28/02/2017

L’OFEV, la nature et le PDC

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Vous êtes un canton précurseur dans la renaturation des cours d’eau, et souhaitez soutenir la pêche en immergeant quelques truites arc-en-ciel dans des secteurs tellement exploités par les humains que cette truite américaine est la seule à pouvoir y survivre ? L’Office Fédéral de l’Environnement vous répondra par la négative, au motif insolent que si vous travaillez bien, le Rhône et l’Arve reviendront peut-être au stade où le naturaliste Robert Hainard y peignait des loutres.

Si vous êtes un gestionnaire de la pêche genevoise qui prévoit d’ offrir à l’Allondon un ruisseau frayère supplémentaire pour que ses truites viennent y pondre leurs œufs et leurs alevins y grandir, le même OFEV vous dira non également. Parce que vous avez prévu de couper quelques arbres de trop pour renaturer ce petit affluent…

Alors peut-être, en tant qu’exploitant d’un barrage hydro-électrique, souhaitez-vous augmenter le débit minimal du Rhône genevois, comme la nouvelle loi sur la protection des eaux l’encourage ? L’OFEV, encore lui, vous demandera de prouver que cette mesure, qui rappelons-le, consiste simplement à rendre de l’eau au fleuve, est réellement nécessaire.

Enfin, vous pourriez être un pêcheur soucieux de la protection des ombres de l’Arve, espèce que vous ne prélevez plus depuis deux décennies vu sa rareté. Dans ce cas, vous demanderiez l’analyse des contenus stomacaux de quelques harles bièvres pour démontrer que leur impact est important sur cette espèce menacée. L’OFEV, évidemment, ne vous offrira pas cette possibilité, et exigera au contraire que vous vous lanciez dans une étude scientifique longue et onéreuse avec une université pour démontrer que ces oiseaux pourraient éventuellement avoir un impact  significatif!

Las, si vous êtes passé par toutes ces étapes et que vous êtes toujours motivé par la protection des milieux aquatiques et des poissons, vous vous demandez comment un office, sous la direction d’une conseillère fédérale PDC, peut défendre une vision de la nature aussi antihumaniste et dogmatique, et tellement éloignée des valeurs de ce bon vieux parti.

La réponse, on s’en doute, est probablement liée au manque d’intérêt des autorités politiques pour ces problématiques, mais certainement aussi au fait que depuis des décennies, ne sont engagés à l’OFEV que les biologistes les plus conservateurs.

Jusqu’à quand cela va-t-il durer ?

 

Christophe Ebener

02/02/2017

Des chimères dans ma boîte à mouches

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Lorsque j’ai débuté la pêche à la mouche au bord de l’Allondon, au début des années nonante, les vieux pêcheurs ne pêchaient  « qu’en sèche », c’est à dire qu’ils présentaient aux poissons une imitation d’insecte à la surface de l’eau, et si celle-ci dérivait naturellement, les truites montaient la gober.

A l’époque déjà, la quantité d’insectes étant largement inférieur à ce qu’elle était par le passé, les poissons qui daignaient se nourrir en surface étaient plutôt rares, et la plupart des jeunes pêchaient « à la nymphe », une technique largement plus efficace qui consiste à présenter sous l’eau une imitation de l’insecte à l’état larvaire.

Aujourd’hui, mes boîtes sont pleines à craquer de mouches sèches que je n’utilise plus. A cause des pesticides, le nombre d’éphémères ou de trichoptères qu’on voit dériver sur l’eau se compte sur les doigts de la main et les poissons n’ont plus les yeux tournés vers la surface.

Pas question toutefois de laisser les ennemis de la vie aquatique transformer nos cours d’eau et nos campagnes en désert biologique. Mes amis pêcheurs et moi-même soutiendrons donc l’initiative, « pour une suisse libre de pesticides de synthèse » et monterons des stands bruyants pour récolter des signatures.

Bien entendu, la plupart des environnementalistes réfléchis et les écolos de carrière ne la soutiendront pas officiellement, au motif qu’elle est excessive et qu’elle n’a aucune chance d’aboutir. Bien entendu, on leur rétorquera qu’aujourd’hui l’effondrement des populations d’insectes atteint 80% dans les campagnes et les cours d’eau, et que la négociation nuancée, c’était hier qu’il aurait fallu la proposer.

Il est donc temps de partir en croisade. Nos mouches sèches doivent ressortir de leurs boîtes !

 

Christophe Ebener

30/12/2016

Adieu flux d’ouest, je t’aimais bien !

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Il rendait nos automnes favorables aux champignons, et enneigeait nos montagnes en hiver. Des étés tempérés et des nappes phréatiques pleines au printemps, c’était aussi grâce à lui.

En son absence, la carte des dangers d’incendie est devenue toujours plus rouge, et les arbustes des haies genevoises ont perdu leurs feuilles avec plus d’un mois d’avance. Les truites sont mortes dans nos rivières asséchées et je skie depuis une semaine sur la glace des canons à neige.

Le pire, c’est que sa venue n’est même pas envisagée sur un seul scénario des modèles numériques de prévision du temps. A perte de vue, c’est bis repetita : soit un énième renouvellement anticyclonique, soit un flux méridien !

Franchement, le réchauffement climatique sans flux d’ouest, j’en veux pas !

 

Christophe Ebener

13/10/2016

Les truites arc-en-ciel terrassées par les chats de salon

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Bye bye les arc-en-ciel..

Par 118 voix contre 70, le Conseil National a définitivement fermé la porte aux espoirs de ceux qui imaginaient revoir un jour des truites arc-en-ciel dans les cours d’eau suisses.

Une majorité de 118 chats de salon vit donc avec l’idée que la nature est une chose figée qui nécessite qu’on la protège telle quelle plutôt que de laisser à l’esprit humain la possibilité de la gérer intelligemment.

Cette idée est pourtant fausse parce que le monde vivant est en perpétuelle transformation depuis des millions d’années, et qu’il a toujours su profiter de toutes les catastrophes et contingences historiques pour se diversifier, sans direction privilégiée, et sans qu’une quelconque protection humaine n’ait jamais été nécessaire à sa survie ou à son développement.

Elle est même doublement fausse si l’on songe que la présence d’une espèces donnée à tel endroit plutôt qu’à un autre est le fruit du hasard, et non pas l’aboutissement d’un sage dessein ou d’un équilibre vertueux.

 Cette idée est aussi désespérante parce que la libre circulation totale des biens et des personnes, que la plupart de nos chats de salon ont soutenu et soutiennent encore, a conduit à l’installation partout dans le monde de milliers d’espèces exogènes, au hasard et sans aucun contrôle ; un tel phénomène étant mille fois plus préoccupant que l’introduction ciblée et documentée de quelques truites arc-en-ciel dans un cours d’eau.

Enfin, cette idée est navrante car elle revient à reprocher aux romains d’avoir volontairement repeuplé le Léman, il y a deux mille ans, avec des perches, des carpes et des brochets. Espèces que, sauf erreur, nous apprécions à leur juste valeur aujourd’hui.

 Mais l’idée d’une nature infiniment sage, ordonnée et conservatrice a ceci de confortable qu’elle donne le sentiment rassurant que sur un vote, tous les échecs précédents peuvent être oubliés. Au coin du feu, les chats de salon pourront donc se réjouir d’avoir refusé à une truite américaine la possibilité d’exister dans des cours d’eau suisses qu’ils ont pourtant contribué à transformer suffisamment pour que celle-ci soit la dernière à pouvoir y vivre...

On est si bien au coin du feu.

 

Christophe Ebener

04/09/2015

Protecteurs des animaux : STOP !

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Le saviez-vous ? Une photo telle que celle-ci pourrait valoir à son auteur, pour autant qu’il ait pris ce cliché en Suisse, une amende salée ! Car la Suisse est l’un des seuls pays au monde qui interdise la capture des poissons dans l’intention de les relâcher.

Dans les pays européens et anglo-saxons, les pêcheurs à la mouche et au lancer ont en effet l’habitude de relâcher la plupart des truites et saumons qu’ils capturent, pour la simple raison qu’il n’y en aurait plus à capturer depuis longtemps si chacun d’eux redevenait un chasseur-cueilleur du paléolithique. Le contrat éthique derrière cette approche de la pêche de loisir qui consiste à relâcher les poissons que l’on capture, (« catch and release », ou « no kill ») est assez simple : la souffrance des poissons, supposée ou réelle, importe moins que l’engagement indéfectible et passionné des pêcheurs en faveur de la protection et de la réhabilitation des milieux aquatiques, qui profite aux poissons dans leur ensemble. Contrat d’autant plus facile à accepter qu’une truite capturée dans l’intention de la consommer souffre autant,  sinon plus, car les techniques de capture sont alors souvent plus invasives, qu’une truite qu’on s’apprête à relâcher….

En Suisse par contre, les protecteurs des animaux ont réussi à faire pression sur l’administration fédérale pour que la pêche de loisirs ne soit plus qu’alimentaire : ne devraient donc pêcher que ceux qui mangent les poissons qu’ils capturent. Et la chose aurait  pu aller plus loin encore, puisque certains protecteurs des animaux estiment en effet que tuer proprement un poisson pour le manger est un acte d’une cruauté telle qu’il doit être interdit… aux enfants. (voir l’article de 20 minutes…).

A Genève, les choses sont simples : si une telle loi était appliquée strictement par les quelques deux milles pêcheurs du canton, qu’on aurait ainsi voulu transformer en consommateurs plutôt qu’en gestionnaires attentionnés, les petits cours d’eau du canton auraient été vidés depuis longtemps.

Car ne nous y trompons pas, le développement économique du plateau suisse a rendu les conditions d’existence des poissons  incompatible avec une pêche de loisir quantitative.

Pourtant, et c’est là tout le problème, les protecteurs des animaux sont désespérément absents lorsqu’il s’agit de s’opposer à la destruction de l’habitat des poissons, ou à l’amélioration de la qualité de l’eau. Pire, ils laissent depuis des décennies les pêcheurs seuls au front pour lutter contre les effets dévastateurs des éclusées et des vidanges des barrages, qui anéantissent pourtant chaque année des générations entières de poissons, par un processus d’asphyxie qu’on jugera difficilement moins douloureux qu’une capture par un pêcheur.

Les protecteurs des animaux, en menaçant directement le lien émotionnel que les pêcheurs entretiennent avec les poissons et les cours d’eau, se trompent donc lourdement de cible. Libre à eux.

En revanche,  l’administration fédérale serait bien inspirée de reconsidérer la force du lobby des protecteurs des animaux à sa juste mesure, et de comprendre que ces derniers ne représentent pas l’opinion majoritaire. En 1990, lorsque les zurichois se sont prononcés sur la création d’un poste de procureur spécialement dédié à la protection des animaux, ils l’on refusé à plus de 80% . Que l’administration fédérale cesse donc une fois pour toute de courber l’échine devant leurs revendications en matière de pêche !

 

 

Christophe Ebener