territoire reviendront à ce qu’ils étaient il y a à 50 ans ?

Les truites arc-en-ciel, qu’on verrait pourtant bien vivre dans l’Arve de 2016, ne sont donc pas prêtes d’y être ré-introduites.. Les oiseaux piscivores, quant à eux, jouissent toujours de la protection de la loi sur la chasse. Protection qui serait elle aussi compréhensible si nos cours d’eau étaient aussi productifs qu’en 1950.

On est donc en droit d’attendre du législateur qu’il adapte les lois fédérales sur la pêche et sur la chasse à ce qu’est la Suisse du XXI siècle : un territoire totalement humanisé qui a transformé en profondeur et de manière irréversible le fonctionnement écologique de la plupart de nos cours d’eau.

Or, cette loi n’offre actuellement aux gestionnaires que la promesse romantique qu’un jour le monde reviendra à ce qu’il était auparavant.

Les choses pourraient cependant évoluer, car avec un conseil national majoritairement à droite, on peut s’attendre à ce qu’une vision laïque et humaniste de la nature l’emporte. Les pêcheurs seraient donc bien avisés d’entrer rapidement dans le jeu politique si ils souhaitent avoir dans un avenir proche un arsenal législatif compatible avec la survie de la pêche de loisir.

Christophe Ebener