02/02/2017

Des chimères dans ma boîte à mouches

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Lorsque j’ai débuté la pêche à la mouche au bord de l’Allondon, au début des années nonante, les vieux pêcheurs ne pêchaient  « qu’en sèche », c’est à dire qu’ils présentaient aux poissons une imitation d’insecte à la surface de l’eau, et si celle-ci dérivait naturellement, les truites montaient la gober.

A l’époque déjà, la quantité d’insectes étant largement inférieur à ce qu’elle était par le passé, les poissons qui daignaient se nourrir en surface étaient plutôt rares, et la plupart des jeunes pêchaient « à la nymphe », une technique largement plus efficace qui consiste à présenter sous l’eau une imitation de l’insecte à l’état larvaire.

Aujourd’hui, mes boîtes sont pleines à craquer de mouches sèches que je n’utilise plus. A cause des pesticides, le nombre d’éphémères ou de trichoptères qu’on voit dériver sur l’eau se compte sur les doigts de la main et les poissons n’ont plus les yeux tournés vers la surface.

Pas question toutefois de laisser les ennemis de la vie aquatique transformer nos cours d’eau et nos campagnes en désert biologique. Mes amis pêcheurs et moi-même soutiendrons donc l’initiative, « pour une suisse libre de pesticides de synthèse » et monterons des stands bruyants pour récolter des signatures.

Bien entendu, la plupart des environnementalistes réfléchis et les écolos de carrière ne la soutiendront pas officiellement, au motif qu’elle est excessive et qu’elle n’a aucune chance d’aboutir. Bien entendu, on leur rétorquera qu’aujourd’hui l’effondrement des populations d’insectes atteint 80% dans les campagnes et les cours d’eau, et que la négociation nuancée, c’était hier qu’il aurait fallu la proposer.

Il est donc temps de partir en croisade. Nos mouches sèches doivent ressortir de leurs boîtes !

 

Christophe Ebener

30/01/2017

La concertation avec les technocrates, ça sert à quoi ?

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La plupart des chefs qui le sont devenus grâce à leurs brillantes études adorent la concertation, la planification, les réunions et toute une série de processus longs et coûteux qui se terminent en «ion », dont l'intérêt principal est d’aboutir à des décisions frileuses tout en diluant les responsabilités, et donc de se maintenir en place.

Appliqué aux eaux genevoises, cet état d’esprit n’a pas démérité : des réunions ont réuni des gens de tous bords, des indicateurs ont indiqué des milliers de choses, et des études ont conclu qu’il fallait étudier plus. Pendant ce temps, les truites ont disparu du Rhône, les captures dans l’Arve se sont effondrées, et la somme annuelle des poissons capturés dans l’Allondon est inférieure au nombre de prises conservées par un seul pêcheur dans les années quatre-vingts ! Tout cela en une génération !

La conclusion qu’il faut en tirer est simple : la concertation et ses milliers d’heures de travail bénévole n’a servi qu’à accompagner la lente agonie des rivières genevoises.

Autrement dit, les défenseurs des cours d’eau seraient bien inspirés de renoncer à leurs alliances contre-productives avec les pouvoirs en place, et de partir en croisade contre les ennemis de la vie aquatique. Sans cela, il ne restera bientôt rien d’autre que des populations en voie de disparition et des bassins d’élevage pour des truites de pisciculture.

 

Christophe Ebener

02/01/2017

A Genève, l’année 2016 s’est terminée par une orgie

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Durant les fêtes, de nombreux noctambules ont arpenté les quais du lac et du Rhône. Peu d’entre eux ont pris la peine de jeter un coup d’œil par dessus bord, et pourtant, le spectacle était semble-t-il génial à voir : toutes les nuits, des milliers de féras du Léman remontaient des profondeurs pour se reproduire dans le Rhône urbain ou sur les rives du lac. Sous quelques centimètres d’eau, les mâles se battaient dans de bruyantes éclaboussures pour féconder les œufs que les femelles déposaient sur le fond.

Juste à côté, on apercevait des tanches et des carpes de plusieurs kilos qui profitaient non pas du spectacle, mais des œufs que les poissons laissaient à leur sort une fois fécondés. A l’affut, le dos quasiment à fleur d’eau, les gros brochets étaient quant à eux là pour se repaître des féras adultes.

Le matin, les poissons avaient disparu, et tout était désert jusqu’à la nuit suivante.

L’année prochaine, c’est certain, on ne les ratera pas!

Christophe Ebener

30/12/2016

Adieu flux d’ouest, je t’aimais bien !

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Il rendait nos automnes favorables aux champignons, et enneigeait nos montagnes en hiver. Des étés tempérés et des nappes phréatiques pleines au printemps, c’était aussi grâce à lui.

En son absence, la carte des dangers d’incendie est devenue toujours plus rouge, et les arbustes des haies genevoises ont perdu leurs feuilles avec plus d’un mois d’avance. Les truites sont mortes dans nos rivières asséchées et je skie depuis une semaine sur la glace des canons à neige.

Le pire, c’est que sa venue n’est même pas envisagée sur un seul scénario des modèles numériques de prévision du temps. A perte de vue, c’est bis repetita : soit un énième renouvellement anticyclonique, soit un flux méridien !

Franchement, le réchauffement climatique sans flux d’ouest, j’en veux pas !

 

Christophe Ebener

05/12/2016

A quand un parc national chez les citadins?

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Le projet d’un nouveau parc national entre les cantons des Grison et du Tessin a été rejeté par les principales communes concernées. Comme d’habitude, on lit majoritairement que c’est la peur ou une mauvaise compréhension du projet qui aurait poussé le corps électoral à s’y opposer.

Si la nature nous importe, il serait pourtant judicieux de se demander si ce n’est pas dans le concept même de ces projets que réside le problème. L’interdiction de la cueillette des champignons, de la chasse et de la pêche dans le centre de la réserve pourrait ainsi être vu comme une tentative, intrinsèquement vouée à l’échec, de « mettre en scène la nature » ou de l’enfermer dans « une réserve d’indien». (Ces mots sont de l’écrivain grisonnais Leo Tuor).

 Car le discours dominant des citadins sur la nature oppose bel et bien à une nature sauvage et vertueuse une nature de seconde zone, forcément aliénées par les humains qui y vivent. Cette séparation, purement artificielle, entre le monde naturel et le monde culturel est pourtant contreproductive, car elle empêche de penser la nature dans nos villes, nos parcs et nos friches industrielles ! On aime savoir la présence des lynx et des bartavelles à trois ou quatre heures de route, mais à côté de chez soi on trouve normal de ne voir que des lauriers rose et le chat du voisin, qui année après année, anéantit pourtant toute bête à plumes ou à écailles qui tente de s’établir. 

Le prochain parc national, c’est plutôt entre Genève et Lausanne qu’il faudrait le concevoir. Qu’on entende les citadins qui ont accepté la LAT et l’initiative Weber se prononcer sur leur environnement immédiat. Souhaitent-ils entendre des rossignols dans les haies ? Le grésillement des sauterelles et le vol des papillons au bord des trottoirs est-il plaisant ou détestable ? Veulent-ils pêcher des truites sauvages ou des poissons rouges dans le Rhône ? A celui qui regarde la nature sans jugement moral, les villes et leurs extensions révèlent leur véritable potentiel. Et qu’on ne me dise pas qu’un tel discours est une pure invention: les exemples où des aménagements simples ont permis à des zones industrielles de voir leur diversité biologique exploser sont innombrables.

Faisons donc revenir la nature vers nous plutôt que de la mettre en boîte dans les hauteurs grisonnes.

 

Christophe Ebener

10/11/2016

L'eau du Léman bientôt dans nos rivières ?

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Il n’aura échappé à personne que le développement des activités humaines autour du bassin genevois ainsi que les épisodes de sécheresse réguliers que nous connaissons depuis quelques années mettent nos rivières dans un situation inquiétante, et les nerfs des pêcheurs à rude épreuve.

Une bonne nouvelle pourrait pourtant venir du projet Genilac, en cours actuellement, qui projette d’amener l’eau du Léman dans certains quartiers afin de refroidir des immeubles en été et les réchauffer en hiver. Un tel projet aurait évidemment un immense potentiel pour quelques unes de nos rivières: une fois cette eau amenée si loin du lac, pourquoi ne pas la rendre aux cours d’eau qui s’écoulent à proximité plutôt que de la faire revenir au Léman dans des tuyaux enterrés ? Cette eau a en effet toute les qualités requises : des contrôles réguliers attestent de sa qualité, sa température constante est largement favorable à la faune aquatique, et elle retournerait simplement dans le Rhône en fin de parcours !

Avec un apport d’eau constant et régulier du Léman, la Seymaz, par exemple, dont le débit et la température estivale sont défavorables à la survie de la faune aquatique, verrait à n’en pas douter sa valeur écologique augmenter considérablement.

L’obstacle à un tel projet n’est pas technique mais idéologique. Il faut reconnaître qu’il n’existe plus de frontière entre notre environnement humanisé et l'environnement naturel que nous idéalisons. Sur tous les cours d’eau, la marque des activités humaines se fait en effet sentir : les méandres du Rhône et de l’Arve ont disparu depuis longtemps, le régime d’écoulement de tous les cours d’eau a bien changé depuis que les sols du bassin genevois ont été imperméabilisé, et on trouve dans leurs eaux une multitude de résidus polluants qui témoignent de notre mode de vie.

Refuser cette eau du Léman à nos rivières parce qu’il n’est pas « naturel » qu’elle s’y écoule est en contradiction totale avec la réalité du monde vivant qui nous entoure. Une telle opportunité ne se produira pas tous les jours. Il serait donc incompréhensible de la rater.

 

Christophe Ebener

13/10/2016

Les truites arc-en-ciel terrassées par les chats de salon

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Bye bye les arc-en-ciel..

Par 118 voix contre 70, le Conseil National a définitivement fermé la porte aux espoirs de ceux qui imaginaient revoir un jour des truites arc-en-ciel dans les cours d’eau suisses.

Une majorité de 118 chats de salon vit donc avec l’idée que la nature est une chose figée qui nécessite qu’on la protège telle quelle plutôt que de laisser à l’esprit humain la possibilité de la gérer intelligemment.

Cette idée est pourtant fausse parce que le monde vivant est en perpétuelle transformation depuis des millions d’années, et qu’il a toujours su profiter de toutes les catastrophes et contingences historiques pour se diversifier, sans direction privilégiée, et sans qu’une quelconque protection humaine n’ait jamais été nécessaire à sa survie ou à son développement.

Elle est même doublement fausse si l’on songe que la présence d’une espèces donnée à tel endroit plutôt qu’à un autre est le fruit du hasard, et non pas l’aboutissement d’un sage dessein ou d’un équilibre vertueux.

 Cette idée est aussi désespérante parce que la libre circulation totale des biens et des personnes, que la plupart de nos chats de salon ont soutenu et soutiennent encore, a conduit à l’installation partout dans le monde de milliers d’espèces exogènes, au hasard et sans aucun contrôle ; un tel phénomène étant mille fois plus préoccupant que l’introduction ciblée et documentée de quelques truites arc-en-ciel dans un cours d’eau.

Enfin, cette idée est navrante car elle revient à reprocher aux romains d’avoir volontairement repeuplé le Léman, il y a deux mille ans, avec des perches, des carpes et des brochets. Espèces que, sauf erreur, nous apprécions à leur juste valeur aujourd’hui.

 Mais l’idée d’une nature infiniment sage, ordonnée et conservatrice a ceci de confortable qu’elle donne le sentiment rassurant que sur un vote, tous les échecs précédents peuvent être oubliés. Au coin du feu, les chats de salon pourront donc se réjouir d’avoir refusé à une truite américaine la possibilité d’exister dans des cours d’eau suisses qu’ils ont pourtant contribué à transformer suffisamment pour que celle-ci soit la dernière à pouvoir y vivre...

On est si bien au coin du feu.

 

Christophe Ebener

05/10/2016

Sécheresses à répétition : en finir avec les atermoiements

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Mon grand père n’aura peut-être vu que quelques fois dans sa vie le triste spectacle d’une pêche électrique de sauvetage, durant laquelle des techniciens cherchent à récupérer un maximum de poissons avant qu’ils ne meurent dans des cours d’eau asséchés.

Pour ma génération par contre, un tel événement est devenu habituel : quasiment une année sur deux, l’administration, la commission de la pêche et les associations de pêcheurs organisent de tels sauvetages (les derniers en date ayant lieu ces jours sur la Drize et l'Aire...), et débattent de la pertinence d’interdire ou non l’accès aux rives de nos cours d’eau tellement les débits sont faibles.

J’avais appelé, dans un précédent billet, l’administration à négocier urgemment l’arrêt des pompages et des captages des eaux de source en France voisine, afin de rendre à nos cours d’eau les 30% de débit supplémentaire qui leur manque si cruellement durant les périodes prolongées sans pluie.

La survie de nos poissons sauvages dépend cependant aussi, à Genève même, de notre capacité à leur offrir un libre accès à l’Arve et au Rhône, seules zones où l’on trouve de l’eau fraiche en quantité.

Si l’on espère donc voir autre chose que des poissons rouge ou des poissons chat dans des cours d’eau surchauffés, l’Arve et le Rhône doivent redevenir ce qu’ils étaient autrefois : un refuge pour la faune aquatique.

La mauvaise qualité des eaux de l’Arve, les brutales variations de débit du Rhône et les obstacles à la libre circulation des poissons entre l’Arve, le Rhône et les petits cours d’eau posaient déjà des problèmes importants par le passé. Aujourd’hui, leur résolution est plus urgente que jamais.

 

Christophe Ebener

20:50 Publié dans Genève, Pêche | Lien permanent | Commentaires (0)