04/09/2015

Pêche genevoise : les actions à mener

 

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A l’heure où les cours d’eau du canton se retrouvent quasiment à sec, il est plus que temps d'agir pour développer la pêche genevoise.

Mais avant toute chose, force est d'admettre que des actions fortes en faveur des cours d’eau et des poissons, en particulier les salmonidés, seront déjà nécessaires pour maintenir la situation actuelle. Le statut quo ne ferait en effet qu’accompagner la baisse régulière des captures et de la fréquentation des cours d’eau, dont la productivité naturelle semble, à de rares exceptions près, baisser.

La situation est néanmoins plus favorable à l’action que jamais. D’une part, la nouvelle loi sur la protection des eaux (LEAux), issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche,  impose aux cantons d’assainir leurs cours d’eau, et fournit une partie des fonds nécessaires. D’autre part, et c’est une excellente nouvelle, les associations faitières de la pêche genevoise prévoient  de se réunir en une seule entité, ce qui augmentera leur visibilité, et renforcera à coup sûr leurs revendications.  

Des actions, justement, il est déjà possible d'en planifier à court terme. Ainsi la pêche de loisir sera maintenue sur les cours d'eau dégradés, comme c'est la cas actuellement, grâce a des repeuplements réguliers en poissons surdensitaires. Cependant, le projet du Geneva Street Fishing, qui ambitionne de poser des cages de grossissements sous le bâtiment des forces motrices, devrait en améliorer grandement le bilan écologique : plutôt que d’être nourris avec des farines de poissons, qui participent à la surexploitation des océans, ces poissons seraient grossis dans des cages alimentées avec l’eau du  Rhône, qu’on espère suffisamment riche en aliments pour leur permettre d’atteindre une taille raisonnable. Parallèlement  un soutient important à la reproduction naturelle sur l’Allondon et la Versoix devrait pouvoir être mis sur pied prochainement, à partir des géniteurs de ces deux cours d’eau. Des projets en ce sens sont en cours et les acteurs de ces projets transfrontaliers se sont déjà réunis à plusieurs reprises pour faire avancer ce dossier. En ce qui concerne les ombres, les géniteurs de la Versoix continueront à produire des jeunes dans la pisciculture de Thonon, mais la Commission de la Pêche pousse la DGNP à envisager un programme important de production d’ombrets pour l’Arve, dont la pêche automnale pourrait ainsi être grandement valorisée. A condition toutefois que la nouvelle STEP de Villette puisse rapidement entrer en service, et épurer enfin correctement les eaux usées de la rive gauche.

A court terme également, la connexion entre le Rhône et le Léman devrait pouvoir s’améliorer. Le cycle d’ouverture et de fermeture des écluses du barrage du Seujet devrait en effet être optimisé afin de libérer au maximum le passage des poissons, le temps qu’une échelle à poissons fonctionnelle puisse être réalisée sur ce barrage. Comme ce dernier point est une priorité aussi bien pour l’Etat que pour les SIG, il est permis d’espérer.

Par ailleurs, la renaturation de l ’Allondon, dont les sous berges sont la plupart du temps en dehors de l'eau en raison de l’enfoncement du lit de la rivière, devient prioritaire. Les suivis piscicoles ont en effet confirmé que là ou il y a de l’habitat, on trouve des densités de poissons largement supérieures à celle des autres tronçons.

Le moyen terme est quant à lui l’intervalle de temps durant lequel des projets cruciaux pour l’avenir de la pêche genevoise se feront, ou ne se feront pas !

Premièrement,  SIG, canton et Confédération devront décider si oui ou non ils souhaitent se donner les moyens d’assainir le Rhône, tant au niveau des éclusées que de la libre circulation des poissons. Des données fiables, issues du projet interreg, montreront prochainement à quel point une passe à poissons fonctionnelle sur le Seujet et une rivière de contournement du barrage de Verbois sont nécessaires. Un abandon de la production du courant de pointe, qui se traduirait par une diminution spectaculaire des variations journalières du débit du Rhône, est une mesure importante que la confédération pourrait, d’après nos informations, soutenir financièrement. Cette mesure, fondamentale si l’on souhaite se rapprocher d’un fonctionnement naturel du Rhône dépend des SIG, qui ont seuls la compétence de demander son financement auprès de la Confédération.

Deuxièmement, si l’on veut maintenir la pêche à Genève, encore faut-il qu’il y ait de l’eau dans nos rivières ! A l ‘évidence, les données publiées récemment par la Communauté de Communes du Genevois n’ont pas eu sur les autorités politiques la portée qu’on était en droit d’espérer . Car le manque d’eau chronique dans nos petits cours d’eau n’est pas une fatalité : il est dû aux captages des eaux de source et des pompages en France voisine ! Un tiers des débits, et parfois largement plus, est capté directement à la source des petites rivières genevoises. Il est donc parfaitement possible d’envisager des progrès majeurs dans ce domaine, en invitant les communes concernées à alimenter leur réseau d’eau potable avec l’eau de la nappe phréatique. La détermination des pêcheurs et de la Commission de la Pêche sera donc cruciale pour faire avancer ce sujet devant les autorités politiques.

Enfin, le contrat de rivière de la communauté de commune du Pays de Gex, qui comprend les bassins versants de la Versoix et de l’Allondon, intègre des mesures positives pour la qualité et la quantité d’eau de ces deux rivières emblématiques de la nature genevoise. Les pêcheurs ne peuvent que s’en réjouir, mais comme le financement de ces mesures n’est pour l’instant pas garanti, la vigilance reste de mise.

On constate donc qu’il reste du pain sur la planche, d’autant plus que le libre accès aux rives des cours d’eau et la gestion des oiseaux piscivores sont des problèmes qui devront encore être résolus. Il n’en demeure pas moins que l’assainissement du Rhône, les repeuplements et la lutte contre les pompages et le captage des eaux de source sont des priorités qui méritent un investissement total des pêcheurs, des SIG et des autorités. Si ces chantiers sont abordés avec une volonté conjointe de réussir, alors nul doute que la pêche genevoise pourra se développer à l’avenir.

 

Christophe Ebener

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