05/10/2015

Des truites arc-en-ciel, pourquoi pas ?

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Début 2010, la conseillère d’Etat verte Michèle Künzler demandait à l’administration fédérale l’autorisation de pouvoir repeupler l’Arve et le Rhône urbain avec des truites arc-en-ciel  triploïdes adultes (les poissons triploïdes ont un jeux chromosomique supplémentaire, et sont donc stériles). Ces truites d’origine américaine étant faciles à produire, une telle mesure était à la fois rentable sur le plan économique, et utile sur le plan de la gestion de la pêche, car  elle aurait permis de fidéliser les pêcheurs autour du centre ville.

La Commission de la Pêche et les sociétés de pêche, à l’origine de cette demande, avaient donc su convaincre l’administration et la conseillère d’Etat de l’intérêt de cette requête. Il faut dire que deux bureaux d’études indépendants avaient conclus que l’impact de tels déversements était quasiment nul sur les peuplements indigènes. Mieux, certains spécialistes des milieux aquatiques concluaient qu’il valait mieux laisser les truites arc-en-ciel occuper les milieux que les truites farios avaient désertés plutôt que de repeupler ces cours d’eau avec des truites farios issues de pisciculture qui pouvaient directement concurrencer les populations indigènes, tout en apportant des gènes sélectionnés en pisciculture et inutiles aux poissons sauvages.

 Malheureusement, la réponse de l’OFEV avait été négative, au motif que la loi ne prévoyait aucune exception, et qu'il était donc  inutile d’espérer pouvoir un jour introduire une espèce étrangère dans les cours d’eau suisse. L’OFEV accompagnait son argumentaire de recommandations théoriques convenues, et inutiles,  arguant entre autre que les populations de truites farios allaient se reconstituer grâce à l’amélioration de la qualité de l’eau et à la renaturation des cours d’eau.

 Depuis, le canton de Genève, déjà précurseur en la matière,  a encore investi des dizaines de millions de francs supplémentaires pour assainir et renaturer ses cours d’eau. Cependant,  alors que la nature dans son ensemble en a largement profité, la situation n’a guère évolué pour les salmonidés : ils ont quasiment disparu du Rhône urbain, de l’Arve, de l’Aire et de la Laire. Sur la Versoix, les truites adultes non migratrices se comptent sur les doigts de la main, et sur l’Allondon, la reproduction naturelle est quasi inexistante.

 Dès lors deux questions se posent à nouveau :  

1)Est-il possible de repeupler les eaux genevoises en truites arc-en-ciel ?

2) Ces repeuplements sont-ils souhaitables ?

 A la première question, la réponse est oui, mais en passant par les sociétés  de pêche françaises, qui pourraient repeupler les eaux genevoises sur les secteurs limitrophes. Il pourrait même être possible de financer des repeuplements sur certains secteurs totalement français, en assumant que les  poissons dévaleront vers l’aval. L’Arve, par exemple, conviendraient parfaitement à ce scénario.

 A la seconde question, la réponse est assurément oui ! Sur le plan économique, ces poissons de piscicultures sont largement plus rapides à produire que des truites farios. Sur le plan écologique, ces arc-en-ciel n’entrent que très peu en compétition avec les truites autochtones, et ne s’hybrident pas avec elles.  Elles ont donc leur place dans les tronçons qui n’offrent pas encore des conditions favorables aux poissons sauvages, et sur lesquels on aimerait maintenir la pêche. Enfin, sur le plan symbolique, ces poissons, qu’on ne peut pas confondre avec nos poissons sauvages,  sont au moins porteur d’un message clair : la totalité des eaux genevoises n’est pas encore assainie, et il reste encore du pain sur la planche pour que les espèces indigènes exigeantes puissent retrouver des conditions de vie susceptibles de permettre leur essor dans le futur.

 

Christophe Ebener

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