10/10/2017

Gestion de la nature : le vent tourne mais la loi ne suit pas !!!

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A voir le nombre de publications qui sortent sur le sujet (1), la vision, au fort relent de créationnisme, d’une nature parfaite et figée dans le temps qu’il faudrait protéger telle quelle a du plomb dans l’aile, et c’est tant mieux !

Celui qui voudra bien y jeter un coup d’œil apprendra en particulier que les espèces exotiques s’intègrent finalement assez bien à la diversité locale, et que la construction de nature hybride, capable à la fois de satisfaire une multitude de besoins humains tout en hébergeant une faune et une flore diversifiée, est parfaitement possible, voir souhaitable.

Une approche aussi dynamique, en rupture avec les pratiques actuelles qui recherchent avant tout à recréer la nature du passé, sans y arriver la plupart du temps, se construit bien évidemment sur un modèle différent. C’est un mode de gestion qui demande que l’on apprenne en faisant, que l’on agisse sur la base de connaissances scientifiques, mais aussi de savoirs empiriques, d'expériences accumulées ou de requêtes de citoyens. Mais surtout, la gestion même des systèmes écologiques évolue en fonction de la trajectoire que ces derniers suivent, et des connaissances que l’on en a. C’est donc l’antithèse de la gestion conservatrice et normative telle que nous la pratiquons aujourd’hui.

Pour y arriver, il faudra une législation flexible et réactive, ouverte aux potentialités locales, qui ne s’appuie pas seulement sur des normes et des dogmes gravés dans le marbre.

Le bouleversement climatique qui s’annonce pourrait être une occasion unique de lancer un grand débat sur la nature dans laquelle nous voulons vivre ces prochaines décennies.

Malheureusement, la législation actuelle est beaucoup trop restrictive pour qu’un tel mouvement de fond puisse déboucher sur des réalisations concrètes.

Pour être de véritables acteurs du changement, et non d’inertes marionnettes, il va falloir la changer, et vite !

 

Christophe Ebener

 

(1)Pour en savoir plus :

08/10/2017

La victoire des hérétiques?

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Le scénario était cousu de fil blanc. Une rivière qui s’assèche, une température de l’eau qui augmente sans cesse, des poissons en état de survie permanent, et un parasite qui trouve là des conditions idéales. Le constat est donc clair : en raison de la maladie rénale proliférative (MRP), les truites ont disparu de l’Allondon.

En mai, il avait déjà fallu parcourir plusieurs dizaines de mètres pour trouver quelques truitelles vivantes, ce qui en soi était déjà un très mauvais signal. Les analyses du Tierspital de Bern allaient d’ailleurs montrer que 60% des truitelles étaient atteintes par la maladie, dont les symptômes n’apparaissent pourtant que lorsque la température de l’eau dépasse 16 degré.

En juillet, c’est largement 200 mètres de rivière qu’il fallait faire pour trouver péniblement une dizaine de jeunes poissons, dont la totalité était malade.

Fin septembre, sur un secteur très favorable de plusieurs centaines de mètres, on comptait à peine quelques truitelles, qui toutes, également, étaient atteintes.

Bref, une population qui voit la totalité de sa descendance décimée en début d’automne, alors même que sa stratégie reproductive est d’être très prolifique, n’a concrètement aucune chance de se maintenir. Surtout lorsque le taux de mortalité atteint le maximum répertorié dans la littérature, ce qui témoigne d’une vitalité très faible, même en dehors d’une attaque parasitaire.

Comme les collectivités publiques françaises et genevoises ont investi plus d’une centaine de millions pour améliorer la qualité de l’eau de cette rivière, le statu quo n’est pas envisageable.

Il reste donc trois options.

La première, à peine née, est déjà morte. Elle consistait à s’inspirer du succès de la renaturation de la Versoix pour favoriser les populations migratrices, qui vivent dans le Rhône et le lac en été, et remontent frayer dans les petits cours d’eau en automne. Malheureusement, aucune population de ce type ne peut se développer avec des vidanges du Rhône programmées tous les 3 ou 4 ans.

La seconde est la plus conservatrice, la plus orthodoxe, et la plus répandue chez les gestionnaires, mais paradoxalement la plus fausse sur le plan génétique et évolutif. Elle consiste à dépenser beaucoup d’argent pour rechercher la truite originel de l’Allondon, dont il doit sans doute rester quelques traces en tête de bassin, dans l’idée que si on la protège bien, elle recolonisera à nouveau son milieu naturel. C’est la truite des créationnistes, celle d’Adam et Eve. Elle est parfaite, sans doute parce qu’elle est à l’image de dieu, et c’est donc elle qu’il faut absolument conserver, même si, depuis la création, l’environnement s’est quelque peu modifié, et que cette truite n’est donc pas forcément la mieux équipée pour y faire face.

Et puis, il y a la solution alternative. Celle qui consiste à reconnaître que les poissons qui peuplent nos cours d’eau sont le produit de l’histoire. Au début, celle des accidents climatiques et géologiques. Plus tard, aussi celle des humains. Cette vision se borne à constater que les moteurs de l’évolution biologique sont la diversité génétique et le changement, la première permettant de faire face au second. Or, et ce fait est incontestable, et partagé par tous, l’urbanisation du bassin versant et le réchauffement climatique ont profondément transformé ce cours d’eau. Le changement est donc toujours à l’œuvre, et probablement même beaucoup plus rapide que par le passé.

Nos salmonidés manquent donc aujourd’hui cruellement de diversité génétique, car les échanges naturels entre les populations sont impossibles en raison des barrages qui cloisonnent les cours d’eau européens.

Ce qu’il faut donc faire, c’est se demander à quoi ressemblera l’Allondon dans 20 ou 30 ans, et offrir en conséquence à ses habitants une diversité génétique suffisante pour qu’ils puissent s'adapter à leur nouvel environnement, parasites compris.

Quitte à demander aux créationnistes de l’OFEV une dérogation à la loi fédérale sur la pêche, et aller chercher des œufs de truites en Corse ou dans les Alpes du Sud.

Ce sera toujours mieux que d’annoncer lugubrement la disparition prochaine des truites des rivières du plateau suisse, comme l’OFEV l’a fait dernièrement. 

Amen !

 

Christophe Ebener

18/09/2017

Poisson du futur?

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S'il doit y avoir un vainqueur, ce sera lui. Le chevaine (Leuciscus cephalus) a toutes les cartes en main pour réussir là où les autres poissons sont sur le point d’échouer.

Il aime l’eau chaude et le soleil. Il supporte mieux nos pollutions que les autres, et il sait se maintenir en vie dans le dernier filet d’eau qu’une rivière asséchée peut lui offrir. Il a une stratégie de reproduction efficace, et un régime alimentaire particulièrement diversifié.

Comme il est indigène, il a le soutient de l’Office Fédéral de l’Environnement. Les biologistes de la conservation ne se sont pas encore penchés sur lui, donc il n’aura pas à subir leur discours dogmatique et inefficace.

Allez, avec autant d’atouts, la messe est dite, c’est principalement lui que vous verrez au bord de nos cours d’eau dans quelques années.

Sa chair n’a cependant aucun intérêt culinaire, et sa pêche est ennuyeuse comme tout.

D’autres espèces tout à fait intéressantes pourraient pourtant s’établir à ses côtés, mais elles vivent, aux yeux des créationnistes qui ont la charge de la nature dans ce pays, soit trop au sud, soit trop à l’ouest...

Bref, notre mode de vie a beau transformer les écosystèmes beaucoup plus rapidement qu’on ne le pensait, on s’imagine toujours pouvoir les conserver tels qu’ils étaient du temps de notre enfance.

Malheureusement, comme l’illustre le cas du chevaine, fermer les yeux sur le changement, c’est le subir quand même, mais sans se donner la chance d’en explorer les opportunités !

 Il est pourtant vital de choisir aujourd'hui la nature que nous aurons dans le futur.

 

Christophe Ebener

06/09/2017

Le Rhône et ses baigneurs valent bien quelques millions !

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Depuis des années, chaque été amène son lot de tragiques décès sur les rives du Rhône. A croire que les baigneurs sont ici plus en danger qu’ailleurs. C’est en tout cas ce que confirme le Conseiller d’Etat Luc Barthassat , en charge du département de l'environnement, des transports et de l'agriculture : « l'ouverture des vannes (du barrage du Seujet) entraîne un changement de température de l'eau très rapide. Peut-être faudrait-il installer des panneaux pour indiquer quand les vannes sont ouvertes ?».

Si l’on ajoute que l’ouverture des vannes fait varier le débit du Rhône du simple au quintuple, et qu’elles s’ouvrent et se referment en fonction du prix du courant électrique, c’est à dire de manière imprévisible, et surtout pas à heure fixe , on est obligé de conclure que les baigneurs genevois ne pourront pas s’adapter à ce fichu barrage.

C’est donc à ce barrage de s’adapter à eux.

Car ces multiples variations de débit n’obéissent à aucune contrainte légale, mais résultent d’un simple calcul économique : il s’agit d’ouvrir les vannes et de produire un maximum de courant électrique lorsque son prix est élevé, et de retenir l’eau en amont lorsque le prix est bas. Comme le prix du courant électrique varie au cours de la journée, les vannes s’ouvrent et se referment au gré de ces fluctuations.

Un Rhône sans éclusée est donc aujourd’hui parfaitement envisageable.

La sécurité de la baignade s’en trouvera grandement renforcée. On pourra enfin aménager certaines sections du fleuve en faveur des citadins qui cherchent à fuir la fournaise de nos canicules,  action légitime et indispensable si il en est. D’ambitieux projets de renaturation, aujourd’hui impossibles à concevoir,  pourront être réalisés. Et pour la faune aquatique, un tel Rhône, c’est le graal !

Il est donc temps de se demander sérieusement si les quelques millions ainsi gagnés par la production électrique de pointe en valent réellement la peine.

Je dis que non. La nature et les genevois auraient tout à gagner d’un Rhône sans éclusée, alors allons-y !

 

Christophe Ebener

23/08/2017

Souriez, une nouvelle espèce!

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François-Alphonse Forel, l’illustre naturaliste et limnologue suisse, disait en 1898 à propos de l’introduction de la perche soleil (espèce nord-américaine) : «Il est à espérer que cette jolie espèce se reproduira dans notre lac et enrichira définitivement nos eaux...». (1)

Aujourd’hui, les temps on bien changé, et chaque fois qu’une nouvelle espèce apparaît dans un écosystème, tout le monde se demande quel déséquilibre catastrophique cette dernière va bien pouvoir produire.

Le silure glane, maintenant bien présent dans le Rhône et le Léman n’échappe pas à la règle. Peu de poissons ont en effet eu l’honneur de faire l’objet d’autant d’articles dans la presse romande.

Le prochain à faire parler de lui sera probablement le black bass, originaire d’Amérique du Nord, dont les captures deviennent régulières dans le Rhône. Sur lui, on dira, comme on l’a fait pour le silure, qu’il va détruire les stocks de perches, ou alors qu’il a un appétit démesuré, comme on a pu l’entendre autrefois sur le brochet, dont on disait qu’il mangeait chaque jour son propre poids en poissons…

Et pourtant, qui se souvient que les barbeaux, qui constituent la majeure partie de la biomasse piscicole du Rhône ont été introduits, tout comme les carpes et les brèmes ? Et que dire des végétaux cultivés ici, dont la plupart ne sont pas européens? Même nos vénérables platanes, qui suscitent toujours un immense élan de sympathie à chaque épisode d’abattage, ne sont pas indigènes. Ni la classique luzerne, originaire de la région Caspienne, et amenée ici par les hommes il y a plus de 8000 ans.

Ainsi, et c’est un fait incontestable, peu d’espèces exotiques on réellement un impact négatif sur la nature. Les quelques cas problématiques qui sont mis en avant sont toujours les mêmes, et on passe sous silence - stratégie sciemment développée par la frange la plus conservatrice mais pas la plus rigoureuse sur le plan scientifique des défenseurs de la nature, - les nombreuses espèces non indigènes qui se sont acclimatées ici sans poser problème.

Plutôt que de crier au loup, ne pourrait-on pas reconnaître qu’en raison des multiples épisodes glaciaires que l’Europe a connu, la diversité en poissons est très faible dans les lacs et cours d’eau suisses (15 espèces natives dans le Léman, à comparer aux centaines d’espèces différentes qui peuplent certains lacs africains), et qu’à ce titre, on devrait plutôt se réjouir qu’une espèce ou une autre vienne enrichir la diversité locale ?

 

Christophe Ebener

(1) http://www.unige.ch/sphn/Publications/ArchivesSciences/AdS%202004-2015/AdS%202005%20Vol%2058%20Fasc%203/183-192_58_3.pdf

12/06/2017

Mais où sont les ombres?

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Cette année, la reproduction des ombres commun est passée quasiment inaperçue au bord de l’Allondon. Pourtant, les eaux claires et basses étaient favorables aux observations.

Depuis, les retours des pêcheurs sont unanimes : les ombres sont largement moins présents que les années précédentes, elles qui avaient pourtant marqué un retour réjouissant de ce poisson particulièrement menacé en Suisse. Une brève pêche électrique conduite ce printemps suggère également que les alevins de ce poisson sont absents.

Les poissons adultes se comptent sur les doigts de la main…

Cette espèce remarquable avait pourtant fait l’objet de toutes les attentions de la part des pêcheurs. Leur capture est en effet interdite depuis des années, et la protection de leurs frayères et larves est totale, dans la mesure où il est interdit de pêcher avec les pieds dans l’eau jusqu’à ce que leurs œufs aient éclos, soit début mai.

Comment, dès lors, expliquer un tel recul ?

Une vidange du Rhône semble être passée par là. Comme il est connu que ces poissons extrêmement sensibles ont tendance à descendre dans le Rhône après la reproduction, le lien est vite fait….D’autant plus que les multiples dérangements sur la zone alluviale de l’Allondon, largement offerte aux loisirs, tendent à faire dévaler les adultes…

Bref, la cohabitation entre cette population d’importance nationale et les humains, qui exploitent si fortement leurs systèmes hydrologiques pour leurs loisirs ou la production d’énergie hydroélectrique, est à nouveau problématique et montre à quel point la survie des espèces animales les plus sensibles ne tient qu’à un fil.

Qui est prêt à en assumer la responsabilité ?

Christophe Ebener

29/05/2017

Des arc-en-ciel dans une zone villa, c’est plutôt sympa non ?

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Il y a peu, on se demandait ici même si le Rhône genevois tenait plus d’une zone villa ou d’une forêt primaire. Hé bien les pêcheurs ont tranché !

Ils ont déversé ce week end plus de trois cent kilos de truites arc-en-ciel dans le Rhône franco-genevois !

Parce que voir disparaître la pêche de loisir dans le Rhône, ça suffit.

Parce ce que faire le grand écart entre les injonctions contradictoires du Canton, de la Confédération et des protecteurs des animaux, y en a marre.

Parce que 3 barrages sur quelques kilomètres, des vidanges tous les 3 ou 4 ans et des débits qui varient du simple au quintuple dans la journée, c’est pas plus naturel qu’une truite américaine.

Et surtout parce que la nature n’attend jamais qu’un écosystème revienne à un état ancestral. D’autres espèces, telles les silures par exemple, profitent en effet de la situation pour remplir le vide laissé par nos poissons indigènes.

Finalement, les pêcheurs ont eu bien raison. Des arc-en-ciel dans une zone villa, c’est vraiment sympa !

 

Christophe Ebener

18/05/2017

Commission de la faune : le délice de l’entre-soi

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Depuis que je tiens ce blog, je défends l’idée que la nature est un enjeu démocratique réel, qui ne saurait donc être laissé à ceux qui se réjouissent d’en être les porte-paroles autoproclamés.

Or, et jusqu’à 2012, deux personnes, pas une de plus, décidaient quelles espèces animales pouvaient être régulées dans le canton, et lesquelles ne le pouvaient pas. Deux défenseurs de la cause animale, et non des protecteurs de la nature, la nuance est d’importance, ont donc pu, au sein de la commission constitutionnelle de la faune, s’opposer, et sur des bases le plus souvent sentimentales, aux décisions d’autres commissions ou des administrations, et imposer leur vision de la nature à tout un canton !

Adoptée en 2012, la nouvelle constitution genevoise effaçait la base constitutionnelle de cette commission. On s’attendait donc à ce que cette structure soit dissoute. Or, en 2015, avec la bénédiction de quelque service de l’Etat et suite à un tour de passe-passe règlementaire d’anthologie, la commission de régulation de la faune reprenait les prérogatives de l’ancienne commission constitutionnelle, et poursuivait donc son travail de sape pour que quelques fonctionnaires et deux représentants des milieux associatifs perpétuent la belle tradition genevoise de choisir, bien au chaud et entre soi, quels objectifs de conservation de la nature méritent d’être poursuivis, et lesquels ne le méritent pas.

Jeudi dernier,  le Grand Conseil avait enfin l’occasion de mettre fin à cette prise d’otage, en supprimant la base légale de cette commission. Il a décidé de ne rien décider.

Bref, à l’horizon des préférences personnelles d’une poignée de militants, les oiseaux continueront pour un temps encore à être placé en haut d’une pyramide imaginaire, et les poissons et leurs écosystèmes si menacés, en bas.

 

Christophe Ebener