13/11/2015

Truites du Léman aux PCB : un fiasco qui pourrait se reproduire !

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Il n’aura échappé à personne que certaines truites lacustres du Léman sont contaminées, tout comme les ombles chevalier, par des PCB. En conséquence, les chimistes cantonaux ont décidé d’interdire leur commercialisation par les pêcheurs professionnels dès qu’elles atteignent 54 centimètres. Car une fois cette taille atteinte, elles ont pu accumuler suffisamment de ces micropolluants dans leur tissu adipeux pour dépasser les valeurs des nouvelles normes en vigueur, plus sévères que par le passé. Ce problème concerne les truites et les ombles parce que ces deux espèces sont particulièrement grasses, et que les individus que l’on consomme sont souvent de taille respectable, et donc âgés.

Pour le reste, féras, perches et écrevisses sont quasiment exemptes de PCB, ce qui justifie pleinement d’en consommer régulièrement.

Bref, du côté de la santé humaine, pas d’inquiétude à avoir, sinon que les normes ont ceci d’aberrant que celui qui consomme souvent des ombles ou des truites de taille modeste, donc commercialisables, pourrait accumuler dans ses cellules graisseuses plus de PCB que celui qui mange un filet de truite lacustre de 55 centimètre une fois par année, alors que celles-ci sont désormais interdites à la vente!

 Cette interdiction est néanmoins désastreuse à plusieurs titres :

 D’une part, comme elle condamne de facto une fraction non négligeable du revenu des pêcheurs professionnels, on aurait aimé voir les chimistes cantonaux inclure les pêcheurs professionnels dans le processus décisionnel, et communiquer positivement sur le fait que les espèces les plus recherchées par les gastronomes (perches et feras) sont parfaitement consommables. Par ailleurs, le prix élevé des analyses (plus de mille francs par poisson) limite forcément le nombre d’espèces qui sont testées pour les PCB. Qu’en est-il alors des barbeaux et des silures du Rhône, qu’une fraction des pêcheurs genevois consomme régulièrement ? A l’heure actuelle, aucune recommandation n’émane du chimiste cantonal.

D’autre part, elle ne s’attaque pas aux causes de la contamination, se bornant à interdire la commercialisation des espèces touchées et à promettre des investigations dans le futur. Pourtant, des sources de pollutions sont connues, telle l’ancienne décharge de Dyvonne par exemple, dont les eaux d’infiltration se jettent directement dans la Versoix, sans pour autant que l'assainissement soit programmé...

Enfin, elle témoigne avec cynisme des pratiques désastreuses des autorités fédérales et du conseil national en matière de lutte contre les micropolluants , qui consistent à tolérer encore aujourd’hui que l’on relâche dans l’environnement, parfois en quantité industrielle, des centaines de substances dont on est incapable de prédire l’impact  sur l’environnement et la santé humaine.

Ainsi, alors que les PCB ont été utilisé jusque dans les années 80, c’est encore maintenant que nous en payons le prix. Sur les cinq espèces de poissons les plus pêchées dans le Léman, 2 sont désormais jugées impropres à la consommation !

Or, depuis les années 80, rien n’a réellement changé. Les procédures d’homologations sont toujours aussi permissives pour les nombreuses substances qui sont relâchées dans la nature. Exemple parmi tant d’autres, celui des néonicotinoïdes. Ces pesticides, dix mille fois plus puissants que le DDT, sont relâchés par tonnes dans nos campagnes alors que les preuves de leur toxicité sont chaque jour plus nombreuses.

Demain peut-être, deux ou trois espèces supplémentaires de poissons pourraient donc être interdites de consommation. La mécanique est implacable, et doit être combattue.

 

Christophe Ebener