11/05/2016

Tout savoir sur la prochaine vidange du Rhône!

vidange.jpg

Du 20 au 31 mai aura lieu la vidange des retenues des barrages de Verbois et Chancy-Pougny.

Cette année, les SIG ont établi un nouveau protocole d'abaissement qui devrait, selon eux, largement diminuer l’impact environnemental des vidanges.

Et à en croire les communiqués de l’Etat de Genève, tenant pour l’occasion de la méthode Coué, on semble effectivement se diriger vers un épisode quasiment sans impact sur la faune riveraine et aquatique du Rhône.

Nulle mention, cependant, que la date retenue (fin du printemps), soit l’une des pires possibles : les oiseaux sont en période de nidification, et l’abaissement brutal des lignes d’eau aura un effet significatif sur les femelles qui couvent ou les jeunes fraichement éclos. Il en sera de même pour les castors, dont les adultes en perdition ne pourront certainement pas assurer la survie de leurs jeunes. L’augmentation des vitesses d’écoulement et de la concentration des particules en suspension dans l’eau se traduira une nouvelle fois par la dévalaison ou la mortalité des jeunes poissons, qui auraient pourtant eu plus de chance de survivre si on leur avait laissé quelques mois de croissance supplémentaire.

Contrairement à l’Etat de Genève et aux SIG, la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises s'attend donc à ce que cette vidange ait un impact majeur sur la faune piscicole du Rhône, et s'apprête donc à lancer une opération de surveillance et de communication importante.

Elle invite les pêcheurs et tous les défenseurs du Rhône à communiquer l'ensemble de leurs observations (photos, textes, vidéos) en utilisant le hashtag #vidange2016 sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter, de manière à organiser et rendre visible leurs témoignages aux médias et à toutes les personnes intéressées.

Elle offrira café et croissants à tous ceux qui accepteront d’être les sentinelles du Rhône le samedi 21 mai dès 8h à l’étang des Touvières. Dès 10h, elle organisera une conférence de presse pour faire le point de la situation.

La surveillance de cette vidange est particulièrement importante cette année car en cas d'échec des SIG et de l’Etat de Genève à préserver les richesses naturelles du Rhône, il ne restera pas d'autre solution à la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoise que de s'opposer systématiquement aux prochaines vidanges.

Christophe Ebener

 

13/04/2016

2016 année du Rhône!

photo1.JPG

C’était lors du week end de Pâques. Durant ces trois jours fériés, le Rhône, avec un débit sous les 100 mètres cubes par seconde, s’écoulait paresseusement dans la campagne genevoise. Le mardi matin en revanche, le barrage du Seujet ouvrait ses vannes pour permettre aux turbines du barrage de Verbois de produire de l’électricité, la demande étant en augmentation avec la reprise du travail. Résultat : en quelques heures, le débit a plus que quadruplé !

Les zones qui étaient favorables au frai des poissons lundi soir ne le sont plus mardi matin. Là où des zones calmes rassemblaient les alevins de l’année, on trouve maintenant un courant d’eau rectiligne et puissant.

 Comment, dans ces conditions, s’étonner que les espèces les plus sensibles aient quasiment disparu du Rhône ?

Heureusement, issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche, la nouvelle loi sur la Protection des Eaux (LEAux) offre aux exploitants des barrages hydroélectriques la possibilité de réduire fortement l’effet négatif des éclusées, en finançant le manque à gagner que la limitation de ces éclusées induirait pour eux !

A n’en pas douter, la Confédération verrait d’un bon œil l’état biologique de l’un des plus grands fleuves européens s’améliorer, et entrerait en matière pour un tel financement. Mais le montant à disposition n’étant pas infini, il serait plus que dommage que les Services Industriels Genevois ratent cette occasion unique, et que d’autres cantons ne raflent la mise pour des projets de moindre importante écologique ! A l’heure actuelle, et vu l’absence de communication officielle sur le sujet, on peut se demander si les SIG ont développés des propositions concrètes pour faire appel au fond de la Confédération (Swissgrid) afin limiter les éclusées sur le Rhône…

Cette loi impose également, mais aux cantons cette fois, d’assurer la libre circulation des poissons, toutes espèces confondues, et quel que soit leur stade de développement. Là encore, laissera-t-on les autres cantons puiser dans le fond de la Confédération, alors que celle-ci n’attend que des proposition concrètes pour libérer enfin le Rhône de ses obstacles en finançant la construction d’échelles à poissons dignes des standards actuels, ou des rivières de contournement de barrages, comme le cas est évoqué à Verbois ?

 Le manque de communication sur ces thèmes fait actuellement craindre le pire. Genève a financé entièrement ses projets de renaturation, dont la qualité est reconnue à l’échelle nationale. Il serait dommage que le canton et SIG ne profitent pas de la LEAux et de ses financements pour faire avancer la cause du Rhône.

2016 sera l’année du Rhône, ou ne sera pas !!!

 

Christophe Ebener

25/02/2016

IL n'y a plus de truites dans les Eaux Chaudes et Froides, alors que tout a été tenté… sauf le tir des harles!

PICT0003.jpg

Depuis plusieurs décennies maintenant, le Fishing Club Genève et la Fine Equipe, deux sociétés de pêche genevoises, travaillent d’arrache-pied sur deux petits ruisseaux qui se jettent dans l’Allondon, dans la région de Russin. Cet investissement a pour unique but d’offrir aux truites qui remontent ces ruisseaux des conditions de reproduction et de croissance optimales. Les jeunes poissons sont ensuite remis dans l’Allondon, de manière à soutenir de la meilleure des manières ce cours d’eau emblématique de la nature genevoise, qui peine à maintenir sa population de truites sauvages.

Dans les années 80, une nasse posée à l’embouchure de l’un de ces petits ruisseaux recensait en une seule nuit jusqu'à cent poissons adultes!

Depuis des années ce chiffre est en chute libre. Cet automne, seuls quelques poissons sont remontés frayer dans ces ruisseaux…

Pourtant, quasiment aucune truite n’a été prélevée par les pêcheurs du canton depuis 5 ans, car un arrêté limite drastiquement la capture de ces poissons.

Plus de 100 millions ont également été investi par la France et la Suisse pour débarrasser l ‘Allondon de son principal rejet polluant.

Alors, que reste-t-il à l’action humaine pour renverser cette tendance déprimante ?

Cesser le développement urbain sur le bassin versant de l’Allondon n’est pas réaliste. Interdire les micropolluants en France et en Suisse relève d'interventions au parlement, et la Fédération Suisse de Pêche est déjà active sur le sujet.

Il reste un domaine sur lequel nous pouvons agir : documenter la prédation des oiseaux piscivores sur les jeunes poissons, via l'analyse des contenus stomacaux. Le tir de quelques harles s’avère donc indispensable.

 

Christophe Ebener

08/02/2016

Pourquoi il ne faut pas interdire les néonicotinoïdes !

eclosion.jpg

Ils sont suspectés de faire disparaître à large échelle les insectes de nos campagnes, et sont probablement responsables de la chute dramatique des populations d’insectes et crustacés aquatiques dont se nourrissent la plupart de nos poissons.

Eux, ce sont les néonicotinoïdes, des pesticides dix mille fois plus puissants que le DDT, et dont il suffit d’enrober une graine pour que la plante dans sa totalité soit rendue toxique pour les insectes durant toute une saison !

 Présentés en grandes pompes par l’industrie agro-chimique en raison de leur faible toxicité pour les vertébrés, certains d’entre eux sont pourtant déjà interdits en raison de leur très forts impacts sur les sols, les cours d’eau et la santé humaine !

 Mobiliser des ressources humaines et financières pour favoriser leur interdiction reviendrait cependant à épuiser ces dernières pour rien ! En effet, les néonicotinoïdes sont déjà de vieilles molécules. L’industrie a eu largement le temps de développer leurs successeurs, et elle n’attend que leur interdiction pour mettre les suivantes sur le marché.

 Ce qu’il faut en réalité, c’est rendre les procédures d’homologation de ces molécules toxiques pour l’environnement beaucoup plus exigeantes. Car jusqu’à présent, la charge de prouver des dommages sur l’environnement revient prioritairement aux collectivités publiques ou à la société civile. Qui s’épuisent à rechercher des financements alors qu’elles ont toujours un train de retard.

Le problème est donc éminemment politique, et il ne sera résolu que si il existe dans ce pays une majorité pour offrir au monde agricole des produits que ces derniers pourraient utiliser sans prendre le risque d’anéantir leur sol, les eaux qui s’en échappent, et les cours d’eau vers lesquelles elles mènent.

 

Christophe Ebener

09/12/2015

Echelles à poissons du Rhône genevois: on est loin du compte!

Capture d’écran 2015-12-09 à 16.09.03.png

L’article de la Tribune de Genève du 7 décembre intitulé « les échelles à poissons sous vidéosurveillance » mentionne à juste titre que l’efficacité des échelles à poissons du Rhône genevois est largement insuffisante comparée aux ouvrages existants sur les grands fleuves européens.

L’article suggère toutefois que le faible nombre de poissons qui empruntent ces passes s’expliquerait par le fait que ces derniers n’auraient aucune raison de se déplacer car ils trouveraient tout ce dont ils ont besoins sur place.

En réalité, le Rhône genevois a été décrit comme étant particulièrement défavorable à la faune piscicole dans un diagnostic environnemental publié par l’Etat de Genève en raison précisément de la présence des barrages et de leurs effets sur la dynamique du fleuve et le libre passage des poissons. La raison pour laquelle les poissons ne circulent que très peu dans les passes à poissons tient donc en une seule phrase : ils sont incapables de le faire car ces dernières ne sont pas fonctionnelles ! D’ailleurs, des suivis télémétriques réalisés sur des cours d’eau sans barrage montrent clairement que toutes les espèces de poissons se déplacent activement dans les cours d’eau qu’elles habitent. Les poissons se déplacent donc, notamment avant la période de reproduction, pour autant qu’ils le peuvent.

L’article ne mentionne par ailleurs pas que les espèces autrefois emblématiques du Rhône et de l’Arve, telles les truites fario et les ombres commun, ne se reproduisent plus dans le Rhône genevois, en raison de l’infranchissabilité des ouvrages hydroélectriques et des éclusées destructrices qu’ils provoquent.

Après des décennies d’assainissement, le lac Léman est devenu un exemple unique en terme de gestion des ressources naturelles: ombles, corégones, brochets, perches et truites y sont chaque année plus nombreuses. Il serait donc dommage que le Rhône genevois ne profite pas de ce succès des collectivités publiques, et que le principal émissaire du plus grand lac d’Europe continue ainsi à être verrouillé par des ouvrages hydroélectriques.

 

Christophe Ebener

Le climat change. La nature aussi. A quand une adaptation des lois sur la pêche et sur la chasse ?

Doc.Truites-2.jpg

 

Ce n’est un secret pour personne, la température moyenne en Suisse augmente et la répartition des précipitations s’écarte de ce que nous avons connu par le passé. Ces changements, qui s’inscrivent sur le long terme, ne sont pas sans incidence sur les conditions d’existence des poissons qui peuplent nos cours d’eau.

Ainsi, certaines rivières, telle l’Allondon, passent progressivement d’un régime nival à un régime pluvial. En d’autres termes, cela signifie que leur débit dépend de la fréquence et de l’intensité des pluies, alors qu’il était auparavant régulé par le rythme de la fonte des neiges. A cela s’ajoute bien sûr l’imperméabilisation croissante des sols, (routes, habitations,…) qui amplifie encore ce phénomène.

Les poissons ont donc changé d’environnement sur un rythme largement plus rapide que celui auquel ils ont fait face par le passé. En quelques décennies, leur habitat s’est virtuellement déplacé de plusieurs centaines de kilomètres vers le sud, et la plupart de nos petits cours d’eau sont maintenant méditerranéens : les débits varient très rapidement, et les périodes sans pluie se traduisent par des étiages plus étendus et plus sévères que par le passé. Là encore, ce phénomène est amplifié par les activités humaines, le plus souvent très gourmandes en eau (que l’on songe aux tonnes d’eau que demandent les arrosages continus des golfs du bassin genevois en période de canicule).

Pourtant, la loi sur la pêche repose toujours sur l’idée conservatrice et passéiste selon laquelle les espèces en place doivent être maintenue coûte que coûte, et gérée de sorte à ne pas interférer avec le fonctionnement naturel des écosystèmes. Le principe a au moins le mérite d’être clair, simple et sans risque : renaturons les cours d’eau, touchons le moins possible aux poissons, et ils reviendront par eux mêmes ! Ainsi, les alevins qui servent à repeupler les cours d’eau dans lesquels la reproduction naturelle fonctionne mal doivent impérativement provenir de géniteurs issus du même bassin versant que le cours d’eau cible. Même si actuellement il serait tentant, par exemple, de voir comment des truites issues du bassin méditerranéen se comportent dans nos cours d’eau en pleine transformation.

Mais surtout, cette loi apparait en décalage avec la réalité du terrain. Ainsi, même si le canton de Genève a été le pionnier de la renaturation des cours d’eau en Suisse, force est de reconnaître que nos cours d’eau ne sont pas le portrait de ce qu’ils étaient il y a un siècle. Qui peut penser que la vallée de l’Arve perdra ses habitants, ou que les besoins en eau et en territoire reviendront à ce qu’ils étaient il y a à 50 ans ?

Les truites arc-en-ciel, qu’on verrait pourtant bien vivre dans l’Arve de 2016, ne sont donc pas prêtes d’y être ré-introduites.. Les oiseaux piscivores, quant à eux, jouissent toujours de la protection de la loi sur la chasse. Protection qui serait elle aussi compréhensible si nos cours d’eau étaient aussi productifs qu’en 1950.

On est donc en droit d’attendre du législateur qu’il adapte les lois fédérales sur la pêche et sur la chasse à ce qu’est la Suisse du XXI siècle : un territoire totalement humanisé qui a transformé en profondeur et de manière irréversible le fonctionnement écologique de la plupart de nos cours d’eau.

Or, cette loi n’offre actuellement aux gestionnaires que la promesse romantique qu’un jour le monde reviendra à ce qu’il était auparavant.

Les choses pourraient cependant évoluer, car avec un conseil national majoritairement à droite, on peut s’attendre à ce qu’une vision laïque et humaniste de la nature l’emporte. Les pêcheurs seraient donc bien avisés d’entrer rapidement dans le jeu politique si ils souhaitent avoir dans un avenir proche un arsenal législatif compatible avec la survie de la pêche de loisir.

Christophe Ebener

13/11/2015

Truites du Léman aux PCB : un fiasco qui pourrait se reproduire !

lacustre.jpg

Il n’aura échappé à personne que certaines truites lacustres du Léman sont contaminées, tout comme les ombles chevalier, par des PCB. En conséquence, les chimistes cantonaux ont décidé d’interdire leur commercialisation par les pêcheurs professionnels dès qu’elles atteignent 54 centimètres. Car une fois cette taille atteinte, elles ont pu accumuler suffisamment de ces micropolluants dans leur tissu adipeux pour dépasser les valeurs des nouvelles normes en vigueur, plus sévères que par le passé. Ce problème concerne les truites et les ombles parce que ces deux espèces sont particulièrement grasses, et que les individus que l’on consomme sont souvent de taille respectable, et donc âgés.

Pour le reste, féras, perches et écrevisses sont quasiment exemptes de PCB, ce qui justifie pleinement d’en consommer régulièrement.

Bref, du côté de la santé humaine, pas d’inquiétude à avoir, sinon que les normes ont ceci d’aberrant que celui qui consomme souvent des ombles ou des truites de taille modeste, donc commercialisables, pourrait accumuler dans ses cellules graisseuses plus de PCB que celui qui mange un filet de truite lacustre de 55 centimètre une fois par année, alors que celles-ci sont désormais interdites à la vente!

 Cette interdiction est néanmoins désastreuse à plusieurs titres :

 D’une part, comme elle condamne de facto une fraction non négligeable du revenu des pêcheurs professionnels, on aurait aimé voir les chimistes cantonaux inclure les pêcheurs professionnels dans le processus décisionnel, et communiquer positivement sur le fait que les espèces les plus recherchées par les gastronomes (perches et feras) sont parfaitement consommables. Par ailleurs, le prix élevé des analyses (plus de mille francs par poisson) limite forcément le nombre d’espèces qui sont testées pour les PCB. Qu’en est-il alors des barbeaux et des silures du Rhône, qu’une fraction des pêcheurs genevois consomme régulièrement ? A l’heure actuelle, aucune recommandation n’émane du chimiste cantonal.

D’autre part, elle ne s’attaque pas aux causes de la contamination, se bornant à interdire la commercialisation des espèces touchées et à promettre des investigations dans le futur. Pourtant, des sources de pollutions sont connues, telle l’ancienne décharge de Dyvonne par exemple, dont les eaux d’infiltration se jettent directement dans la Versoix, sans pour autant que l'assainissement soit programmé...

Enfin, elle témoigne avec cynisme des pratiques désastreuses des autorités fédérales et du conseil national en matière de lutte contre les micropolluants , qui consistent à tolérer encore aujourd’hui que l’on relâche dans l’environnement, parfois en quantité industrielle, des centaines de substances dont on est incapable de prédire l’impact  sur l’environnement et la santé humaine.

Ainsi, alors que les PCB ont été utilisé jusque dans les années 80, c’est encore maintenant que nous en payons le prix. Sur les cinq espèces de poissons les plus pêchées dans le Léman, 2 sont désormais jugées impropres à la consommation !

Or, depuis les années 80, rien n’a réellement changé. Les procédures d’homologations sont toujours aussi permissives pour les nombreuses substances qui sont relâchées dans la nature. Exemple parmi tant d’autres, celui des néonicotinoïdes. Ces pesticides, dix mille fois plus puissants que le DDT, sont relâchés par tonnes dans nos campagnes alors que les preuves de leur toxicité sont chaque jour plus nombreuses.

Demain peut-être, deux ou trois espèces supplémentaires de poissons pourraient donc être interdites de consommation. La mécanique est implacable, et doit être combattue.

 

Christophe Ebener

28/10/2015

S’il te plaît, dessine-moi la nature !

nature-enfant.jpg

Je ne suis jamais autant énervé que lorsque j’entends des gens me dire que puisque je ne suis pas économiste ou chef d’entreprise, je n’ai pas mon mot à dire sur l’économie. Comme si le discours économique n’était pas truffé de normes, de valeurs, d’intérêts et de préférences personnelles ! Comme si le discours économique était aussi objectif que celui du physicien qui calcule la date de la prochaine éclipse solaire !

 Malheureusement, cette attitude, qui tente d’étouffer le débat public en cachant les normes subjectives sur lesquelles se fondent la plupart des activités humaines, est de plus en plus reproduite par ceux qui sont en charge de la nature dans ce pays !

 Ainsi, vous n’introduirez un poisson dans une rivière qu’à la condition qu’il soit issu de parents provenant exactement du même cours d’eau que le cours d’eau dans lequel vous planifiez de le relâcher.  Parce qu’une rivière est un écosystème naturel et qu’il ne faut surtout pas y introduire des poissons qui n’en sont pas vraiment originaires.  Même si les métissages augmentent la diversité génétique, ce que l’on valorise pourtant chez les humains. Même si les fameuses perches du Léman ont été introduites par les Romains, à la satisfaction de tous. Même si c’est une moule (la moule zebrée), originaire du bassin de la mer Caspienne, qui est à l’origine de l’explosion, saluée par tous, des effectifs de canards hivernants sur le Léman

 Aussi, vous ne favoriserez pas une espèce de poissons, placés sur la liste rouge des espèces menacées, en régulant par des tirs les oiseaux piscivores pourtant en pleine expansion. Parce que leur présence est naturelle. Même si, les cours d’eau, eux, ne le sont plus vraiment. Même si ces oiseaux ont largement profité des barrages que les humains ont construits sur la plupart des fleuves européens, qui ont transformés des cours d’eau autrefois vifs et puissants en succession de bassins particulièrement favorables aux oiseaux d’eau, à l’image du barrage de Verbois !

 Mais surtout,  cet argument, qui plaide pour une non-intervention en matière de nature, est de surcroît utilisé de manière très sélective. Ainsi, personne n’en fera usage lorsqu’il s’agit de tondre des hectares entiers de roselières pour éviter qu’elles ne soient colonisées par la forêt. Ou encore lorsqu’il s’agit d’introduire des moutons ou des chèvres pour préserver les praires maigres de l’envahissement par les buissons. Même si, en procédant de la sorte, on fait de facto le choix de favoriser des espèces au détriment d’autres…

 On le voit, l’usage du mot nature est à considérer avec une bonne dose de sens critique. Parce que ceux qui l’utilisent dans l’espace public le font la plupart du temps dans un sens militant, en espérant ainsi légitimer leur vision subjective de ce que doit être la nature.

 De même que l’économie n’appartient pas à Economie Suisse, la nature n’appartient donc pas à ceux qui s’en font les porte-paroles autoproclamés. Elle est un thème qui mérite d’être débattu publiquement dans les institutions démocratiques et dans les administrations.

 En particulier au Conseil National, où les pêcheurs seraient donc bien inspirés de présenter rapidement leurs arguments en faveur des truites arc-en-ciel et de la régulation des oiseaux piscivores.

Christophe Ebener