05/12/2016

A quand un parc national chez les citadins?

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Le projet d’un nouveau parc national entre les cantons des Grison et du Tessin a été rejeté par les principales communes concernées. Comme d’habitude, on lit majoritairement que c’est la peur ou une mauvaise compréhension du projet qui aurait poussé le corps électoral à s’y opposer.

Si la nature nous importe, il serait pourtant judicieux de se demander si ce n’est pas dans le concept même de ces projets que réside le problème. L’interdiction de la cueillette des champignons, de la chasse et de la pêche dans le centre de la réserve pourrait ainsi être vu comme une tentative, intrinsèquement vouée à l’échec, de « mettre en scène la nature » ou de l’enfermer dans « une réserve d’indien». (Ces mots sont de l’écrivain grisonnais Leo Tuor).

 Car le discours dominant des citadins sur la nature oppose bel et bien à une nature sauvage et vertueuse une nature de seconde zone, forcément aliénées par les humains qui y vivent. Cette séparation, purement artificielle, entre le monde naturel et le monde culturel est pourtant contreproductive, car elle empêche de penser la nature dans nos villes, nos parcs et nos friches industrielles ! On aime savoir la présence des lynx et des bartavelles à trois ou quatre heures de route, mais à côté de chez soi on trouve normal de ne voir que des lauriers rose et le chat du voisin, qui année après année, anéantit pourtant toute bête à plumes ou à écailles qui tente de s’établir. 

Le prochain parc national, c’est plutôt entre Genève et Lausanne qu’il faudrait le concevoir. Qu’on entende les citadins qui ont accepté la LAT et l’initiative Weber se prononcer sur leur environnement immédiat. Souhaitent-ils entendre des rossignols dans les haies ? Le grésillement des sauterelles et le vol des papillons au bord des trottoirs est-il plaisant ou détestable ? Veulent-ils pêcher des truites sauvages ou des poissons rouges dans le Rhône ? A celui qui regarde la nature sans jugement moral, les villes et leurs extensions révèlent leur véritable potentiel. Et qu’on ne me dise pas qu’un tel discours est une pure invention: les exemples où des aménagements simples ont permis à des zones industrielles de voir leur diversité biologique exploser sont innombrables.

Faisons donc revenir la nature vers nous plutôt que de la mettre en boîte dans les hauteurs grisonnes.

 

Christophe Ebener

10/11/2016

L'eau du Léman bientôt dans nos rivières ?

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Il n’aura échappé à personne que le développement des activités humaines autour du bassin genevois ainsi que les épisodes de sécheresse réguliers que nous connaissons depuis quelques années mettent nos rivières dans un situation inquiétante, et les nerfs des pêcheurs à rude épreuve.

Une bonne nouvelle pourrait pourtant venir du projet Genilac, en cours actuellement, qui projette d’amener l’eau du Léman dans certains quartiers afin de refroidir des immeubles en été et les réchauffer en hiver. Un tel projet aurait évidemment un immense potentiel pour quelques unes de nos rivières: une fois cette eau amenée si loin du lac, pourquoi ne pas la rendre aux cours d’eau qui s’écoulent à proximité plutôt que de la faire revenir au Léman dans des tuyaux enterrés ? Cette eau a en effet toute les qualités requises : des contrôles réguliers attestent de sa qualité, sa température constante est largement favorable à la faune aquatique, et elle retournerait simplement dans le Rhône en fin de parcours !

Avec un apport d’eau constant et régulier du Léman, la Seymaz, par exemple, dont le débit et la température estivale sont défavorables à la survie de la faune aquatique, verrait à n’en pas douter sa valeur écologique augmenter considérablement.

L’obstacle à un tel projet n’est pas technique mais idéologique. Il faut reconnaître qu’il n’existe plus de frontière entre notre environnement humanisé et l'environnement naturel que nous idéalisons. Sur tous les cours d’eau, la marque des activités humaines se fait en effet sentir : les méandres du Rhône et de l’Arve ont disparu depuis longtemps, le régime d’écoulement de tous les cours d’eau a bien changé depuis que les sols du bassin genevois ont été imperméabilisé, et on trouve dans leurs eaux une multitude de résidus polluants qui témoignent de notre mode de vie.

Refuser cette eau du Léman à nos rivières parce qu’il n’est pas « naturel » qu’elle s’y écoule est en contradiction totale avec la réalité du monde vivant qui nous entoure. Une telle opportunité ne se produira pas tous les jours. Il serait donc incompréhensible de la rater.

 

Christophe Ebener

13/10/2016

Les truites arc-en-ciel terrassées par les chats de salon

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Bye bye les arc-en-ciel..

Par 118 voix contre 70, le Conseil National a définitivement fermé la porte aux espoirs de ceux qui imaginaient revoir un jour des truites arc-en-ciel dans les cours d’eau suisses.

Une majorité de 118 chats de salon vit donc avec l’idée que la nature est une chose figée qui nécessite qu’on la protège telle quelle plutôt que de laisser à l’esprit humain la possibilité de la gérer intelligemment.

Cette idée est pourtant fausse parce que le monde vivant est en perpétuelle transformation depuis des millions d’années, et qu’il a toujours su profiter de toutes les catastrophes et contingences historiques pour se diversifier, sans direction privilégiée, et sans qu’une quelconque protection humaine n’ait jamais été nécessaire à sa survie ou à son développement.

Elle est même doublement fausse si l’on songe que la présence d’une espèces donnée à tel endroit plutôt qu’à un autre est le fruit du hasard, et non pas l’aboutissement d’un sage dessein ou d’un équilibre vertueux.

 Cette idée est aussi désespérante parce que la libre circulation totale des biens et des personnes, que la plupart de nos chats de salon ont soutenu et soutiennent encore, a conduit à l’installation partout dans le monde de milliers d’espèces exogènes, au hasard et sans aucun contrôle ; un tel phénomène étant mille fois plus préoccupant que l’introduction ciblée et documentée de quelques truites arc-en-ciel dans un cours d’eau.

Enfin, cette idée est navrante car elle revient à reprocher aux romains d’avoir volontairement repeuplé le Léman, il y a deux mille ans, avec des perches, des carpes et des brochets. Espèces que, sauf erreur, nous apprécions à leur juste valeur aujourd’hui.

 Mais l’idée d’une nature infiniment sage, ordonnée et conservatrice a ceci de confortable qu’elle donne le sentiment rassurant que sur un vote, tous les échecs précédents peuvent être oubliés. Au coin du feu, les chats de salon pourront donc se réjouir d’avoir refusé à une truite américaine la possibilité d’exister dans des cours d’eau suisses qu’ils ont pourtant contribué à transformer suffisamment pour que celle-ci soit la dernière à pouvoir y vivre...

On est si bien au coin du feu.

 

Christophe Ebener

05/10/2016

Sécheresses à répétition : en finir avec les atermoiements

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Mon grand père n’aura peut-être vu que quelques fois dans sa vie le triste spectacle d’une pêche électrique de sauvetage, durant laquelle des techniciens cherchent à récupérer un maximum de poissons avant qu’ils ne meurent dans des cours d’eau asséchés.

Pour ma génération par contre, un tel événement est devenu habituel : quasiment une année sur deux, l’administration, la commission de la pêche et les associations de pêcheurs organisent de tels sauvetages (les derniers en date ayant lieu ces jours sur la Drize et l'Aire...), et débattent de la pertinence d’interdire ou non l’accès aux rives de nos cours d’eau tellement les débits sont faibles.

J’avais appelé, dans un précédent billet, l’administration à négocier urgemment l’arrêt des pompages et des captages des eaux de source en France voisine, afin de rendre à nos cours d’eau les 30% de débit supplémentaire qui leur manque si cruellement durant les périodes prolongées sans pluie.

La survie de nos poissons sauvages dépend cependant aussi, à Genève même, de notre capacité à leur offrir un libre accès à l’Arve et au Rhône, seules zones où l’on trouve de l’eau fraiche en quantité.

Si l’on espère donc voir autre chose que des poissons rouge ou des poissons chat dans des cours d’eau surchauffés, l’Arve et le Rhône doivent redevenir ce qu’ils étaient autrefois : un refuge pour la faune aquatique.

La mauvaise qualité des eaux de l’Arve, les brutales variations de débit du Rhône et les obstacles à la libre circulation des poissons entre l’Arve, le Rhône et les petits cours d’eau posaient déjà des problèmes importants par le passé. Aujourd’hui, leur résolution est plus urgente que jamais.

 

Christophe Ebener

20:50 Publié dans Genève, Pêche | Lien permanent | Commentaires (0)

29/08/2016

Qui peut bien vouloir la peau de l’Allondon ?

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Le 18 mai 2015, on s’inquiétait ici du captage des eaux de source des petits cours d’eau genevois, qui mettent directement en jeu leur existence.

 Cette année, la sécheresse estivale permet de mettre en évidence un phénomène qui passe la plupart du temps inaperçu sur l’Allondon, cours d’eau emblématique de la pêche genevoise. En période de très basses eaux, comme c’est le cas actuellement, on note en effet des variations quotidiennes du débit de la rivière, dont personne ne s’est pour l’heure préoccupé. Pourtant, on voit clairement sur les sites officiels que la rivière perd la nuit entre 50 et 100 litre par seconde, ce qui représente quasiment le quart de son débit d’étiage ! Or le débit de l’Allondon n’est pas régulé par un barrage. Il y a donc fort à parier que l’eau qui manque soit utilisée en cette période de l’année pour des arrosages. Des arrosages conséquents puisque 250 000 litres d’eau sont prélevés chaque heure dans la rivière.

 L’hypothèse la plus crédible à l’heure actuelle est que cette eau serve à l’arrosage des pelouses de l'un des golfs du pays de Gex, dont les pratiques sont dénoncées depuis des années par les associations de pêcheurs des deux côtés de la frontière.

 Rappelons ici que l’Etat de Genève et les collectivités publiques françaises ont investi il y a une dizaine d’année des dizaines de millions pour améliorer la qualité de l’eau de cette rivière.

On espère donc que les golfeurs genevois qui pratiquent les green du pays de Gex apprécient ce gazon maintenu tendre et vert grâce à une eau first class.

Le contribuable genevois, lui, se demande pourquoi avoir investi autant d’argent pour quelques galets asséchés en plus.

 

Christophe Ebener

11/05/2016

Tout savoir sur la prochaine vidange du Rhône!

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Du 20 au 31 mai aura lieu la vidange des retenues des barrages de Verbois et Chancy-Pougny.

Cette année, les SIG ont établi un nouveau protocole d'abaissement qui devrait, selon eux, largement diminuer l’impact environnemental des vidanges.

Et à en croire les communiqués de l’Etat de Genève, tenant pour l’occasion de la méthode Coué, on semble effectivement se diriger vers un épisode quasiment sans impact sur la faune riveraine et aquatique du Rhône.

Nulle mention, cependant, que la date retenue (fin du printemps), soit l’une des pires possibles : les oiseaux sont en période de nidification, et l’abaissement brutal des lignes d’eau aura un effet significatif sur les femelles qui couvent ou les jeunes fraichement éclos. Il en sera de même pour les castors, dont les adultes en perdition ne pourront certainement pas assurer la survie de leurs jeunes. L’augmentation des vitesses d’écoulement et de la concentration des particules en suspension dans l’eau se traduira une nouvelle fois par la dévalaison ou la mortalité des jeunes poissons, qui auraient pourtant eu plus de chance de survivre si on leur avait laissé quelques mois de croissance supplémentaire.

Contrairement à l’Etat de Genève et aux SIG, la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoises s'attend donc à ce que cette vidange ait un impact majeur sur la faune piscicole du Rhône, et s'apprête donc à lancer une opération de surveillance et de communication importante.

Elle invite les pêcheurs et tous les défenseurs du Rhône à communiquer l'ensemble de leurs observations (photos, textes, vidéos) en utilisant le hashtag #vidange2016 sur les réseaux sociaux, en particulier Twitter, de manière à organiser et rendre visible leurs témoignages aux médias et à toutes les personnes intéressées.

Elle offrira café et croissants à tous ceux qui accepteront d’être les sentinelles du Rhône le samedi 21 mai dès 8h à l’étang des Touvières. Dès 10h, elle organisera une conférence de presse pour faire le point de la situation.

La surveillance de cette vidange est particulièrement importante cette année car en cas d'échec des SIG et de l’Etat de Genève à préserver les richesses naturelles du Rhône, il ne restera pas d'autre solution à la Fédération des Sociétés de Pêche Genevoise que de s'opposer systématiquement aux prochaines vidanges.

Christophe Ebener

 

13/04/2016

2016 année du Rhône!

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C’était lors du week end de Pâques. Durant ces trois jours fériés, le Rhône, avec un débit sous les 100 mètres cubes par seconde, s’écoulait paresseusement dans la campagne genevoise. Le mardi matin en revanche, le barrage du Seujet ouvrait ses vannes pour permettre aux turbines du barrage de Verbois de produire de l’électricité, la demande étant en augmentation avec la reprise du travail. Résultat : en quelques heures, le débit a plus que quadruplé !

Les zones qui étaient favorables au frai des poissons lundi soir ne le sont plus mardi matin. Là où des zones calmes rassemblaient les alevins de l’année, on trouve maintenant un courant d’eau rectiligne et puissant.

 Comment, dans ces conditions, s’étonner que les espèces les plus sensibles aient quasiment disparu du Rhône ?

Heureusement, issue de l’initiative Eaux Vivantes de la Fédération Suisse de Pêche, la nouvelle loi sur la Protection des Eaux (LEAux) offre aux exploitants des barrages hydroélectriques la possibilité de réduire fortement l’effet négatif des éclusées, en finançant le manque à gagner que la limitation de ces éclusées induirait pour eux !

A n’en pas douter, la Confédération verrait d’un bon œil l’état biologique de l’un des plus grands fleuves européens s’améliorer, et entrerait en matière pour un tel financement. Mais le montant à disposition n’étant pas infini, il serait plus que dommage que les Services Industriels Genevois ratent cette occasion unique, et que d’autres cantons ne raflent la mise pour des projets de moindre importante écologique ! A l’heure actuelle, et vu l’absence de communication officielle sur le sujet, on peut se demander si les SIG ont développés des propositions concrètes pour faire appel au fond de la Confédération (Swissgrid) afin limiter les éclusées sur le Rhône…

Cette loi impose également, mais aux cantons cette fois, d’assurer la libre circulation des poissons, toutes espèces confondues, et quel que soit leur stade de développement. Là encore, laissera-t-on les autres cantons puiser dans le fond de la Confédération, alors que celle-ci n’attend que des proposition concrètes pour libérer enfin le Rhône de ses obstacles en finançant la construction d’échelles à poissons dignes des standards actuels, ou des rivières de contournement de barrages, comme le cas est évoqué à Verbois ?

 Le manque de communication sur ces thèmes fait actuellement craindre le pire. Genève a financé entièrement ses projets de renaturation, dont la qualité est reconnue à l’échelle nationale. Il serait dommage que le canton et SIG ne profitent pas de la LEAux et de ses financements pour faire avancer la cause du Rhône.

2016 sera l’année du Rhône, ou ne sera pas !!!

 

Christophe Ebener

25/02/2016

IL n'y a plus de truites dans les Eaux Chaudes et Froides, alors que tout a été tenté… sauf le tir des harles!

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Depuis plusieurs décennies maintenant, le Fishing Club Genève et la Fine Equipe, deux sociétés de pêche genevoises, travaillent d’arrache-pied sur deux petits ruisseaux qui se jettent dans l’Allondon, dans la région de Russin. Cet investissement a pour unique but d’offrir aux truites qui remontent ces ruisseaux des conditions de reproduction et de croissance optimales. Les jeunes poissons sont ensuite remis dans l’Allondon, de manière à soutenir de la meilleure des manières ce cours d’eau emblématique de la nature genevoise, qui peine à maintenir sa population de truites sauvages.

Dans les années 80, une nasse posée à l’embouchure de l’un de ces petits ruisseaux recensait en une seule nuit jusqu'à cent poissons adultes!

Depuis des années ce chiffre est en chute libre. Cet automne, seuls quelques poissons sont remontés frayer dans ces ruisseaux…

Pourtant, quasiment aucune truite n’a été prélevée par les pêcheurs du canton depuis 5 ans, car un arrêté limite drastiquement la capture de ces poissons.

Plus de 100 millions ont également été investi par la France et la Suisse pour débarrasser l ‘Allondon de son principal rejet polluant.

Alors, que reste-t-il à l’action humaine pour renverser cette tendance déprimante ?

Cesser le développement urbain sur le bassin versant de l’Allondon n’est pas réaliste. Interdire les micropolluants en France et en Suisse relève d'interventions au parlement, et la Fédération Suisse de Pêche est déjà active sur le sujet.

Il reste un domaine sur lequel nous pouvons agir : documenter la prédation des oiseaux piscivores sur les jeunes poissons, via l'analyse des contenus stomacaux. Le tir de quelques harles s’avère donc indispensable.

 

Christophe Ebener